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La démarche CMM gagne l'Europe Alain Clapaud [ OPTIMISATION DES PROCESSUS ]
La démarche CMM gagne l'Europe
Malgré un faible degré d'avancement dans la démarche, les SSII et éditeurs français s'intéressent de plus en plus au modèle de certification CMM. Si l'intérêt marketing d'une certification ou les avantages pour les clients ne sont pas toujours immédiats, la globalisation du marché informatique laisse toutefois peu de choix.

Alain Clapaud , 01 Réseaux (n° 140), le 01/06/2004 à 00h00

Né en 1984, le modèle CMM (Capability maturity model) ne connaît un véritable engouement que depuis quelques mois. Cette démarche qualité vise à optimiser les processus mis en oeuvre par les équipes de développement afin d'améliorer les délais et les coûts, et à minimiser les risques liés aux projets informatiques. Les critiques formulées au sujet des normes internationales ISO ont peut-être retardé l'adoption de ce modèle de certification en France, alors que les États-Unis fournissaient le plus gros des entreprises certifiées.

Le recours des sociétés américaines à la délocalisation a ainsi poussé leurs fournisseurs à adopter le modèle et, aujourd'hui, nombreuses sont les SSII indiennes à pouvoir se targuer du niveau ultime de la certification CMM (lire l'encadré). En France, les entreprises ayant atteint un tel niveau représentent l'exception (IBM en fait partie). Ces derniers mois ont toutefois vu un réel regain d'intérêt de la part des sociétés de services européennes à l'égard de cette démarche.

S'aligner sur les concurrents indiens

« À l'image de ce qui s'est passé dans des secteurs comme le textile ou l'automobile, le global sourcing (prospection globale) est désormais de mise dans l'informatique, reconnaît Hubert Tardieu, vice-président senior de l'activité Global Service Delivery d'Atos Origin. Or,il nous fallait nous assurer qu'il existait un étalon de la maturité des processus qui soit le même à São Paulo et à Kuala Lumpur. » En janvier 2003, Hubert Tardieu, l'inventeur de la méthode Merise, a été chargé de mener le processus de certification CMM de la SSII. Un pilote est lancé sur quatre sites nearshore d'Atos Origin (Rennes, Grenoble, Naples et Madrid), un site onshore (Nottingham) et deux sites offshore (São Paulo et Kuala Lumpur).

Basé en Inde, le site de Mumbai, issu de SchlumbergerSema, est déjà certifié CMM 5. Il va rejoindre le pilote, notamment pour servir de moteur à la zone Asie. Sur les deux mille employés des sept centres, 690 personnes sont concernées. « Il faut constituer des noyaux forts, à partir desquels les bonnes pratiques doivent se diffuser dans les centres en un an, dix-huit mois au maximum » , explique Hubert Tardieu. De ce fait, le choix du périmètre de certification prend toute son importance.

En l'occurrence, Atos Origin a choisi ses centres selon leurs types, leurs volumes d'activité et leur localisation géographique. Fin 2003, quatre de ces sites ont atteint la certification CMM 3. En avril 2004, le site espagnol s'est contenté de CMM 2. Un autre site devrait bientôt obtenir un niveau CMM 2 ; et un dernier site, CMM 3. Une démarche significative mais modeste, au regard des SSII indiennes, nombreuses au niveau 5 : « Le niveau 3 est un stade qui nous apparaît tout à fait intéressant, mais nous voulons être en mesure de faire face à nos concurrents sur un terrain qu'ils ont choisi » , poursuit Hubert Tardieu. Quels gains peut attendre un groupe tel qu'Atos Origin de la certification CMM? S'il espère un gain de productivité d'environ 10 %,il lui reste encore à le mesurer dans les faits.

