L'industrie informatique ne doit plus rien laisser traîner. Deux directives européennes, en attente d'une transposition dans le droit français, commencent en effet à obliger les constructeurs à traiter la fin de vie de leurs produits. Un effort que certains ont déjà bien entamés, comme le groupe Bull.
« Notre filière d'Angers reprend chaque année en tonnage l'équivalent de 50 % des volumes livrés en France », explique Michel Bracquemond, directeur industriel en charge de l'usine locale qui assemble les serveurs informatiques du constructeur. Bull a donc dû intégrer les problèmes de recyclage dès le début de ses process de fabrication.
« Le plus beau déchet, c'est celui que l'on n'a pas à générer. Si, pour protéger un serveur, vous collez de la mousse dans un carton, il sera ensuite coûteux de séparer ces deux éléments. Or nous traitons aujourd'hui 100 tonnes par an de produits d'emballage, que nous envoyons dans des filières spécialisées (carton, plastique, ...). Le moindre surcoût devient vite une dépense importante. »
Faire du recyclage un critère de compétition
L'élimination de produits polluants doit aussi être anticipée. Par exemple lorsqu'il s'est agi d'exclure les peintures avec solvant. « Nous savions qu'une loi les interdisant allait tomber, peu avant la sortie d'une nouvelle gamme de nos serveurs. Et nous peignons tous nos châssis. Comme nos gammes ont une durée de vie importante, nous avons dû anticiper, en éliminant ces peintures de nos méthodes de fabrication. »
D'ores et déjà, l'élimination du plomb dans les soudures sur les cartes électroniques, obligatoire à l'horizon 2010, fait l'objet d'études. Le calcul économique de Bull est avant tout un calcul à long terme. Aux yeux de l'industriel, une entreprise qui met de côté ou retarde ses efforts en matière d'environnement en paiera le prix fort lorsque les lois se mettront en place.
Certains efforts se révèlent même directement payants. « Nos cartouches d'encre usagées partaient à la poubelle. Nous avons alors trouvé une société qui les recycle puis à qui nous les rachetons. Pour un prix très inférieur à celui de consommables neufs . »
Restent des zones d'ombre. Le constructeur a son mot à dire là où il décide du design, comme pour le châssis et l'emballage du produit, mais ne contrôle pas, par exemple, les paramètres environnementaux de la fabrication d'un disque dur.
Bull vante toutefois le mérite des directives européennes, pas encore applicables en France. « Dans le domaine de la protection de l'environnement, nous sommes plutôt en avance, ces directives nous sont favorables. » Un avantage compétitif qui est au coeur du raisonnement de Bruxelles.
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