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Cet article est extrait de : 01 Informatique

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[ ENQUÊTE ]
Concevoir des jeux vidéo n'est pas jouer !
Les métiers du jeu vidéo font rêver nombre d'étudiants, qui s'imaginent être payés à jouer. Décimée après l'éclatement de la bulle Internet, cette industrie encore en période de convalescence a besoin de nouvelles recrues, aux multiples compétences.

Stéphanie Chaptal , 01 Informatique, le 05/08/2004 à 07h00

Qui se souvient de Cryo ? Ou de Kalisto et de son pourtant si médiatique président, Nicolas Gaume ? Ces deux sociétés, fleurons du jeu vidéo à la française, ont disparu en 2002 comme tant d'autres, emportées par l'éclatement de la bulle Internet. Alors que le commerce électronique a su revenir sur le devant de la scène, l'industrie des jeux vidéo, elle, reste fragile en France.

« Cette crise touche une industrie dont le marché est pourtant en croissance constante », constate Emmanuel Forsans, président de l'Association française des jeux vidéo (AFJV). Le chiffre d'affaires de ce secteur augmente, en effet, de 10 à 12 % par an. « Cette industrie repart sur des bases plus saines. » Avec un coup de pouce du gouvernement. Le Premier ministre a ainsi dégagé 3,6 millions d'euros pour aider au financement de vingt-trois nouveaux jeux en France.

Beaucoup de candidats mais peu de postes

Autre mesure prise en faveur du jeu vidéo, la création d'une filière de formation à ces métiers. Celle-ci, l'Ecole nationale des médias interactifs à Angoulême, ouvrira ses portes en octobre 2004. Elle comblera un vide sur le plan pédagogique, puisque ce sera la seule formation spécialisée préparant à l'ensemble des métiers liés au jeu vidéo. Mais assurera-t-elle un poste à ses diplômés ? Rien n'est moins sûr. « Beaucoup de monde veut travailler dans le jeu vidéo, explique Nicolas Perret, président de l'association Jiraf (le Jeu vidéo et son industrie rassemblent leurs acteurs français). Les aspirants ont une vision magique du jeu vidéo sans en comprendre les besoins. »

« Aujourd'hui, faire du jeu vidéo ce n'est pas jouer , renchérit Emmanuel Forsans. Un game designer ou un testeur de gameplay a besoin de savoir ce qui se fait. Mais être un joueur invétéré ne sert strictement à rien. » Cette méconnaissance explique que de nombreux candidats se lancent dans ce secteur, où peu de postes, pourtant, sont à pourvoir. D'autant que les profils recherchés sont très divers. Un level designer (ou scénariste des niveaux de jeu) n'a que peu de rapport avec un animateur 3D, qui ne se posera pas les mêmes problèmes qu'un programmateur en charge des effets spéciaux ou un chef de projet.

Etre à la fois créatif et technicien

Dans la production d'un jeu vidéo se retrouvent trois grands corps de métier. Les premiers, les développeurs, s'occupent de toute la partie purement informatique du jeu. « La plupart de nos programmeurs sortent d'une école d'ingénieurs ou ont suivi un équivalent à l'université, assure Caroline Rosamoely, directrice des ressources humaines chez Ubisoft. Nous n'avons pas de filières de préférence. Mais tous les candidats retenus - même les plus débutants - ont déjà une expérience du secteur. En parallèle de leurs études, ils ont déjà " codé " des jeux pour eux ou sous forme de freeware. Ils ont déjà des éléments concrets à nous montrer. Ils doivent aussi être créatifs. Nos développeurs sont en effet amenés à travailler étroitement avec les graphistes et les autres membres non informaticiens de l'équipe. »

Viennent ensuite les infographistes et les animateurs, qui soit sortent plutôt d'une école d'arts graphiques, soit sont carrément autodidactes. Là encore, le jeu vidéo impose des compétences spécifiques. Caroline Rosamoely précise : « Nous recherchons, certes, des profils artistiques. Mais ils doivent être capables d'intégrer des paramètres techniques forts. Ainsi, nous travaillons sur des animations précalculées. Ce qui est plus contraignant que le temps réel. »

Entre ces deux pôles se trouve le game design. Ce terme abscons recouvre tous les métiers qui touchent à l'histoire du jeu : le scénariste, le script, le level designer , etc. Pour Nicolas Perret, « le game designer fait ainsi le lien entre la programmation et le graphisme. Il n'a pas forcément eu l'idée originale du jeu. » C'est cette branche qui fait l'objet des formations dédiées aux jeux vidéo. A tort, selon Nicolas Perret : « Les écoles de game design sont bien trop nombreuses pour les postes à pourvoir. Il n'y a qu'un ou deux game designers pour cinq ou six programmateurs sur un même jeu. La problématique de ce métier est similaire à celle d'un chef de projet. » D'autant que les entreprises ont l'habitude de former en interne leur game designer. « Une partie de nos effectifs de ce domaine provient du test. Toutefois, nous recrutons aussi des level designers et des game designers expérimentés », explique Caroline Rasamoely.

Pour travailler dans les jeux vidéo, mieux vaut avoir un peu plus que des notions sur le métier du voisin, aussi différent soit-il, pour être en mesure d'intégrer l'une ou l'autre société.

La polyvalence, une aptitude bienvenue

En France, seules deux entreprises dépassent les cent salariés. Les autres ont des effectifs nettement plus réduits. 38 % d'entre elles comptent même moins de dix salariés, personnel administratif compris. « Certes, dans certains studios comme Electronic Arts, deux cents personnes travaillent sur un même jeu. Mais, dans l'absolu, une personne peut à elle seule réaliser un jeu vidéo. Le plus souvent, un même salarié va occuper plusieurs fonctions », précise Nicolas Perret.

Même chez le plus important employeur, Ubisoft, cette polyvalence s'apprécie. « Nous recherchons des gens passionnés de jeux, certes, mais qui sont aussi capables d'être à l'écoute des besoins de leurs collègues et de travailler en équipe dans un environnement multiculturel », explique Caroline Rasamoely. Sa société fait souvent travailler en binôme développeurs et graphistes. Elle a également des studios de production disposés aux quatre coins du globe. Et même si le recrutement est géré localement par chaque filiale, des passerelles existent de l'une à l'autre. « Le studio canadien recrute beaucoup en France actuellement », affirme-t-elle.


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