Et si un jour, les plus grands centres de recherche informatique français fermaient leurs portes et étaient délocalisés en Chine. Et si les comptes de l'industrie automobile hexagonale s'enfonçaient dans le rouge en raison d'une hausse tarifaire sans précédent de leurs fournisseurs informatiques...
Fort heureusement, ces scénarios catastrophes ne sont qu'une fiction. Mais qui pourrait bientôt devenir réalité si le Vieux Continent ne réagit pas. En effet, la mainmise des Etats-Unis sur l'industrie informatique européenne n'a jamais été aussi forte. Depuis 2003, les prises de participation en provenance des sociétés d'outre-Atlantique se multiplient. Au point que leur poids dans l'industrie technologique européenne a pratiquement doublé en un an, estime le cabinet d'études Close Brothers.
Bien évidemment, la guerre économique que se livrent les Etats-Unis et l'Europe, et qui touche plus particulièrement la France, est la première cause de ce mouvement de fond. L'explication de la Commission européenne ? Laconique : « Le secteur informatique est un sujet sensible. » Un silence qui en dit long sur le malaise. « Toutes filières confondues, les Etats-Unis sont probablement la première nation à acquérir des entreprises européennes. Mais cette tendance est plus prononcée dans les technologies, car il y a davantage de capitaux disponibles dans ce domaine outre-Atlantique » , analyse Paul Lewington, responsable du secteur technologique pour le cabinet d'études Close Brothers.
Une compétitivité liée à l'intelligence économique
Ce mouvement de fond est aussi la conséquence de la consolidation quasi structurelle de la filière informatique. Même si elle touche aussi les entreprises américaines entre elles, cette consolidation fragilise surtout l'Europe, qui compte peu de grands fournisseurs informatiques. Une compétition économique qui est donc celle du plus fort contre le plus faible.
Ce déséquilibre est d'autant plus inquiétant que les Etats-Unis affichent une propension au protectionnisme. Et le secteur des technologies de l'information n'y échappe pas. « Dans le secteur public, le gouvernement américain privilégie les logiciels américains » , assène Guillaume Mazières, vice-président marketing chez l'éditeur français Temis. Ce qui n'est pas le cas dans l'Hexagone, où les entreprises utilisatrices tendent à réduire et à limiter le nombre de fournisseurs directs. Elles privilégient donc les solutions « standards » pour éviter de se hasarder à choisir des logiciels « exotiques » . Résultat : les gros fournisseurs américains pour la plupart ont la part belle. Mais comment la France et plus généralement l'Europe peut-elle renverser cette tendance ? « Tant que la pression économique sur les budgets des directions informatiques n'aura pas diminué, il sera difficile pour les DSI de choisir des solutions alternatives » , déplore Jacques-Benoît Le Bris, membre du groupe de travail du Cigref sur l'intelligence économique et directeur e-business chez Rhodia.
Les prix des logiciels risquent d'augmenter en Europe
Les conséquences de la main - mise des Etats-Unis sur l'industrie informatique européenne sont énormes. Tout d'abord pour la filière informatique elle-même. « Les Américains ont tendance à délocaliser la R&D en Asie notamment en Chine et en Inde » , s'inquiète Pierre Haren, PDG d'Ilog, l'un des fleurons de l'industrie logicielle française. Mais les effets négatifs pourraient s'étendre à bien d'autres secteurs. Pour une raison très simple : l'informatique est de plus en plus embarquée dans des produits de toute sorte. Ainsi, aux traditionnels secteurs aéronautique et automobile, par exemple, il s'en greffe de nouveaux. Le textile, par exemple : Nike a prévu de vendre des chaussures équipées d'un processeur. Autre menace qui plane sur nos entreprises d'ordre tarifaire, celle-là. « En cas de tensions commerciales entre la France et les Etats-Unis, on pourrait imaginer que des sociétés comme Microsoft décident d'augmenter leurs prix dans l'Hexagone, ou encore de ne plus commercialiser ou maintenir certaines versions de leurs logiciels. Une pratique déjà bien connue » , s'alarme Jacques-Benoît Le Bris.
La compétitivité de nos entreprises est aussi étroitement liée à notre intelligence économique. Laquelle dépend des outils informatiques employés. Malheureusement, la France et plus généralement l'Europe est fortement dépendante des Etats-Unis en matière de gestion de l'information. Un exemple : la grande majorité des moteurs de recherche provient d'outre-Atlantique. Plus inquiétant encore : le fonds d'investissement de la CIA est présent dans la plupart des moteurs de recherche. Très récemment, Marcel Raffin, DSI de la DGA, s'alarmait de cette situation dans nos colonnes. « Les Américains disposent de nombreux moyens pour faire de l'entrisme dans nos systèmes. » Ainsi, on comprend mieux l'enjeu de développer une politique de sensibilisation en matière d'intelligence économique. Le gouvernement français n'a-t-il pas récemment évité la fuite d'Arisem sur le sol nord-américain...