Un transfert de technologie vers l'entreprise

Philippe Courtois, directeur de production de Transiciel, a entrepris une démarche CMM, voici trois ans, sur le périmètre restreint de l'activité TMA (tierce maintenance applicative). Il estime le retour sur investissement de l'opération à 2 ou 3 euros gagnés pour 1 euro investi. L'activité TMA a atteint le niveau 2 du modèle, le niveau 3 étant prévu à court terme. « Nous avons mené une enquête avec IDC sur le niveau de maturité des entreprises françaises. Il en ressort que moins de 10 % d'entre elles ont atteint le niveau 2. Si, il y a trois ans, l'attente du marché ne faisait que frémir au sujet du CMM, le sujet fait aujourd'hui partie des stratégies des entreprises, notamment dans les secteurs des banques et assurances » , détaille Philippe Courtois.

Le recours à un prestataire CMM est un moyen, pour ces grandes entreprises, de mettre à niveau leur informatique interne, tout en s'engageant dans une démarche de certification. Outre ce besoin de transfert de compétence, les clients TMA de Transiciel peuvent, selon Philippe Courtois, mesurer l'impact des meilleures pratiques CMM en termes de délai et de qualité de la prestation. « Le moral des personnels est aussi grandement amélioré. On ne fonctionne plus sur un modèle héroïque à base d'heures supplémentaires » , poursuit-il. Un facteur dont on parle peu, mais non négligeable dans la gestion d'un service informatique.

Pascale Gutter, responsable de la division SIG-DSI (Système d'information groupe-Développement des systèmes internationaux) de BNP Paribas, souligne que, effectivement, la démarche CMM a amélioré les conditions de travail de ses équipes : « Il y a une meilleure communication entre nous. La certification nous a permis de mieux décrire ce que chacun attendait de l'autre, et, de ce fait, la planification des tâches s'effectue plus sereinement, alors qu'auparavant les délais certes étaient tenus, mais parfois dans des conditions difficiles. » La mise en place d'un outil d'estimation pour définir la charge prévisionnelle de réalisation commune à toutes les équipes a ainsi permis de gagner en fiabilité. « Maintenant, on respecte les actions de chaque équipe. Par exemple, on ne réduit plus la durée de certaines tâches comme le packaging ou les tests » , explique Pascale Gutter.

« Le niveau 2 de la certification CMM constitue pour nous un acquis solide en matière de gestion de projet. Maintenant, on espère optimiser les processus, confirme Didier Vuillet, directeur informatique des plates-formes bancaires IT-BFI de BNP Paribas. Le projet de certification n'a pas été imposé par la direction, mais présenté comme un cadre conceptuel, un cadre que nous voulons améliorer. » Le projet CMM de la SIG-DSI a été évalué à un coût global de 2,5 % du budget informatique (pour un service qui compte 300 informaticiens). Didier Vuillet n'a eu recours qu'à un seul consultant externe, à mi-temps pendant une année, l'essentiel des études ayant été menées en interne. Un coût relativement faible, qu'il explique par son service informatique déjà fortement structuré. Les utilisateurs du progiciel Atlas, édité par la SIG-DSI, n'ont été, en revanche, que peu impliqués dans cette première phase. Didier Vuillet pense accroître leur participation pour atteindre le niveau 3 de la certification, tout en veillant à maintenir le rôle de chacun : « Il faut être transparent vis-à-vis des utilisateurs, ce n'est pas à eux de gérer nos équipes. »

Quelle pertinence sur de petits projets ?

Si la démarche CMM est adaptée à une approche d'édition de logiciel ou à de grands projets informatiques, quelle peut être sa pertinence sur des développements de moindre ampleur ?

Inexware Services, pôle applicatif de Neurones, intervient en maîtrise d'oeuvre et TMA sur des projets de plusieurs centaines ou milliers de jours-homme, mais aussi sur des projets où la réactivité est privilégiée par le client. Si ce prestataire n'est pas certifié CMM, la démarche est étudiée avant d'être engagée à court terme. Arnaud Lepinois, directeur technique d'Inexware, explique sa position : « Il est important de fixer précisément le périmètre de l'organisation qui va mettre en oeuvre le modèle CMM. Ainsi, cela n'a pas de sens de faire entrer dans la démarche CMM des projets de gestion de contenu où il nous est demandé avant tout d'être rapide. Le développement sous Lotus s'apparente à un mode RAD, un mode de développement qui se prête mal au formalisme CMM. En revanche, les applications J2EE et.NET (dès que cette dernière plate-forme sera stabilisée) ne sont plus du tout des applications quick and dirty . Ce sont de véritables applications stratégiques, sur lesquelles nous devons faire preuve d'une démarche qualité avérée. » Des développements qui entreront dans la démarche CMM d'Arnaud Lepinois.

