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Cet article est extrait de : 01 Informatique

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Emploi : une rentrée sous haute tension

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L'embellie ne dissipe pas les doutes
Changement de ton à la rentrée : les recruteurs comme les demandeurs d'emploi semblent un peu plus confiants dans les perspectives du marché de l'emploi informatique. A confirmer.

Pierre-Antoine Merlin , 01 Informatique, le 11/10/2004 à 07h00
Diego de Brisoult, directeur des ressources humaines de la SSII Devoteam : « Les établissements financiers ont besoin de spécialistes qui les préparent aux changements induits par les normes IAS et les préconisations de Bâle II. C'est un très gros chantier. »

« Le meilleur moyen de trouver un travail dans l'informatique, c'est encore d'en chercher un dans l'informatique. » Avec cette lapalissade simplissime, l'annonce publicitaire qui envahit ces temps-ci les écrans a peut-être, sans le savoir, trouvé le ton juste. En effet, après trois années de vaches désespérément maigres, le marché français de l'emploi informatique semble ­ enfin ! ­ prêt à retrouver des couleurs. « On vit aujourd'hui un moment décisif, assure Xavier Bigeard, directeur pour la France du cabinet de recrutement Aldrin&Brooks. Les gens se plaignent moins, ils redeviennent plutôt optimistes. Le ton a nettement changé. C'est la première rentrée où l'on sent un changement d'ambiance. Même s'il est, bien sûr, plus perceptible chez les recruteurs que chez les candidats à l'embauche. »

Un bémol, toutefois, à cet espoir de reprise généralisée. « La confiance qui revient, c'est un préalable indispensable. Mais il ne faut pas s'attendre à une croissance des recrutements à court terme. Plutôt dans trois à six mois... » Même son de cloche chez Philippe Mussard, le tout nouveau responsable de la formation à l'Enst Bretagne. « Je confirme la sensation d'une certaine reprise sur le front de l'emploi informatique. De toute façon, après des années de gel, il y a logiquement eu un effet de rattrapage. Il fallait bien recommencer à embaucher ! Le tout est de savoir si cette reprise va durer. Et là, d'énormes points d'interrogation subsistent. »

Pas de reprise soutenue de la demande

Le baromètre Hitechpros, qui sonde à intervalles réguliers la conjoncture de l'emploi informatique dans les services, ne dit pas autre chose. Pour lui, l'heure est à une oscillation encore indécise entre « embellie provisoire » et « perspectives prudentes  » . Sur le plan macroéconomique, il estime pouvoir constater que « le marché de la prestation informatique, excellent baromètre de l'activité dans les services aux entreprises, a repris des couleurs au premier trimestre 2004 après une année 2003 très morose » . Tout en regrettant de ne pas observer «  une reprise soutenue de la demande » .

Pour expliquer cette carence rémanente, on retrouve, entre autres causes, les faiblesses structurelles de l'économie française dans les technologies de l'information. Selon un rapport rédigé par l'Idate et Rexecode pour le ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, et publié il y a quelques semaines, la main-d'oeuvre française se voit concurrencée à mesure que l'industrie des TIC concerne des marchés de masse : « L'avantage de pays comme la France sur le terrain de la productivité se perd au profit de celui que présentent des pays à très faible coût de main-d'oeuvre. » Un avertissement sans frais, qui met en garde les pouvoirs publics contre l'accélération et la banalisation du dumping économique et social.

Dans ces conditions, jusqu'où les menaces de délocalisation, voire d'offshore, peuvent-elles aller ? Un autre rapport, publié par Forrester et abondamment commenté depuis le début de l'été, se veut plus précis. Mais guère plus rassurant... Il se hasarde à quelques prévisions chiffrées sur l'exode programmé des emplois informatiques. Ainsi la France devrait-elle perdre, dès cette année, près de cinq mille postes au profit de fournisseurs offshore ­ notamment la Chine et l'Inde. Mais le meilleur, si l'on peut dire, reste à venir. En effet, toujours selon Forrester, la débâcle devrait s'accentuer dans les prochains mois ­ et singulièrement à partir de 2008 ­, à mesure que les «  pays d'accueil  » mettront sur pied des structures plus performantes pour traiter l'information au plus bas coût.