« La première question qui se pose est de savoir s'il peut y avoir consolidation du secteur informatique. Cela dépend de la maturité du marché ou des clients. Dans le cas de la France, il y aura concentration si les acheteurs ne commandent qu'aux grands fournisseurs. Et comme ces derniers sont principalement américains, les conséquences globales ne seraient pas très saines. En effet, ils ont tendance à délocaliser la R&D en Asie. Les coûts y sont moins élevés, et les liens avec les Américains très étroits. Mais les industriels européens devraient prendre conscience que le vrai problème est celui de l'appétence des clients en faveur de l'innovation technologique. »
« Le pillage des technologies européennes par les Etats-Unis est un fait. Et cela dure depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pour les Américains, c'est une bonne façon de pénétrer les territoires dans lesquels ils veulent s'implanter, et d'acheter à moindre coût des technologies. Ce qui est facile en raison des valorisations plus élevées aux Etats-Unis qu'en Europe. Ce n'est pas une réforme du marché français qui pourrait suffire : il faudrait qu'Euronext fasse un effort d'humilité en s'alliant avec des places boursières anglaises et allemandes. En outre, il faudrait favoriser aussi bien la constitution de grosses PME européennes que la création de jeunes pousses. »
« Il y a de nouveau un appétit états-unien pour les sociétés technologiques européennes, tant chez les fournisseurs que chez les investisseurs. D'autant que le marché boursier est atone et que les entreprises européennes établies prennent moins de risque. La parade ? Que la croissance redevienne significative en Europe et qu'elle pousse les entreprises à relancer leurs investissements ! Mais comme la croissance ne se décrète pas, il faudrait surtout donner un nouvel élan à la politique de soutien active aux sociétés high-tech. Par exemple, en fixant un cadre européen pour les jeunes entreprises innovantes, en attendant de faire en Europe un " Buy European Act " [acheter européen - NDLR]. »
« Les Etats-Unis ont la mainmise sur les trois pans essentiels de la gestion de l'information. Ce qui entraîne des risques importants pour l'Europe, qui ne sait ni chercher, ni stocker, ni afficher l'information. Tout d'abord en matière de confidentialité et de sécurité de l'information. Ensuite, en termes d'impartialité de l'information. Autre problème : qu'est-ce qui empêchera que certains éléments ne soient pas ou plus référencés parce que les Américains en auront décidé ainsi ? Enfin, il ne faut pas oublier de tenir compte de l'éventualité de tensions commerciales entre la France et les Etats-Unis. Ce qui pourrait entraîner, par exemple, une augmentation des tarifs pratiqués par les fournisseurs de ces solutions applicatives dans l'Hexagone. »
« En France, les licences apparaissent plus chères aux yeux des utilisateurs que des jours/homme, qu'ils achètent par conséquent plus volontiers. Résultat : dans l'Hexagone, il est plus difficile de développer la culture du logiciel que celle du service. Les éditeurs sont donc moins valorisés qu'aux Etats-Unis. Un autre constat s'impose : depuis l'éclatement de la bulle internet, il y a moins d'investissement dans l'Hexagone. Au contraire, les Etats-Unis ont su se remettre de la crise, et le capital-risque y est ainsi plus développé. Nous disposons néanmoins d'un atout de taille : l'excellent niveau de notre R & D. »
« Les éditeurs américains ont un peu plus renforcé leurs investissements en Europe ces dernières années. Il est difficile de lutter contre cela, car l'Europe est faible dans le logiciel. En effet, derrière SAP, il n'y a pas grand monde sur le Vieux Continent. Les Etats-Unis sont avantagés par la taille de leur marché, qu'il leur est en outre plus facile de pénétrer. En effet, un éditeur américain peut le couvrir avec un seul bureau. Au contraire, une entreprise nationale qui veut s'étendre en Europe doit ouvrir plusieurs bureaux et filiales. Ce qui nécessite de disposer de ressources plus importantes. Par conséquent, ce combat n'est pas celui des Etats-Unis contre l'Europe, mais celui du plus fort contre le plus faible. »
![]() |
Téléphone Mobile
Apple Touch 8Go. Comparez les prix !
|
|
![]() |
Musique
La nouvelle scène québécoise.
|
|
1 Numericable
2 Orange
3 Darty
> Plus de détails

![]() |
NOUVEAU :
Téléchargez-moi en moins de 2 min. sur votre PC/Mac !
|
|
