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Les jeux sont virtuels, mais les risques bien réels
Du coup, aucun recours juridique n'est possible en cas de non-paiement des gains, par exemple. Or dans les casinos virtuels, comme ailleurs, sévissent des arnaqueurs en tout genre qui profitent de ce flou législatif. Et si les jeux sont virtuels, les risques ne le sont pas. Car l'internaute attiré par l'appât du gain dispose de très peu de repères et de guides pour choisir son casino. A qui faire confiance ? Les classements des « meilleurs casinos » présentés sur plusieurs sites sont à prendre avec des pincettes. La plupart du temps, ils préfèrent mettre en avant les établissements leur reversant des commissions plutôt que les plus sérieux. « Je reçois des dizaines de demandes par semaine, de la part de sites qui veulent figurer dans mon classement contre rémunération » , explique Anthony, webmaster du site Casinostrategie.com , qui laisse les internautes faire leur propre classement à partir de leur expérience. Autre élément permettant de juger du sérieux des machines à sous virtuelles : le taux de remboursement, c'est-à-dire le pourcentage des mises qui est reversé aux joueurs. Plus d'une trentaine de sites affichent des certificats émis par la société d'audit financier Pricewater-house Coopers, attestant de leur taux de remboursement (environ 95 %). Difficile, pourtant, de savoir si ces chiffres ne sont pas falsifiés par les sites... Malgré les risques et l'absence manifeste de transparence, de nombreux internautes français se pressent chaque mois sur les tables des casinos en ligne. Nous avons demandé à la société NetRatings, qui évalue l'audience des sites Internet à l'aide d'un panel, de nous fournir des chiffres précis. Le résultat est étonnant : à lui tout seul, Casino On Net a attiré, en mars 2004, quelque 348 000 visiteurs français. Selon nos estimations, établies à partir des chiffres de NetRatings, les internautes sont plus nombreux à se diriger vers les sites illégaux des casinos que vers celui de la Française des jeux (809 000 visiteurs en mars 2004). Il est vrai que, pour attirer des visiteurs, les casinos mettent le paquet, notamment en publicité. En 2003, Casino On Net - le plus actif en France - a lancé pas moins de 53 campagnes publicitaires en ligne avec... 358 bandeaux différents !La justice américaine sait se montrer sévère
Fournis par la société d'études du marché publicitaire LemonAd, ces chiffres font apparaître que les dix casinos les plus actifs en matière de publicité en 2003 ont commandé 174 campagnes. Les sites qui les ont diffusées se sont, eux aussi, placés dans l'illégalité. La loi de 1836 précise en effet que « ceux qui, par des avis, annonces, affiches ou par tout autre moyen de publication, auront fait connaître l'existence de ces loteries seront punis de 4 500 euros d'amende. » Ubuesque ! Aux Etats-Unis, la justice a commencé à faire montre de plus de sévérité et a menacé Yahoo! et Google en avril dernier. Résultat : ces deux moteurs de recherche ont annoncé qu'ils allaient supprimer toutes les publicités des casinos... mais aux Etats-Unis seulement. Pendant ce temps, en France, personne ne bouge. Les choses devraient changer en 2010, dernier délai. C'est la date que s'est fixée la Commission européenne pour réguler l'activité des cyber-casinotiers. L'Observatoire des casinos en ligne (OCL), fondé par une société de gestion de casinos qui souhaiterait rallier à sa cause d'autres empires du jeu, travaille actuellement à l'élaboration d'une charte des bonnes pratiques qui répondrait aux contraintes techniques (sécurité, fiabilité) comme aux contraintes légales (respect de l'âge légal minimum par exemple). Elle sera présentée à la Commission européenne en fin d'année. « C'est la première fois que l'Europe intervient au niveau des jeux, donc il y a une certaine panique dans chaque pays où des monopoles sont installés » , explique Maître Thibault Verbiest, avocat aux barreaux de Bruxelles et Paris, spécialisé en droit du jeu. « Tout est figé, l'Etat a mis la tête dans le sable » , enrage Patrick Partouche.Echapper au fisc en plaçant ses gains à l'étranger
En attendant, ceux qui jouent devront donc se débrouiller tout seuls, qu'ils perdent... ou qu'ils gagnent. Ainsi, Laurent, chef d'entreprise de 43 ans, qui a gagné 50 000 dollars il y a moins d'un mois sur Roidescasinos.com était dans une impasse. Si son gain était versé sur son compte bancaire, il aurait pu être considéré comme suspect par le fisc. Il a donc été obligé d'ouvrir un nouveau compte dans un pays plus complaisant pour pouvoir toucher le jackpot !Ouvrir un casino virtuel est interdit, en faire la publicité aussi, y jouer n'en parlons pas... Pourtant, la Police des jeux, qui surveille les casinos, ne semble pas s'y intéresser... Quant aux députés, français comme européens, ils ne sont pas pressés d'agir. En attendant, le million d'internautes français qui visite ces casinos chaque mois n'est pas protégé en cas d'arnaque.
Impossible d'évaluer les casinosIl y a plus de 1700 sites de casinos en ligne, les tester tous est impossible. D'autant que les problèmes se posent souvent lorsque les gains deviennent importants. Il ne faut surtout pas se fier aux multiples sites Web de classements, pas plus qu'aux « labels » qui peuvent être falsifiés.
Les espoirs de l'arrêt GambelliCette décision de la Cour de justice de la Communauté européenne a débouté l'Etat italien face à un bookmaker anglais qui offrait des paris en ligne. Elle précise qu'un service autorisé dans un pays de l'UE et contrôlé peut-être proposé dans les autres pays membres, même si ceux-ci l'interdisent. L'entrée de Malte, hébergeur de casinos virtuels, dans l'UE au début du mois de mai pourrait donc légaliser implicitement ceux-ci et accélérer la mise en place d'une véritable législation.
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