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Cet article est extrait de : 01 Informatique

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[ L'ÉVÉNEMENT ]
La valse des DSI accélère son tempo
Dans les grands comptes, les DSI sont près d'un quart à avoir quitté leurs fonctions en 2003. Deux fois plus qu'en 2002. De gré ou de force, Ils vont devoir s'habituer à bouger plus souvent.

Jean-Marie Portal , 01 Informatique, le 13/08/2004 à 07h00

Combien de DSI vont-ils encore changer d'employeur cette année ? Difficile de répondre. Dénicher des données précises sur le turnover des DSI en France n'est pas une mince affaire. Néanmoins, un moyen simple de se faire une idée consiste à comparer les deux derniers rapports d'activité du Cigref, le Club informatique des grandes entreprises françaises.

Sur 117 membres, 28 ont changé de représentant entre 2002 et 2003. Et donc, a priori, de DSI. Un calcul rapide, et l'on aboutit à un turnover avoisinant les 24 % ! Les directeurs des systèmes d'information seraient-ils dans le collimateur de leur direction générale ? Cela ne fait aucun doute. Il suffit de se pencher sur les départs - plus ou moins fracassants - de quelques-uns d'entre eux...

Reconnu par ses pairs, viré par sa direction

Le départ le plus récent est celui d'André Ampelas, DSI de l'année 2003, qui, le 10 mai dernier, quittait la direction informatique de la RATP, ainsi que la présidence des filiales télécoms Telcité et Naxos qu'il avait créées. Nommé par Christian Blanc en 1990 et remercié quatorze ans plus tard par Anne-Marie Idrac, actuel PDG de la RATP, l'homme cumule alors trente-quatre années de service. Un DSI reconnu par ses pairs et, paradoxalement aussi, par sa direction. Laquelle s'engage d'ailleurs, dans un document interne, à ne communiquer sur son départ qu'en soulignant systématiquement « la reconnaissance qu'elle porte à André Ampelas pour sa haute contribution à la modernisation et au rayonnement national et international » de la Régie des transports parisiens. Mais officiellement, en comité de direction, sera évoqué un désaccord sur l'organisation des systèmes d'information de la RATP, lié à l'opposition du DSI de voir « l'informatique de gestion tournée vers l'intérieur » séparée de « l'informatique liée à la production de services ».

Janick Taillandier, un ancien proche collaborateur d'André Ampelas, assure actuellement l'intérim de la direction informatique de la RATP. Nommé par Anne-Marie Idrac, il rappelle dans un courriel adressé à ses collaborateurs l'objectif que celle-ci lui a fixé : « Mener une réflexion sur les missions du département, de façon à lui soumettre, pour cet été, un projet de réorganisation. » En cas de conflit avec sa direction générale, le DSI ne fait donc pas le poids. Et ce qui est vrai dans le secteur public l'est naturellement encore davantage dans le privé.

Congédié pour divergence de vues...

Sur le banc des DSI lauréats de 2003, Pierre Gressier, à la Fnac, en a aussi fait les frais. Le 11 février dernier, dans un communiqué adressé aux membres du comité Fnac et aux directeurs France et international, Denis Olivennes, PDG de la Fnac, écrivait : « Je tenais à vous informer du départ de Pierre Gressier. Dans le cadre de l'élaboration du projet pour l'entreprise et de ses plans opérationnels de mise en oeuvre, nous avons, en effet, constaté notre divergence de vues. »

Certains de ses collaborateurs font preuve de fatalisme : « Nous changeons d'organisation tous les deux ans, confiait alors à 01 Informatique un membre de la direction de l'organisation et des systèmes d'information (Dosi). Du coup, nous n'arrivons pas à atteindre un régime de croisière. Pourtant, le bilan de Pierre Gressier était plutôt positif. Il a même permis à la Fnac de réaliser d'énormes économies ! » Ce que Denis Olivennes lui-même reconnaît, Pierre Gressier ayant, selon le PDG, « permis l'optimisation des dépenses d'investissement et d'exploitation de la Dosi, et l'amélioration, en général, du fonctionnement des systèmes d'information ».

