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La solidité des socles open source séduit le calcul scientifique
Robustesse, évolution contrôlée par les grands utilisateurs et équilibre financier attendu caractérisent les produits open source servant à la simulation numérique.

Boris Perzinsky , 01 Informatique (n° 1777 - 1778), le 23/08/2004 à 07h00
Christian Chauliac (au premier plan), chef du projet simulation à la direction de l'énergie nucléaire, et Laurent Dada, chef du laboratoire génie logiciel et simulation du CEA.

Le logiciel libre est aussi vu comme une alternative économique dans le monde de la simulation numérique. L'association Micado (*) s'en est fait l'écho lors d'une journée consacrée à la fonction de calcul dans les entreprises, organisée début juin. Il existe, en effet, des produits comme la bibliothèque Scilab de calcul scientifique, qu'utilise PSA Peugeot Citroën, ou la plate-forme Salomé. Cette dernière fournit en standard des fonctions de CAO, de maillage et de visualisation, que l'on peut compléter par des fonctions de calcul.

Le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) utilise cet environnement pour l'intégration de ses grands codes de calcul, écrits en Fortran et C++, et atteignant des centaines de milliers de lignes. Une formation de deux semaines a été dispensée en juin à quarante-cinq ingénieurs. « Nous n'aurions pu organiser cette session avec un produit sans maturité », constate Laurent Dada, chef du laboratoire génie logiciel et simulation. Une quinzaine de personnes de son équipe travaillent sur la liaison entre les logiciels de calcul et la plate-forme et participent au développement de cette dernière. Le CEA fait partie depuis son origine, en 2000, du consortium chargé du développement de Salomé, qui est soutenu par le Réseau national de recherche et d'innovation en technologies logicielles (RNTL).

Un rôle unificateur des développements

« La plate-forme Salomé offre des fonctions que l'on ne trouvait pas ailleurs. Elle combine préprocessing, supervision des codes de calcul et postprocessing. Son intérêt est d'unifier ces opérations sans devoir recourir à différents produits commerciaux, explique Christian Chauliac, chef du projet simulation à la direction de l'énergie nucléaire. Nous préparons la génération future de nos logiciels de calcul avec une vision à dix ans, et la plate-forme Salomé facilite leur couplage. En effet, nos développements sont à la fois multiphysiques, associant plusieurs disciplines, et multi-échelles. » Une centaine d'ingénieurs - principalement physiciens et numériciens - y travaillent, en collaboration avec EDF et d'autres partenaires.

A la fin de l'année dernière, sortait le premier résultat industriel de l'utilisation de Salomé : la plate-forme Alliances pour la gestion du stockage des déchets radioactifs. Sont en chantier les calculs de neutronique et de thermohydraulique, et des études sur les combustibles et sur les matériaux.

En parallèle, la plate-forme évolue. Dans sa phase deux, débutée en fin 2003, le projet compte vingt-trois partenaires. Sa tête de file, la société de services Open Cascade, en assure le support. En liaison avec celle-ci, le CEA et EDF complètent l'industrialisation des développements effectués dans le cadre du consortium, et y reversent leurs travaux. « Nous réalisons ce travail d'industrialisation parce que nous participons au développement de Salomé et que nous avons besoin d'un produit robuste, explique Christian Chauliac. Grâce à la mutualisation des développements logiciels, la plate-forme va diminuer nos coûts. Même si cela est encore difficile à chiffrer. Nous obtiendrons un retour sur investissement, mais à long terme. »

La plate-forme, écrite en C++, est basée sur le middleware Corba OmniORB. « Les codes des logiciels de calcul communiquent entre eux par le biais de Salomé, et nous travaillons à standardiser les modèles d'échanges de données » , rappelle Christian Chauliac. Outre son interface graphique avec Salomé, chaque code a une interface texte en Python. Ce que les scientifiques accueillent bien, car ils peuvent ainsi ajouter des fonctions.

La pérennité de Scilab assurée par le consortium

De son côté, PSA Peugeot Citroën exploite la bibliothèque de calcul scientifique Scilab - graphiques 2D et 3D, algèbre, simulation, traitement du signal, statistiques, etc. En open source depuis dix ans, elle est largement utilisée par les universités et les industriels. C'est dans l'optique de trouver une alternative au logiciel de calcul Matlab de The Mathworks que le constructeur s'y est intéressé en 2000. « Le fait qu'un consortium soit prévu nous assurait de sa pérennité » , précise Thierry Cambois, travaillant sur les outils de conception produit process à la direction des systèmes d'information de PSA. La firme de Sochaux a participé à sa création en mai 2003 et siège à son comité de pilotage. Il a ainsi contribué à la décision d'incorporer, au début de l'été, un traducteur de Matlab vers Scilab, dans sa version 3.0. PSA bénéficie de l'assistance de l'équipe de l'Inria affectée au consortium.

Une quarantaine de personnes utilisent Scilab en tant que « calculette avancée » pour des manipulations de données et des tracés de courbe. « Chacun fait ce qu'il veut avec l'outil, observe Thierry Cambois. Mais il faut faire attention aux coûts de migration des données à partir de Matlab. » Scilab sert aussi à développer de véritables applications. « Dans ce cas, il n'y a pas de problème de reprise de données. Et plus le périmètre de déploiement est grand, plus il est intéressant d'utiliser le logiciel », ajoute-t-il. Une économie de plusieurs dizaines de milliers d'euros est ainsi attendue grâce à une application de calcul statistique. Entre cinquante et cent postes à dominante Windows devraient bénéficier de celle-ci d'ici à la fin 2004. A plus long terme, cinq cents postes seront concernés - surtout sous Unix. La participation annuelle au consortium s'élève à 25 000 euros, et le logiciel est gratuit. Il devrait être rentable au début de 2005.

(*) L'association Micado réunit utilisateurs et fournisseurs du monde de la CFAO.

« La plate-forme Salomé facilite le couplage de nos codes de calcul »
CEA (Commissariat à l'énergie atomique)

Activité: établissement public de recherche et développement se consacrant à l'énergie, aux technologies pour l'information et la santé, et à la défense.

Localisation: neuf centres de recherche en France.

Effectif: 15 000 personnes.

Budget 2003: 3 M d'euros.

Technologie utilisée: plate-forme open source Salomé, offrant des outils de CAO, de maillage, de supervision et de visualisation pour la simulation numérique.



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