L'une des utopies actuelles consiste à croire que l'on ne peut pas construire des SI performants sans exiger l'unicité des solutions. Les formes les plus aiguës et les plus dangereuses de ce mal concernent le poste de travail unique, les mêmes outils bureautiques pour tous ou un seul PGI pour toutes les filiales de l'entreprise.
Dans un monde où la variété est la règle universelle, où les usines de Peugeot et de Renault sortent plus de 1 500 véhicules différents chaque jour, où le système de réservation aérienne Sabre enregistre 1,3 million de changements tarifaires quotidiens, comment peut-on continuer de croire que les SI pourraient rester le seul refuge de l'unicité !
Aujourd'hui, la démarche raisonnable consiste à accepter mieux, à promouvoir la variété des solutions dans tous les domaines du SI : postes de travail, serveurs, réseaux, logiciels applicatifs. Imaginez la réaction de vos clients du SI si vous êtes capable de leur dire : « Nous allons étudier ensemble quel est le poste de travail qui vous convient le mieux : un fixe, un portable, avec Windows ou Linux, à 500 ou à 1 400 euros. » L'argument contre cette démarche, mille fois répété, est celui de la cohérence du SI ; confondre unicité et cohérence est l'une des plus graves erreurs que l'on puisse commettre. Internet, avec ses 800 millions d'utilisateurs qui communiquent dans le monde entier, est un excellent exemple de la cohabitation de la variété avec la cohérence.
Ne pas être capable, demain, de gérer la nécessaire variété des solutions SI dans son entreprise sera un signe soit de paresse intellectuelle, soit d'incompétence professionnelle. La biologie, l'agriculture nous ont appris depuis longtemps que les risques de l'unicité des solutions sont forts.
Les méfaits de la monoculture sont évidents aussi en informatique, avec ces virus qui ciblent plus facilement les PC équipés des logiciels Outlook/Windows/IE, la combinaison la plus « originale » du marché unique actuel. Attaquer les postes de travail d'une entreprise équipée de trois OS Windows, Linux, MacOS , de cinq navigateurs IE, Mozilla, Opera, Safari, Firefox, et de trois clients e-mail Outlook, Evolution, Eudora demanderait 45 configurations simultanées différentes. Moins évident ! Mais comment déterminer le niveau raisonnable de variété qui permet de satisfaire l'essentiel des demandes sans faire peser une trop lourde charge sur les hommes du terrain ? C'est le challenge que devront relever les informaticiens de demain. La gestion industrielle de la variété est difficile. Mais elle permet, progressivement, de construire des SI plus flexibles, plus performants, plus fiables.
C'est l'un des paradoxes de cette démarche, mis en évidence par l'industrie automobile : les constructeurs sont aujourd'hui capables de fabriquer des voitures sur mesure plus fiables et moins chères que les monocultures de première génération 2CV grise ou Ford T noire. A nous de faire aussi bien avec des SI qui sauront gérer la nécessaire variété voulue par nos clients !
(*) louis.nauges@microcost.com
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