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[ ETAT DES LIEUX ]
La gestion de la connaissance nouvelle génération
Frappé de plein fouet par l'éclatement a de la bulle Internet, le marché des outils de veille et de gestion de la connaissance se prend à espérer une reprise des investissements. La concentration du secteur n'est toutefois pas encore achevée, alors que des solutions tout-en-un et plus simples d'emploi voient le jour.

Alain Clapaud , 01 Réseaux (n° 141), le 25/08/2004 à 07h00

Les entreprises sont-elles en passe de reprendre leurs investissements en matière de veille et de gestion de la connaissance ? Tous les éditeurs de solutions dédiées semblent le croire et espèrent des jours meilleurs après deux années jugées catastrophiques. Leur concentration ne s'en poursuit pas moins, tandis que de nouveaux entrants apparaissent toujours - signe que ce marché est encore loin d'avoir atteint sa maturité.

Des acteurs tels que Triple-Hop Technologies, l'éditeur américain de MatchPoint, un outil d'indexation et de recherche utilisé notamment par CNN, misent désormais sur le renouvellement des outils de recherche qui ont été déployés à grand frais lors de la bulle Internet. Olivier Lefassy, le directeur général de TripleHop Technologies, affirme ainsi : « On peut dire que les tarifs en termes de licence et de frais de maintenance ont été divisés par trois. Aujourd'hui, l'intégration d'une plate-forme de type Match-Point se réalise uniquement par paramétrage, d'où une phase d'intégration réduite. »

Une forte concurrence

Face aux éditeurs qui dominent ce marché, tels Verity et Autonomy, TripleHop revendique sa place de challenger : « De grandes entreprises n'hésitent pas à miser sur de petites sociétés qui montrent une réactivité et une écoute différentes de celles des grands éditeurs. » Le français Sinequa compte, lui aussi, sur ces sites de nouvelle génération pour démontrer la pertinence de sa technologie sémantique, comme le souligne son directeur général adjoint, Laurent Le Foll : « Les sites marchands se sont rendu compte que les recherches qui n'aboutissaient pas sur leurs sites de vente en ligne se traduisaient par des ventes perdues. Les utilisateurs font des fautes d'orthographe, commettent des erreurs, saisissent des requêtes floues que seule l'analyse sémantique peut interpréter. »

Sinequa se targue notamment des succès commerciaux engrangés par le site Web de La Redoute depuis que ce dernier aligne son moteur de recherche. Il vient aussi de remporter le site du Monde ( lemonde.fr ) où il se substitue à une solution open source, sans oublier le nouveau site du Sénat : « Dès lors qu'une procédure d'évaluation est organisée pour comparer les différentes solutions, nous sommes capables de démontrer la pertinence de notre approche sémantique », constate Laurent Le Foll.

Un autre français, Lingway, mise aussi sur ses technologies linguistiques pour se faire une place sur le marché entreprise. Jusqu'à aujourd'hui, Lingway était plutôt présent dans le cadre de projets de recherche avec le CNRS, la BNF ou encore l'Afnor. La technologie Lingway, qui s'appuie sur une ontologie de cent cinquante mille concepts déclinée en cinq langues, a récemment été choisie par Questel-Orbit, un fournisseur d'informations en propriété industrielle, afin de faciliter l'accès aux brevets en texte intégral.

Avec Lingway KM 3, Bernard Ferrer, directeur commercial, avoue proposer une offre mieux adaptée au marché entreprise : «Les entreprises réclament effectivement des offres packagées, dont la phase d'intégration est courte. C'est ce vers quoi nous évoluons maintenant. » Outre les traditionnelles API, la solution Lingway est aussi accessible sous forme de services web. L'éditeur a désormais intégré à sa stratégie le besoin de proposer des solutions tout-en-un et plus simples à déployer que celles destinées à des laboratoires de recherche.