Mais aujourd'hui, c'est Fabien Sfez, DSI du groupe PPR, qui reprend provisoirement les rênes. Et cela « pour formaliser le plan à moyen terme et le plan d'action opérationnel de la Dosi, avec un objectif de simplification des SI, d'amélioration de leur efficacité pour l'utilisateur, et la poursuite de la réduction des coûts », écrit Denis Olivennes. Dans ce contexte, difficile de savoir si le départ du DSI est le déclencheur ou la conséquence du projet de réorganisation de l'entreprise.

... ou balayé par une réorganisation

En novembre 2003, François Gitton, DSI de Carrefour, un autre DSI de l'année (2002) de 01 Informatique, était également désavoué par sa direction. La CFDT s'inquiétait alors de voir le directeur général de Carrefour Systèmes d'information France (CSIF) remplacé par un directeur général (Paul Pochon) et un directeur financier (Jean-Pierre Audebourg). D'autant que ce dernier dépend de Bernard Dunand, patron des hypermarchés. Le 17 décembre, le comité d'entreprise votait un droit d'alerte et mandatait un cabinet d'études stratégiques et financières pour l'assister dans cette procédure. Le 30 décembre, le syndicat interpellait par courrier Daniel Bernard, PDG du groupe Carrefour, sur ce qu'il considère encore comme un risque de « perte importante d'autonomie, préjudiciable à la réactivité de CSIF » .

Mais que reprochait au juste la direction de Carrefour à François Gitton ? « Pas assez de résultats au niveau des coûts, rapporte Jean-François Debeugny, délégué syndical central CFDT. Alors que les chiffres prouvent le contraire. » La CFDT a d'ailleurs prévenu Daniel Bernard : « Cette nouvelle réorganisation, se substituant rapidement à une autre - à laquelle on n'a pas laissé le temps de porter ses fruits -, inquiète et démotive les collaborateurs, qui voient leurs efforts réduits à néant. Les systèmes d'information ont besoin de stabilité pour exprimer pleinement leur capacité. La vision à court terme ne peut, dans ce cas, que générer des coûts supplémentaires. » Question de point de vue...

Questions/Réponses
Quels sont les secteurs où les DSI bougent le plus ? La distribution, mais aussi, selon Solic Carrières, les assurances, les caisses de retraite et les mutuelles. Des secteurs où les fusions vont bon train, et où les entreprises doivent s'adapter aux nouvelles réglementations gouvernementales. A l'instar de ce qu'ont vécu les banques il y a quelques années. Elles sont souvent confrontées à des problématiques organisationnelles et cherchent à mettre en place de nouvelles organisations, plus souples, plus évolutives, plus réactives, et beaucoup plus matricielles. En découle la nécessité de refondre leur système d'information. Le secteur public est-il plus à l'abri de ces changements ? Non. Le départ d'André Ampelas de la RATP tend à le prouver. Mais aussi celui de Pierre Monneret, DSI de La Poste, qui a cédé sa place l'an dernier à Marie-Noëlle Gibon. Comme leurs homologues du privé, les entreprises publiques sont soumises à des contraintes de réactivité. Dans le transport, par exemple, cohabitent souvent deux informatiques : l'une dédiée à l'exploitation, l'autre étant une pure informatique de gestion. La première se doit d'être de plus en plus réactive. L'entreprise réclame des indicateurs - de disponibilité du trafic, d'incidents, etc. - de façon à pouvoir mener au plus tôt une analyse critique, et enclencher rapidement des actions correctives. Les DSI bougent-ils encore de leur propre chef ? Généralement, le départ d'un DSI est lié à la volonté de l'entreprise de progresser sur certains points - soit techniques, soit stratégiques. Mais tous les départs ne sont pas imposés. Certains DSI possèdent aujourd'hui, à leur poste, une compétence très recherchée par ailleurs. Intervient donc aussi un effet de chasse. Pourquoi certains DSI ne sont-ils pas immédiatement remplacés ? Un DSI n'est pas seulement jugé sur son savoir-faire. Il l'est aussi sur son savoir-être. Certaines entreprises préfèrent donc prendre leur temps. D'autant qu'à ce niveau de responsabilités, la demande est forte sur le marché de l'emploi. Et que débaucher un DSI en poste demeure assez difficile. D'autres entreprises souhaitent également voir comment réagissent leurs équipes. Retirer la personne qui donnait systématiquement le cap peut permettre de voir comment une nouvelle organisation se met spontanément en place. Et, ainsi, de repérer les gens qui prennent naturellement de l'essor. Cela peut aider l'entreprise à se réorganiser et à accompagner le changement.


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