« Pour l'heure, nous mettons en oeuvre deux méthodes de développement : RUP et Extreme Programming. Dans l'idéal, je vise le niveau 2 de CMM avant la fin de l'année, pour, à terme, obtenir le niveau 3. Nous allons adopter une démarche pragmatique, nous appuyant notamment sur l'expérience des cinq collaborateurs d'Inexware qui sont placés en assistance à la maîtrise d'ouvrage chez des clients en cours de certification CMM » , détaille-t-il.

Le CMM n'est pas tout

Si la SSII envisage donc une certification partielle, Access Commerce, l'éditeur toulousain de Cameleon, ne juge pas pertinent d'adopter la démarche, alors que celui-ci vient justement d'opérer une restructuration interne : « Nous ne cherchons pas à être certifiés CMM pour le plaisir. Ce que nous visons, c'est l'amélioration de la qualité de nos produits, affirme Sylvie Rouget, directeur marketing d'Access Commerce. Et ce n'est pas en mettant en place des processus huilés que l'on produit nécessairement les meilleurs logiciels. » Une position soutenue par Alain Roan, consultant senior chez NS-Team, la société de conseil qui a aidé Access Commerce à mener sa réorganisation : « Appliqué à un restaurant, le CMM va indiquer que la cuisine est bien organisée, mais ne dira absolument rien sur le contenu de l'assiette. »

De fait, l'éditeur toulousain a préféré parier sur la mise en place de processus collaboratifs étroits entre le marketing du produit et la recherche-développement. « Nous avons voulu mettre en place une organisation qui privilégie la réactivité, qui soit capable de prendre en compte les aléas du quotidien et de faire bouger les spécifications pour répondre aux attentes de nos clients » , ajoute Sylvie Rouget.

Le CMM et sa déclinaison CMMi ne sont néanmoins pas totalement absents de la restructuration d'Access Commerce, comme le souligne Alain Roan : « Le CMM, c'est avant tout une énumération de bonnes pratiques dans le domaine du développement logiciel. Il ne faut pas prendre le CMM au premier degré, mais piocher aux endroits les plus pertinents et ne retenir que les choses les plus efficaces. »

Les cinq niveaux de maturité du modèle CMM

Le SEI (Software Engineering Institute), de l'université américaine Carnegie Mellon, a défini les cinq niveaux de maturité du modèle CMM.

Le niveau 1 n'est que le point de départ du modèle.

Le niveau 2 équivaut à un état du service informatique où des procédures de qualité ont été mises en place, de même que des moyens de gestion de projet importants.

Le niveau 3 correspond à une démarche de mesure de l'efficacité des processus et de généralisation des meilleures pratiques.

Le niveau 4 est atteint dès lors que cette mesure est systématique.

Le niveau 5 est une optimisation de chaque processus au sein d'un plan d'évolution.

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Le phénomène CMM, encore essentiellement nord-américain

L'adoption du CMM demeure un fait essentiellement américain. Les SSII indiennes, dont le marché est avant tout axé sur les États-Unis, ont entrepris très tôt la démarche CMM et ont fréquemment atteint le niveau 5, niveau ultime du modèle.

Les SSII européennes, qui analysent ces derniers mois la portée du phénomène CMM, sont loin de voir le fruit de leurs démarches. Généralement, elles n'en sont encore qu'à franchir les premières étapes (2 ou 3), pour celles qui ont effectivement entamé le processus. Au niveau mondial, 43,3 % des entreprises impliquées dans le CMM sont encore au niveau 2 ; 27,4 % ont atteint le niveau 3. Elles ne sont que 7,8 % au niveau 4 ; et 9,2 % au niveau 5.

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Suite de l'article
Hubert Tardieu (Atos Origin) : « Les quatre secrets d'une certification CMM réussie »

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