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[ INTERVIEW ]
Eric Hirlimann (Centre René-Huguenin) : « Nous sommes prêts pour le dossier médical partagé »
Le centre de lutte contre le cancer de Saint-Cloud n'a pas attendu le projet de réforme du ministre de la Santé pour s'engager dans la voie du dossier médical partagé.

Jean-Marie Portal , 01 Informatique (n° 1772), le 07/07/2004 à 07h00
Eric Hirlimann, directeur des systèmes d'information du Centre René-Huguenin.

Le Centre René-Huguenin fait partie des vingt centres français spécialisés dans la lutte contre le cancer. Moins médiatisé que la clinique Pasteur, à Toulouse, l'établissement hospitalier de Saint-Cloud n'en est pas moins avancé dans la mise en place d'un dossier médical partagé. Eric Hirlimann, son directeur des systèmes d'information, n'a pas attendu le projet de réforme du ministre de la Santé pour entraîner le centre de cancérologie dans la voie de l'informatisation des données médicales. Et de leur diffusion vers près de deux mille correspondants - tous praticiens - qui exerçent en dehors du centre.

01 Informatique : Le Centre René-Huguenin est-il prêt à alimenter le dossier médical partagé ?

Eric Hirlimann : Depuis 1991, l'intégralité des comptes-rendus médicaux et des résultats d'examens du centre est informatisée. Depuis novembre 2003, nous ne fabriquons plus d'images sur support argentique. Nous les numérisons et les rendons visualisables sur écran via le réseau. Ce qui veut dire qu'aujourd'hui nous disposons de toutes ces informations sous forme de bases de données SQL pour les textes, et sous forme de serveurs Web pour les radiographies. Il suffirait donc, selon moi, de peu de choses pour alimenter ce fameux dossier médical commun, à un horizon de deux ans.

Vous avez donc bien accueilli le projet de réforme de Philippe Douste-Blazy...

Je dirais qu'effectivement cela représente quelque chose de fort au Centre René-Huguenin. Sachant qu'il nous manque encore une pierre complémentaire - et impérative - pour ce dossier médical commun. Il s'agit du dossier de soins, qui verra le jour courant 2005. Et cela, c'est beaucoup plus complexe. Il fait intervenir l'ensemble des partenaires médicaux, puisqu'il s'agit d'établir une prescription informatique qui déclenchera des soins au niveau du personnel infirmier et des examens dans les centres d'imagerie ou les laboratoires. Cette partie touche donc le médecin, le personnel soignant, les médicaments, la pharmacie, les centres d'examens et les laboratoires. Mais il existe suffisamment de progiciels performants sur le marché pour que nous puissions avancer vite. Et ce sera notre choix. Sauf pour le dossier médical du patient, qui a été développé en interne, et sur lequel nous gardons la main. Nous conservons la maîtrise de notre coeur de métier.

Partagez-vous déjà vos données médicales avec d'autres établissements hospitaliers ?

Les vingt centres français de lutte contre le cancer sont regroupés au sein d'une fédération nationale. Cette fédération est une association loi 1901. C'est-à-dire qu'elle est placée sous notre autorité. Les vingt centres se communiquent des données de toute nature. Ces données sont liées aux activités médicales de la structure, mais elles peuvent également être financières, comptables, analytiques ou bien relever des ressources humaines. Derrière, nous disposons d'un outil, développé au sein de la fédération et fonctionnant sur internet, qui nous permet de faire du benchmarking. C'est-à-dire que nous exploitons en toute liberté les données des vingt centres.

Comment les directions informatiques des centres sont-elles impliquées dans les activités de la fédération ?

Entre directions informatiques, nous nous rencontrons deux fois par an au sein du Cica (Club des informaticiens des centre anticancéreux). Nous nous réunissons pendant deux jours. Avec un ordre du jour portant sur de grands thèmes, pour harmoniser nos positions et nos choix. Mais en gardant chacun notre autonomie.

Actuellement, sur quoi portent vos efforts communs ?

Nous travaillons très activement avec un médecin généraliste, le docteur Macieira Lorenzo, qui a développé une application de dossier médical commun. Il s'agit ici tout simplement d'encourager l'intégration, via Internet, de l'ensemble des examens, comptes-rendus et images sur un serveur. Ce serveur permet aux généralistes ayant adhéré - gratuitement - à ce système d'accéder à l'ensemble de ces images et textes. C'est exactement le projet de Philippe Douste-Blazy. Le docteur Lorenzo est d'ailleurs allé le voir il y a peu de temps, alors qu'il venait d'être nommé.

Vous anticipez donc le projet de réforme ministériel ?

Nous allons nous réunir le 1er juillet pour voir comment, au Centre René-Huguenin, alimenter en informations nos correspondants. Nous en avons à peu près deux mille. Des médecins qui peuvent être des spécialistes, des généralistes ou des hospitaliers. Nous avons identifié nos plus gros correspondants, ceux qui nous envoient le plus de patients, en vue de monter cette réunion de mise en commun d'informations. Donc, nous anticipons le projet du ministre. Mais peu importe ! En anticipant, nous serons prêts...

Selon vous, quelles difficultés rencontreront des structures moins avancées que la vôtre dans la mise en place d'un dossier patient informatisé partageable ?

Les blocages les plus lourds se situeront au niveau de la structure hospitalière classique. Car ce sont des systèmes d'information complexes. Mais ils disposent aujourd'hui d'un levier qui leur permettra d'avancer plus vite. Il ne faut pas oublier que le dossier médical unique - au format papier ou non - est l'une des principales conditions exigées par l'Anaes (Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé) pour accréditer les structures hospitalières. Cela signifie que, grâce à cette démarche, celles-ci disposent déjà presque toutes d'un dossier médical unique. Nous sommes dans un contexte favorable. Car elles verront leur tâche énormément simplifiée au moment de l'informatisation complète.

L'analyse de 01 Informatique

Pour les établissements hospitaliers, la réforme aurait pu tomber plus mal. René-Huguenin, centre privé participant au service public, le prouve. Pour Eric Hirlimann, son directeur des systèmes d'information, le gros du travail est fait. Même dans des structures encore peu informatisées en raison de l'obligation qu'elles ont de constituer un dossier patient unique en vue de leur accréditation.

Et « nous n'avons pas bénéficié, jusqu'à présent, d'une aide politique aussi puissante pour mettre nos informations à la disposition de l'ensemble du corps médical » , insiste Eric Hirlimann. Reste que certains ont pris une longueur d'avance. Quitte à aller plus vite que la musique ! René-Huguenin alloue ainsi 3 % de son budget à l'informatique.



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