Quatre cents millions de salariés dans le monde utilisent un ordinateur, dont quinze millions en France. Question : qu'en font-il réellement ? Majoritairement du traitement de texte, de la messagerie, de la navigation sur Internet et de la manipulation de logiciels métiers.
Sur chacune de ces quatre activités, le salarié passe 14 % de son temps d'utilisation de son PC. L'ensemble des logiciels de bureautique standard (traitement de texte, tableurs, logiciels de présentation, etc.) monopolise 35 % de ce temps. Au final, si on y ajoute la messagerie, l'exploration et Internet, les trois quarts des usages du PC sont consacrés à des pratiques génériques. Ce qui veut dire que l'ordinateur, même dans un cadre professionnel, n'est pas un outil typiquement dédié aux applications métiers...
Les suites bureautiques sont sous-exploitées
C'est l'un des enseignements de la récente étude réalisée par le cabinet de conseil Microcost, spécialisé dans la réduction des coûts informatiques, et présentée mardi 14 septembre. Pendant quatre semaines, Microcost a mené une étude sur 1,285 million de postes dans 979 entreprises et organisations des secteurs industriel, administratif et des services, le tout dans sept pays européens (*).
En même temps, les suites bureautiques complètes généralement installées sur les ordinateurs sont largement sous-exploitées. Sur un temps moyen quotidien de deux heures quinze à travailler devant son écran, le salarié en passe plus sur le seul traitement de texte que sur tout le reste... « Est-ce qu'on n'est pas en train de créer des super-secrétaires ? C'est une question qu'on peut se poser », estime Christophe Legrenzi, président de la société Arcadys dont le logiciel a permis la réalisation de cette étude.
Il existe évidemment des disparités entre les trois secteurs étudiés. Dans l'industrie, les dix logiciels les plus utilisés cumulent 90 % du temps d'usage des PC. Dans les services, on tombe à 43 % du temps, ce qui fait que « plus de 50 % du temps est consacré aux usages les moins fréquents, ne correspondant pas aux grandes applications classiques telles que le traitement de texte ou la messagerie ».
Microscost ne pointe cependant pas du doigt le surf sauvage sur Internet, comme on pourrait s'y attendre. « Quand on commence à donner accès à Internet aux salariés, on voit un pic de consultation des sites sans rapport avec l'entreprise » , reconnaît Christophe Legrenzi. Mais sur le long terme, les activités purement personnelles sur Internet s'estompent. Il reste une fourchette de 20 à 25 % de sites dont la raison de leur visite par les salariés est ambiguë. « Nous avons des difficultés à évaluer si leur consultation est liée à un usage personnel ou professionnel. Quand je vais sur sncf.com, est-ce que je prépare mon départ en week-end ou un voyage professionnel ? C'est impossible à savoir. »
Microcost a remis à chaque entreprise scrutée les données globales la concernant, en s'interdisant, par contrat, de détailler quel salarié fait quoi avec quels outils. L'enjeu est ailleurs.
Le parc informatique pourrait durer plus longtemps
Pas la peine, par exemple, d'installer tous les logiciels uniformément sur tous les postes, d'installer de nouvelles versions dont on n'utilisera pas les fonctionnalités ou même de renouveler aussi rapidement qu'on le fait les parcs informatiques. « On peut raisonnablement passer de trois ans de durée de vie d'un PC à cinq ans », affirme Louis Naugès, PDG de Microcost. Sans compter que les évolutions de Windows et de Office proposées par Microsoft, qui équipent quasiment toutes les organisations étudiées, ne vont pas sans problème technique (voir encadré).
Et si les entreprises cherchent vraiment à faire des économies, il existe toujours une solution, selon Microcost : les suites bureautique open source, au coût faible et qui seraient de « qualité équivalente aux offres de Microsoft pour tous les logiciels de base d'un PC » . Mais là, le problème n'est plus technique, mais humain, consistant à convaincre le salarié qu'il ne faut pas vivre ça comme une dévalorisation... « Au bout d'un moment, l'employé ne verra pas la différence, mais, ironise Louis Naugès, il faut l'accompagner dans ce choc culturel majeur... »
Microcost s'est aussi intéressé aux pannes d'ordinateur. Par panne, le cabinet entend « obligation de redémarrer la machine » . En moyenne, cela concerne 7,78 % des sessions ouvertes, soit trois pannes par mois pour chaque utilisateur !
Avec plus de 12 % des sessions qui se terminent ainsi, l'administration connaît un taux d'incident double de celui de l'industrie. La faute à l'ancienneté des versions de Windows (51 % des postes sous Windows 98). Mais « ce ne sont pas les plates-formes les plus nouvelles qui sont les plus sûres, prévient Christophe Legrenzi. Les systèmes les plus robustes sont Windows NT et 2000 » . Les taux de panne respectifs sont de 2,5 et de moins de 4 %. Avec Windows XP, on monte à plus de 12 %.
« Garder une version stable de Windows 2000 sans se précipiter pour installer une version plus moderne, mais au taux de panne plus élevé est aussi un exemple de décision raisonnable, qui maintient un niveau de service acceptable et n'oblige pas à des investissements nouveaux en logiciels ou en formation », conclut Microcost.
(*) Allemagne, Royaume-Uni, Belgique, Espagne, France, Italie, Suisse.
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