Vers des solutions clés en main

Dans un même ordre d'idée, Arisem, le leader français de la gestion de la connaissance, récemment repris par Thales Communications alors qu'il risquait de passer sous pavillon étranger, a poussé la logique à l'extrême en proposant une solution clés en main, baptisée Kaliwatch Professional. Logiciel de veille décliné notamment en version monoposte, il prend à sa charge les aspects acquisition des données, indexation, recherche et gestion d'un référentiel. Une solution qualifiée par Pascal Janer, directeur commercial d'Arisem, de « pragmatique pour aborder le marché » . Mais une approche qui contraste avec la stratégie de grand projet jusqu'ici choisie par Arisem et qui devra être clarifiée par Thales Communications.

Les solutions proposées sont maintenant bien packagées, moins coûteuses à mettre en place, sans pour autant que l'esprit d'innovation ne cesse de souffler sur le secteur. Outre les composants d'affichage graphique des données et les crawlers (outils de collecte d'informations sur le Web), la fédération de multiples sources de données est aujourd'hui le terrain d'affrontement des éditeurs.

Mutualiser les accès aux sources d'information

Le français Qwam commercialise Qwam E-content Server, une solution qui fédère les accès des utilisateurs à de multiples sources d'informations : données indexées sur le web via un crawler, systèmes de fichiers internes, moteurs d'indexation intranet, mais aussi contenus de serveurs externes, y compris les services payants d'information professionnels. Mais son concurrent, AskOnce, filiale de Xerox, vient d'être racheté par Documentum. Aussi, ce dernier, un spécialiste de la gestion de contenu, commercialise pour l'instant l'offre AskOnce de manière indépendante. Sous le nom de Documentum Enterprise Content Integration (ECI) Services, ce logiciel propose une interface de recherche unique sur des données qui, à la manière d'un métamoteur, permet de lancer des recherches sur de multiples sources internes et externes.

La solution d'AskOnce, adoptée par une quarantaine de sociétés en France, affichait jusqu'à présent une dimension départementale, étant généralement sur des portails R&D internes. Par son rachat, elle va rejoindre la plate-forme de gestion de contenu de l'américain dans sa prochaine version (5.3). Pour l'heure, son implémentation effective n'a pas été dévoilée. On ne connaît pas la façon dont le référentiel Documentum (Virtual Repository) sera mis en oeuvre, ou non, par ECI. Ce rachat traduit cependant la tendance du marché à évoluer vers des solutions plus globales de gestion de la connaissance, par opposition aux multiples briques technologiques proposées jusqu'à présent.

Les discours évoluent

Le développement d'une offre horizontale a aussi été retenu par Patrick Michels, le PDG de Knowings, un éditeur savoyard qui annonce un chiffre d'affaires en croissance de 28 % pour l'année 2003, contrastant fortement avec le marasme ambiant du secteur : « Aujourd'hui, les entreprises sont à la recherche de solutions globales qui, paradoxalement, doivent être adaptées à leur secteur. » Ces solutions globales, évoquées par Patrick Michels, sont des plates-formes où figurent des fonctions de gestion de la connaissance et de veille, mais également de gestion documentaire, et de gestion de contenu web, de flux et de collaboration.

« Dans une application de veille, l'information la plus stratégique n'est pas celle que l'on peut trouver sur le Web. Celle-ci est généralement déjà connue. L'information la plus stratégique est celle qui n'est pas encore sur Internet, celle qui est remontée directement du terrain par les commerciaux. Il est important de pouvoir mettre en place ces communautés interpersonnelles. C'est là où se situent les véritables enjeux. Comparativement, savoir quel est le meilleur crawler pour aller collecter les données sur le web a bien moins d'importance » , intervient Patrick Michels. Discours relativement nouveau sur un marché où les éditeurs spécialisés sont toujours très largement majoritaires et défendent la pertinence de leurs offres.

Pour Christian Langevin, le directeur des portails et contenus électroniques de Qwam System, la place des solutions spécialisées reste pleinement adaptée au besoin du marché : « Quelle est la durée d'intégration d'une plate-forme de gestion de contenu généraliste ? Si celle-ci répond bien aux besoins généralistes, dès lors qu'il y a un problème spécifique à résoudre, l'effort d'intégration nécessaire est tel qu'on a tout intérêt à choisir un outil spécialisé. »

Les PME doivent se fédérer

Patrick Michels n'en poursuit pas moins, pour sa part, sa stratégie de plate-forme, menant de front, développements internes de certains composants avec recours à des briques OEM fournies par les éditeurs spécialisés. Il n'exclut pas, d'ailleurs, de procéder à de nouvelles acquisitions pour concrétiser sa stratégie.

