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[ PEER TO PEER ]
(Mise à jour) Le cinéma se met en ordre de marche contre le piratage
Réunis au ministère de la Culture, les professionnels du 7e art ont officialisé leurs propositions pour lutter contre le téléchargement illégal de films.

Hélène Puel , 01net., le 10/01/2005 à 18h35

Mise à jour : Sensibilisation, répression et plate-forme légale

Après plusieurs mois de négociations sous l'égide du ministère de la Culture, les professionnels de l'industrie cinématographique ont signé une déclaration commune.

La lutte contre le piratage d'oeuvres cinématographiques passe par la mise en place d'une offre légale, par la répression mais également par la sensibilisation, ont expliqué les représentants de l'industrie du septième art dans un communiqué commun.

Ce document officialise des décisions prises le 25 novembre dernier, à l'issue d'une réunion de l'industrie du cinéma au Centre national de cinematographie (CNC). Les premières pierres de la constitution d'une offre légale avait alors été jetées.

Le volet de la sensibilisation avait été jusqu'ici quelque peu oublié. Des campagnes à cette intention, destinées à un public jeune, devraient voir prochainement le jour. Elles devraient également être relayées par les FAI, et par un site Internet spécialement créé dans ce but.

Côté répression, l'industrie du cinéma prône une riposte « graduée dans les actions répréssives ». Reste maintenant à obtenir la collaboration des FAI.


Première publication le 13/10/2004

Les professionnels du 7e art se sont retrouvés à huis clos, hier, mardi. Auteurs, producteurs, exploitants de salle ont accordés leurs violons avant de rencontrer la semaine prochaine les fournisseurs d'accès à Internet. Objectif : définir un plan de lutte contre le piratage des oeuvres audiovisuelles. De son côté, l'Alpa maintient la pression sur les pirates en multipliant les poursuites contre les gros téléchargeurs .

«  Un million de téléchargements pirates de films sont réalisés quotidiennement !  » Lors du dernier Festival de Cannes, le Centre national de la cinématographie (CNC) lançait ce cri d'alarme . Mis au pied du mur, le monde du cinéma s'est réuni hier dans la plus grande discrétion afin d'accorder ses violons avant de rencontrer les fournisseurs d'accès Internet (FAI). Une première réunion devrait se tenir la semaine prochaine afin de jeter les première pierres d'une charte sur la lutte contre le piratage des oeuvres cinématographiques.

«  Nous sommes dans l'urgence. Il est temps que le monde du cinéma et celui de l'Internet se rencontrent pour endiguer le téléchargement illégal de films. Nous devons présenter un front uni avant notre rencontre avec les FAI et le ministère de la Culture si nous voulons exercer une quelconque pression  », confie l'un des participants à la réunion.

Sur le terrain de l'éducation et de la répression, les professionnels de la filière du cinéma parlent d'une même voix. Même si cela n'est pas très politiquement correct, ils doutent de l'efficacité des campagnes de sensibilisation voulues par Nicolas Sarkozy. «  Il n'y a pas un seul jeune de 15 à 25 ans qui ne sache pas que le téléchargement est illégal.  »

Les FAI sollicités dans la lutte contre le piratage

Le volet répressif rassemble également la profession. «  On ne doit pas laisser entendre que l'on peut agir en toute impunité sur Internet. Il faut prendre toutes les mesures nécessaires, que ce soit par filtrage ou intimidation  », analyse Stéphane Gasparini, président du Syndicat national de la vidéo locative. Cet organisme a été créé récemment afin que les loueurs de vidéos et DVD soient représentés auprès des pouvoirs publics dans les négociations avec les FAI.

Tous souhaitent que les fournisseurs d'accès envoient des messages d'alerte aux internautes adeptes du téléchargement massif. Sans changement de comportement des utilisateurs, des poursuites légales seraient engagées. Le nouveau code de la propriété intellectuelle sanctionne la contrefaçon numérique d'une peine maximale de 300 000 euros d'amende et de 3 ans de prison. «  La répression n'est pas plaisante. Elle sanctionne un petit nombre de personnes au nom de l'exemple. Elle a toutefois le mérite de rappeler l'interdit  », confie Michel Gomez, délégué général de l'ARP (société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs).

En revanche, les avis divergent quant au développement d'une offre légale de cinéma sur le Web. Contrairement à la musique, le modèle économique du cinéma repose sur la chronologie des médias. Un film n'est disponible en DVD ou sur une chaîne de télévision payante qu'un an après sa sortie. Le déploiement d'une offre légale attrayante supposerait la disponibilité d'un catalogue dans un délai inférieur. Mais comment mettre en ligne des films sans court-circuiter toute la chaîne de distribution ?

Logiquement, les plus réfractaires à la constitution d'une offre légale sont les exploitants. A terme, avec l'augmentation des débits proposés par les FAI, ils craignent une désaffection des salles obscures. «  Si on s'oriente vers une offre légale, elle doit s'inscrire dans la chronologie des médias. En aucun cas, elle ne doit détruire un système de financement sans lequel il n'y aurait plus d'économie du cinéma  », prévient Olivier Snanoudj délégué général de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF).

A l'opposé, l'ARP est persuadée du bien fondé d'une offre légale. « Le temps joue contre nous. Il n'est plus l'heure de se poser la question de la légitimité d'une offre légale. Il faut savoir ce qu'on met dans le catalogue de la VOD [Video on demand, NDLR] et surtout à quel prix ? », conclut Michel Gomez.

Fréderic Delacroix (Alpa) : « Une personne qui diffuse des nouveautés sur les réseaux P2P fait l'objet de toute notre attention »

Frédéric Delacroix est directeur délégué de l'Alpa (Association pour la lutte contre la piraterie audiovisuelle).

01net. : Quelle est la politique de l'Alpa en matière de poursuites judiciaires ?

Frédéric Delacroix : Notre politique n'a pas varié. L'internaute qui télécharge n'est pas notre cible. Nous poursuivons les gens qui diffusent massivement des fichiers. Le problème avec le peer to peer, c'est que celui qui télécharge est également diffuseur. Lorsque la justice est saisie, il peut arriver qu'un internaute soit pris dans les filets de la police.

Q uelle est la limite à ne pas dépasser, si toutefois vous en avez fixée une ?

Notre limite fluctue en fonctions des quantités de films disponibles pour le téléchargement et des titres. Une personne qui diffuse des nouveautés sur les réseaux P2P, voire des films qui ne sont pas encore sortis en salle fera l'objet de toute notre attention. Surtout si est elle à l'origine de la mise sur le réseau de l'oeuvre.

En quoi le peer to peer est-il le mode de piratage le plus nocif pour l'industrie du cinéma ?

Le peer to peer est le mode de piratage le plus inquiétant dans la mesure où il est accessible à tous. D'autres formes de piratage sévissent sur les réseaux FTP et les chats, mais ils sont moins faciles d'accès pour les novices en technologie.

Le danger vient-il toujours de Kazaa ?

En fait, Kazaa est peu utilisé pour le téléchargement de films. Son protocole technique impose des temps de téléchargement très long. Les réseaux Edonkey et BitTorrent sont largement utilisés. Nous les surveillons de près.

On parle beaucoup d'éducation, est-ce le rôle de l'Alpa ?

Pas vraiment. Nous nous occupons du volet répressif. Ce volet, est incontournable, mais la peur du gendarme n'est pas la seule piste à exploiter. La sensibilisation au problème du piratage et à ses conséquences sur les métiers du cinéma appartient aux professionnel et au ministère de la Culture. C'est aux pouvoirs publics de jouer un rôle éducatif.



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