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Deux mille postes à pourvoir chez Altran, mille chez Atos Origin, de neuf cents à mille chez Unilog... Après trois années de vaches maigres, les SSII communiquent de nouveau sur de grandes campagnes de recrutement. Un bon nombre d'entre elles ont même revu, en cette rentrée, leurs prévisions à la hausse. Si les dirigeants interrogés hésitent encore à lâcher le mot tabou de « reprise » , préférant louvoyer derrière des allégories fleuries de type « une légère brise se fait sentir » ou « le marché a relevé le pied sur le frein » , le moral s'améliore clairement.
En attendant une franche et indiscutable reprise que beaucoup prédisent progressive, à partir de 2005, les sociétés de services ont retrouvé leur rôle de locomotive de l'emploi informatique. Elles sont à l'origine, selon l'Apec, de plus des deux tiers des annonces dédiées aux informaticiens. Avec, néanmoins, un grand bémol à la clé. Toujours d'après l'Association pour l'emploi des cadres, seulement un peu plus de la moitié de ces offres se concrétise par des recrutements effectifs. Le taux de pourvoi des postes s'établissant, au deuxième trimestre 2004, à 55 % contre 64 % pour la moyenne cadre. « Les SSII ne peuvent attendre la signature d'un contrat pour lancer un recrutement, mais doivent l'anticiper, analyse Pierre Lamblin, directeur du département études et recherche de l'Apec. Les sociétés de services souffrent d'un manque de visibilité. Elles ne connaissent pas l'état de leur carnet de commandes à trois ou six mois. »
Les mauvaises habitudes, signes d'une période faste
Pour Pierre Dellis, délégué général de Syntec informatique, ce recrutement sur appel d'offres n'est pas spécifique à l'informatique. « Toute entreprise se doit de répondre le plus rapidement possible à une demande du marché. Au risque de devoir arrêter un recrutement si elle n'a pas obtenu le contrat, ou si le client ne se décide pas. Nous ne sommes pas à l'époque bénie des années 1998-2000, où le problème ne consistait pas à trouver les contrats mais les personnes. »
Secrétaire général du Betor Pub (CFDT), Ivan Béraud se veut philosophe. « Cette situation n'est pas nouvelle. Les SSII ont toujours agi ainsi. C'est une conduite qui s'apparente à celle des petites annonces dans l'immobilier. Pour montrer que le marché repart, on gonfle le journal d'offres, et tant pis si la moitié d'entre elles s'avèrent fausses ou dépassées. Il s'agit de mauvaises habitudes de période faste. En cela, c'est un signe positif. Les affaires reprennent ! »
Pierre Lamblin, de l'Apec, appelle, lui aussi, les candidats à positiver. « Cela fait partie des règles du jeu. Ils doivent se dire que si leur candidature n'est pas retenue pour cette offre, elle le sera pour une autre. » Les sociétés de services constituent par ce biais un vivier à moindre frais. Un candidat pouvant être recontacté par la même société qui, plusieurs semaines plus tôt, avait laissé sa candidature lettre morte. Aujourd'hui arrêté, le site Recruteursbidons.org stigmatisait ces méthodes. Le Mouvement pour une union nationale des consultants en informatique (Munci) envisage de reprendre le flambeau.
