« Les nouvelles technologies relèvent d'un vrai paradoxe. D'un côté, elles libèrent les initiatives et les énergies en offrant au salarié davantage d'autonomie et de responsabilités. Il est donc libre de
s'organiser et d'aller chercher l'information où elle se trouve. D'un autre côté, ces mêmes technologies exercent un contrôle fort de son activité. A tout moment, il est ainsi possible de savoir où il se trouve, ce qu'il fait, avec quelles
personnes, et selon quels processus cognitifs.
Face à cette nouvelle donne employeur-employés, deux types de contrats émergent. Dans le contrat léonin, autonomie et autocontrôle sont fortement réduits. Ne subsiste plus que le lien de subordination, et le non-respect
du contrat entraîne une sanction unilatérale. Dans le contrat donnant-donnant, le renforcement à la fois de l'autonomie et du contrôle introduit un équilibre entre libertés données et contraintes imposées.
" Je peux
continuellement savoir où et comment vous travaillez. Mais il s'agit juste de points de repère pour améliorer nos processus. " Qui fixe ce contrat ? Les libéraux diront que ce sont les acteurs individuels, les régulateurs, la
négociation collective et le législateur, à savoir l'Etat. A partir de là, à chaque partie de placer le curseur où bon lui semble. Est-ce que j'autorise mon employeur à profiter du fait que je sois contamment connecté - GSM,
Wi-Fi - pour étendre mon temps de travail ?
En travaillant, par exemple, durant le trajet de mon domicile à mon lieu de travail ou en restant sous astreinte chez moi. L'employeur a tout intérêt à rester dans le non-dit et à ne pas acter cette extension du temps de
travail. Il parie qu'en donnant au salarié un téléphone mobile ou un ordinateur portable, il les utilisera de lui-même, hors des heures légales. Seuls les cadres supérieurs, non assujettis aux trente-cinq heures, étaient initialement dotés de ce
type d'outils. Le modèle se généralise progressivement à l'ensemble des salariés. Et les sous-traitants qui ne bénéficient pas du cadre protecteur du salariat sont encore plus exposés. »