Est-il donc envisageable de concevoir une externalisation totale de l'activité économique ? Aux Etats-Unis, cette hypothèse effraie. Au point de peser de tout son poids sur la campagne présidentielle. Ainsi Bruno Garnier, un DSI français qui vient de passer plusieurs années outre-Atlantique, témoigne-t-il que « devant cette déferlante, plusieurs DSI ont décidé de tenter leur chance dans d'autres secteurs d'activité. Au bout de quelques mois de recherches infructueuses, ils sont revenus dans leur entreprise d'origine, en acceptant un salaire de moitié inférieur. Autant dire que cela ne facilite ni l'évolution du marché du travail ni la progression des revenus » .

En France, heureusement, une telle vague de fond paraît relativement contenue. Personne ne semble croire ­ encore ­ à l'imminence d'une désertification de la fonction informatique. « Certes, la volonté de réduire les coûts par tous les moyens n'est pas contestable. Ce qui l'est, c'est la volonté qu'auraient certaines entreprises françaises de tout externaliser, y compris leur métier de base et leurs activités de recherche, estime Philippe Mussard. Pour le moment, et sans doute pour longtemps encore, on ne voit rien de tel. » En d'autres termes, les sociétés vont continuer d'externaliser le support informatique dans le seul but de poursuivre la baisse des coûts. Et, ainsi, de reconstituer plus rapidement leurs marges. Mais elles ne toucheront pas au système d'information tant qu'il sera partie prenante du coeur de métier de l'entreprise, et donc le garant de sa survie et de son développement.

Des consultants plus occupés dans le secteur de la finance

L'air du temps étant à un « prudent optimisme » , pour reprendre l'heureuse expression d'un recruteur, reste à savoir quels sont les métiers susceptibles de redémarrer sans attendre. Pour Diego de Brisoult, directeur des ressources humaines de la SSII Devoteam, les secteurs les plus prometteurs en termes d'activité et les plus générateurs d'emploi sont les réseaux, les télécoms et l'énergie, mais aussi le service public et la banque. «  Les établissements financiers ont besoin de spécialistes qui les préparent aux changements induits par les normes IAS et les préconisations de Bâle II. C'est un très gros chantier. » Vaste programme, en effet, qui fait déjà monter le taux d'occupation des consultants dans les grandes SSII de la place. Mais, comme le reconnaît l'un d'eux avec une honnêteté intellectuelle qui confine à la candeur, « les travaux de mise en conformité avec les nouvelles normes du secteur bancaire sont extrêmement complexes. Certains consultants, même seniors, arrivent chez le client et découvrent le problème en même temps que lui » . Pourquoi pas ?

Résumons. A supposer d'abord que la reprise soit durable, ensuite qu'elle se concrétise effectivement par des embauches significatives dans le domaine de l'informatique, et enfin que la menace de l'offshore se soit sensiblement éloignée ­ ce qui fait déjà beaucoup ! ­, il restera encore deux obstacles à lever. Le premier, c'est la permanence de l'incompréhension entre les architectes des systèmes d'information, les directions opérationnelles et les utilisateurs. « A priori, on a l'impression que ces dysfonctionnements n'ont qu'un lointain rapport avec la problématique de l'emploi, concède Evelyne Leroy, directrice associée de Singulier Pluriel, un cabinet spécialisé dans la conduite du changement. Pourtant, tout est lié. Car le manque de corrélation entre ces différentes fonctions constitue un frein pour la performance de l'entreprise. On a besoin de profils capables de prendre en charge une meilleure synergie des compétences à l'intérieur des organisations. » Ultime obstacle, directement lié au précédent : les directions achats. «  Depuis quelque temps, elles ont pris énormément de poids dans les entreprises » , estime un dirigeant de SSII. Les grands comptes ne peuvent plus se lancer dans des investissements informatiques sans que les directions achats s'en mêlent, et viennent contre-signer la décision avant de la valider. C'est un problème, car la lourdeur des procédures entrave la réactivité indispensable pour accompagner la reprise. Chaque chose en son temps. L'urgence, en cette rentrée 2004, est de conforter la croissance.


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