Les profils « récurrents » profitent de l'embellie
« Il faut faire attention à ne pas mettre toutes les SSII dans le même panier, tempère Alain Rochard, directeur du cabinet de recrutement ITGS. A côté des SSII opportunistes qui ne recrutent qu'au coup par coup, sur appel d'offres, d'autres ont travaillé leur efficacité commerciale et développé leur présence sur les clients existants. S'appuyant sur des fondamentaux sains, ces entreprises s'inscrivent dans une vraie logique de conquête et peuvent anticiper leur recrutement. » Président du directoire de SQLI, Yahya El Mir se range, bien sûr, dans cette seconde catégorie. « La crise et la politique de référencement des grands comptes ont assaini le marché. La différenciation s'est accélérée. Nous n'embaucherions pas dans de telles proportions s'il s'agissait de réponses à des demandes ponctuelles. » Cofondateur d'AFD Technologies, Jérôme Picard date, quant à lui, le retour au recrutement anticipatif au deuxième trimestre 2004. « Pendant deux ans et demi, nous avons embauché sur mission ou pour remplacer des départs. Avec un taux d'intercontrats de 3 %, nous pouvons aujourd'hui chez AFD embaucher des profils récurrents, grâce à notre capacité à aller chercher des projets. »
Quels sont ces profils récurrents ? Des chefs et des directeurs de projet, des architectes applicatifs, des ingénieurs systèmes et réseaux, des ingénieurs études et développement sur les technologies du moment (open source, J2EE, .Net), des consultants technico-fonctionnels en PGI, GRC, décisionnel ou EAI ou encore, des experts sécurité. Sur le plan sectoriel, les télécommunications, après trois années de disgrâce, reviennent en force à la faveur de la 3G. Inversement, le secteur public qui avait jusque-là soutenu l'activité en période de crise est en repli. Les doubles compétences fonctionnelle et technique, offrant une vision à la fois « tuyaux et utilisateurs » , sont, bien sûr, toujours autant appréciées.
A la lecture des profils recherchés, on devine qu'un nouveau cycle d'investissement démarre, trois à quatre ans après la fin des chantiers des passages à l'an 2000 et à l'euro. « Les entreprises ne peuvent plus geler indéfiniment leur budget au risque de dégrader leur système d'information, et ressortent des projets des cartons, résume Ingrid Lieutaud, fondatrice du cabinet Diversity Source Manager. Pour les mener à bien, les SSII recherchent à la fois des cadres confirmés au moins 3 à 4 ans d'expérience pour le conseil en amont, et des opérationnels dotés au minimum d'une très bonne première expérience, les futurs hauts potentiels. »
Les jeunes diplômés tirent également leur épingle du jeu, et c'est l'autre bonne nouvelle de cette rentrée. Après deux ans de black out, les SSII rouvrent leurs vannes aux débutants. Objectif : rééquilibrer leur pyramide des âges et préparer le relève. « Durant la période passée, le recrutement dans son ensemble était freiné, voire gelé. Un état de fait qui pénalisait en priorité les jeunes diplômés » , estime ainsi Jacques Benamor. En recrutant, cette année, soixante-dix consultants juniors, le DRH de CSC France entend rattraper le retard et « injecter du sang neuf » dans son entreprise. Steria et Unilog ont même fait du recrutement de débutants une stratégie de développement. Steria table sur 50 % de jeunes talents parmi ses recrues 2004, et Unilog sur 80 % (70 % en 2003). Le même Unilog accueillera, en octobre prochain, de quatre cents à cinq cents stagiaires de fin d'études avec préembauche. Le taux de transformation en CDI étant de sept sur dix.
Embaucher des jeunes diplômés pour coller à la baisse des salaires
Le profil idéal ? Classiquement, un jeune diplômé d'une grande école d'ingénieur, de niveau bac + 4 ou + 5. « Nous recrutons non pas des compétences technologiques, mais des têtes bien faites, présentant un potentiel, complète Yves Buisson, directeur du recrutement d'Unilog. Le vernis technique vient après, avec nos plans de formation. Sur ce vivier, et au-delà de nos concurrents traditionnels, nos principaux rivaux sont les banques. »
Plus prosaïquement, Jean-François Perret, directeur général de Pierre Audoin Consultants, note « que le renouvellement des effectifs par des jeunes diplômés aide les SSII à faire face à la contraction des prix, les salaires à l'embauche ayant baissé de 5 à 10 % depuis trois ans. Les sociétés de services mixent, dans leurs équipes, des collaborateurs issus de la vague 1998-2001, rémunérés aux salaires de l'âge d'or, et les nouvelles promotions. » Pour lui, l'effectif de la profession devrait progresser de 5 % cette année et autant en 2005. Soit quelque dix mille recrues par an. Et déjà, Pierre Dellis, de Syntec informatique, estime qu'une pénurie n'est pas à exclure à l'horizon 2015.