Ces plates-formes nécessitent de quinze à deux cents jours facturés de mise en place pour un budget global variant de 50 000 à 160 000 euros pour les plus ambitieux.

Les PME, où les applications de gestion de la connaissance sont encore l'exception, peuvent difficilement suivre ce mouvement pour des raisons financières mais aussi de pertinence de la solution. Celles-ci prouvent, en effet, toute leur valeur dès lors que la communauté qui les alimente est importante et, sur ce point, il faut noter l'action des chambres de commerce et d'industrie (CCI) et des organisations professionnelles, qui s'avère actuellement bien souvent décisive. Ce qui est notamment le cas de la communauté Ecobiz, lancée par la CCI de Grenoble.

Cette année 2004 constitue donc une année charnière pour les professionnels du secteur de la gestion de la connaissance. La reprise des investissements, espérée par tous les acteurs du marché, ne devrait pas enrailler le mouvement de concentration des acteurs entrepris ces derniers mois.

Un moteur de recherche sémantique sur l'intranet Foncia

Réseau d'agences et d'administrateurs de biens immobiliers, le groupe Foncia dispose depuis quelques mois d'un outil de recherche sémantique sur son intranet. Il s'agit de permettre aux trois mille personnes du groupe de naviguer aisément par les notes de références rédigées depuis vingt ans pour les agences. Des notes essentiellement relatives à la réglementation en vigueur dans le secteur, et aujourd'hui stockées au format PDF.

Le logiciel Intuition, édité par le français Sinequa, a été déployé sur une plate-forme Linux. La volumétrie de l'information indexée, relativement modeste (2 000 fichiers) n'induit pas un fort besoin en ressources pour le serveur Dell biprocesseur mis en place. Quant à l'investissement consenti, on assure chez SEII, filiale informatique de Foncia, que les négociations menées ont permis de ramener le coût du moteur sémantique à celui d'une solution standard.


Des services de veille pour les PME grenobloises

Ecobiz, la communauté virtuelle lancée à la fin 2003 par la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Grenoble, compte déjà plus de deux mille abonnés en Isère. La plate-forme propose, sur abonnement, l'accès à une dizaine de communautés, des bases de connaissance qualifiées, des forums et des bourses d'échange. Une personnalisation fine permet à Ecobiz de mettre en avant des services de veille par un système de push .

L'éditeur savoyard Knowings a été choisi pour mettre en place la plate-forme. « Nous souhaitions dès le départ une solution intégrée, ne nécessitant pas de développements, mais qui soit hautement personnalisable par des paramètres , se souvient Anne Barrand, responsable marketing du système d'information de la CCI de Grenoble. Nous voulions être capables d'intégrer, d'administrer et de faire évoluer Ecobiz tout en ayant des ressources informatiques limitées. » Ecobiz, hébergée par Completel, étudie le lancement de dix nouvelles communautés et l'affinement de son système de push .


Le marché du conseil en management et en information stratégique est au beau fixe

Les sociétés de conseil en management et en information stratégique se partagent un marché français estimé à quelque 125 millions d'euros. L'étude MIS 2004, menée par Veille Magazine auprès de quatre-vingt-deux sociétés du secteur, démontre que ces entreprises ont connu une progression de leur chiffre d'affaires de 30 % sur la période 2001-2002 (dont 20 % en 2002). Signe d'un manque de maturité, 70 % d'entre elles ont moins de dix ans.

La veille reste l'activité la plus représentée (32 % des sociétés), mais celle de gestion des risques a connu une explosion en 2002, représentant l'activité la plus rémunératrice pour ces prestataires. Leur clientèle se compose essentiellement de grands groupes et de PME de plus de cinq cents personnes.

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