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[ DEMAIN ]
Vers de vrais managers
A l'avenir, le chef de projet choisira de gérer la seule composante technique ou de manager de grands projets, pour lesquels l'informatique ne constitutera qu'un volet.
Emmanuelle Delsol , 01 Informatique, le 31/05/2004 à 07h00
Le métier d'informaticien est en pleine mutation. Et le chef de projet n'échappe pas à la règle, bien au contraire. De plus en plus souvent, l'informatique ne représente plus qu'une composante parmi d'autres dans les projets plus globaux d'entreprise. De plus en plus ambitieux et stratégiques, ceux-ci se multiplient. Et pour les mener à bien, les entreprises préfèrent les managers aux informaticiens. L'avenir des chefs de projet informatique pourrait se jouer au coeur d'une simple alternative : se saisir de la responsabilité de ces projets globaux ou en conserver la maîtrise d'oeuvre.
« Il faut un chef de projet global , assène Jacques Pansard, professeur à l'ESCP-EAP dans le cadre du Master spécialisé Business Consulting, qui vise justement à former des directeurs de projet. Et non un chef de projet informatique, même si ce titre peut être porté par un interlocuteur privilégié du chef de projet. Le pouvoir ne se morcelle pas. Il faut un seul pilote dans l'avion. Ce qui n'enlève de pouvoir à personne, bien au contraire. Il ne s'agit que de déléguer une responsabilité, celle de manager le projet. »
Des réflexes de patron industriel
Cette réalité de projets plus globaux se vérifie particulièrement dans l'industrie. Le mode projet y est la règle depuis longtemps, et les compétences en la matière ne manquent pas. Les chefs de projet informatique s'y retrouvent souvent responsables de la seule dimension technique. Mais les informaticiens conservent toutes leurs chances dans des secteurs comme la banque ou l'assurance, moins rodés au mode projet. « La direction des systèmes d'information étant naturellement la plus habituée aux projets, elle est donc naturellement génératrice de chefs de projet », rappelle, en effet, Jacques Pansard.
« Le chef de projet - ou chef de programme - est un responsable que l'on identifie de plus en plus en tant que tel, et que l'on ne doit plus confondre avec un responsable de maîtrise d'ouvrage ou de maîtrise d'oeuvre, complète Patrick Dailhé, directeur du programme Copernic pour le ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie. Du coup, le niveau d'exigence monte. On construit des référentiels pour exercer ce métier, on cherche à instrumenter des prescriptions de bonnes pratiques. »
En clair, la fonction se professionnalise. Les approximations que l'on pouvait tolérer il y a encore quelques mois ne sont plus acceptables. Les enjeux y sont pour beaucoup. « Copernic englobe soixante-dix projets de toute taille, rappelle Patrick Dailhé. Les enjeux s'avèrent considérables. Il faut moderniser, mais aussi produire de la valeur ajoutée, vérifier la conformité des livrables, surveiller les budgets, et anticiper les risques. » Joël Templier, vice-président solutions d'entreprise chez CSC, abonde dans ce sens : « La complexité est inhérente à l'ambition des projets. Le chef de projet doit avoir des réflexes de patron opérationnel, et même de patron industriel. »
L'expérience avant tout
De toute évidence, seule l'expérience apportera de telles compétences à un chef de projet. Si l'on en croit ceux qui pratiquent déjà la fonction à un haut niveau, les capacités requises se révèlent nombreuses et variées. « Il convient de clarifier la poutre maîtresse du projet, que l'enjeu soit économique, stratégique ou autre » , estime Eric Piat, directeur associé chez Cap Gemini et membre du Club de Montréal, qui réunit des responsables de projet de haut niveau issus de tous secteurs. « Une fois les objectifs clairs, il faut s'assurer qu'ils sont bien compris, et générer un consensus autour d'eux. »
Puisque le chef de projet est le responsable entre tous et qu'il s'appuie, la plupart du temps, sur des équipes dispersées, il doit être encore plus exigeant sur la qualité des personnes, s'entourer des meilleures compétences et des plus appropriées. La communication représente un élément clé, et le chef de projet en est le garant. « Ne pas se doter d'une lingua franca constituerait une erreur grave, insiste Armand Hatchuel, directeur adjoint de l'Ecole des mines, responsable de formation doctorale. D'une équipe à une autre, on peut avoir une culture informatique différente. » Voire une culture et une langue différentes, tout simplement...
De fait, le management de projet est encore rarement l'objet de cursus spécifiques. Les entreprises choisissent plutôt de « coacher » elles-mêmes leurs cadres expérimentés. L'ESCP-EAP a néanmoins lancé l'an dernier son Master européen Business Consulting, qui enseigne aussi bien les techniques de gestion de projets que les comportements idoines. Car il ne faut pas oublier que le défi consiste « à instaurer une organisation quasi militaire. Et cela sans que le projet ne devienne une immense gestion administrative, perdant tout dynamisme, rappelle Annie Cattan, directeur associé de Pragmaty, un cabinet de conseil en organisation. Le mode projet doit avant tout tirer les gens vers le haut... » .
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