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« Atos Origin table sur mille embauches en 2004. Si ce prévisionnel est plus soutenu que celui des deux dernières années, nous sommes toutefois en deçà des objectifs réalisés entre 1999 et 2001. A la différence de cette période euphorique où nous recrutions par anticipation, nos embauches actuelles correspondent à des impératifs business. Nous recrutons majoritairement sur des contrats signés. Ce prévisionnel peut être réajusté en cours d'année, en fonction des remontées terrain : suivi des actions commerciales et probabilités de signatures. »
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« Les SSII ne tiendront pas les prévisionnels révélés. Ces campagnes de recrutement relèvent plus de l'effet d'annonce. Un signal donné au marché pour lui signifier que la crise et les plans sociaux sont derrière nous. C'est effectivement le cas. Pour autant, il est prématuré de parler de reprise. Nous sommes seulement sortis d'une phase de décroissance. Et les SSII ne recrutent pas encore par anticipation, mais sur le mode " je signe un contrat, j'embauche ". Et certaines d'entre elles doivent d'abord résorber des taux d'intercontrats encore élevés. »
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« Après une année noire, le secteur s'est repris depuis six mois. La difficulté des SSII ne consiste plus à signer des contrats, mais à " staffer " leurs équipes. Le profil des postes ouverts aussi a changé. Alors que, depuis deux ans, les sociétés de services recrutaient avant tout des managers et des commerciaux, elles recherchent à nouveau des chefs de projet, des architectes et des ingénieurs développement. Les entreprises utilisatrices en ont donc terminé avec la phase de consolidation de leur système d'information, et renouent avec les nouveaux projets. »
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« En octobre, Syntec informatique devrait réviser à la hausse ses prévisions de croissance fixées en avril entre 2 et 4 % pour vraisemblablement dépasser les 4 %. Sur le premier semestre, Sopra, Unilog ou Accenture connaissent de belles performances organiques à périmètre constant. L'assistance technique et l'intégration repartent significativement, alors que l'infogérance reste bien orientée. Et le turn-over s'approche des deux chiffres, contre 3 à 4 % par le passé. Evoquer la reprise serait toutefois trop fort. Parlons plutôt de signes encourageants. Attendons l'année 2005 pour envisager une croissance à deux chiffres. »
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« En cumul sur douze mois ,les offres d'emploi de la fonction informatique ont progressé de 28 %. Et la croissance ne fait que s'accélérer, puisqu'elle n'était que de 2 % en avril et 18 % en juin. L'année 2004 devrait comptabiliser entre 32 000 et 33 000 offres, contre 24 390 en 2003 et 28 990 en 2002. Si on est loin des niveaux de 2000 (45 454 offres) et 2001 (43 144), les SSII doivent d'abord " utiliser " le personnel en intercontrat avant de réembaucher. Une situation qui crée un décalage. Autre indicateur encourageant, le nombre de candidatures par offre atteint 61, contre 99 au dernier trimestre 2003. »
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« Ces prévisionnels paraissent peu crédibles. Ils semblent servir la publicité des SSII à destination des marchés financiers. Faut-il croire Altran annonçant, dans le même temps, une activité stable et un plan de deux mille recrutements ? Les SSII, elles-mêmes, ne semblent pas y attacher beaucoup d'importance en communiquant des chiffres différents d'un journal à l'autre ou en les révisant en cours d'année. De fait, elles pèchent souvent par optimisme et l'on constate des disparités entre les recrutements annoncés et ceux réalisés. Autre question : ces prévisionnels incluent-ils les emplois " low-cost ", effectués en offshor ? »
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