Fabien Maisl (Cirpak) : « La téléphonie sur IP n'est plus qu'une affaire de déclic industriel »
Toutes les conditions sont réunies pour provoquer l'explosion des services téléphoniques sur IP. C'est l'avis de Fabien Maisl, directeur marketing et partenariats chez Cirpack, constructeur français de commutateurs téléphoniques.
Pierrick Arlot , Electronique International Hebdo, le 18/06/2004 à 15h00
|
Electronique International Hebdo : Depuis quelques mois, de grands opérateurs télécoms, notamment aux Etats-Unis (AT&T, Qwest, Verizon, etc.), multiplient les annonces de migration de leurs infrastructures téléphoniques classiques vers des infrastructures IP. Certains ont même déjà commencé à proposer des services VoIP (Voice over IP). Pour quelles raisons assiste-t-on seulement maintenant à l'explosion de la téléphonie sur IP ?
Fabien Maisl : Aujourd'hui, la téléphonie sur IP n'est plus entravée, ni par des contraintes techniques, ni par des problèmes de fiabilité, comme cela a pu être le cas dans les années passées. C'est maintenant plus une affaire de déclic industriel de la part des opérateurs, car les conditions nécessaires à son déploiement à grande échelle sont réunies. Grâce aux progrès de l'électronique, les équipements VoIP sont désormais optimisés en performances, en coût et en taille. Cirpack propose, par exemple, une passerelle de téléphonie sur IP où une seule carte peut traiter jusqu'à 1024 communications simultanées, annulation d'écho et compression de la voix comprises. Certains commutateurs VoIP (ou softswitches), comme ceux exploités par Free notamment, sont même capables de gérer un nombre d'abonnés plus important que le plus gros commutateur RTC (1) de France Télécom, et ce avec une fiabilité comparable et pour un encombrement incommensurablement plus faible. Par ailleurs, les protocoles de signalisation qu'utilisent les softswitches pour communiquer avec les modems IP ou les téléphones IP abonnés sont mûrs. La technologie MGCP (2) est fonctionnelle depuis deux ans et le protocole SIP (3) est au point depuis une dizaine de mois. A cela, il faut ajouter que, dans les pays industrialisés, la grande majorité des gens a accès à des lignes haut-débit du type ADSL, lignes sur lesquelles la transmission d'une communication téléphonique sur IP ne pose guère de problème de bande passante ou de qualité de service.
D'un point de vue économique, quels sont les avantages de la téléphonie sur IP ?
La téléphonie sur IP est désormais perçue comme un moyen de réduire les frais opérationnels de manière astronomique. Entre un réseau traditionnel à commutation de circuits et un réseau dit " de nouvelle génération " (NGN), le gain annuel en coûts d'exploitation est compris entre un et cinq. C'est en effet le softswitch qui joue le rôle central d'une infrastructure NGN, et cet équipement n'est autre qu'un serveur informatique, doté d'un logiciel de traitement des appels vocaux ad hoc. Il est donc simple de le gérer à distance, de le faire évoluer, de le connecter à des plates-formes de services ouvertes, et sa maintenance nécessite peu de ressources humaines et de formations. Tout le contraire des commutateurs téléphoniques traditionnels ! Dans un réseau NGN, ce sont en fait les routeurs et les commutateurs de paquets installés dans l'infrastructure IP de l'opérateur qui se chargent d'orienter le trafic VoIP, comme ils le font pour n'importe quel paquet de données. Le softswitch, lui, communique avec les modems IP via les protocoles de signalisation MGCP ou SIP pour faire fonctionner les téléphones. Il pilote également les passerelles de téléphonie sur IP présentes dans le réseau de l'opérateur, celles-ci convertissant les communications vocales issues d'utilisateurs RTC ou RNIS pour les injecter sur l'infrastructure IP, et réciproquement.
Qu'en est-il des coûts de déploiement ?
Dans le déploiement d'une infrastructure de téléphonie sur IP, il faut bien voir que ce sont les modems IP (du type Freebox) qui coûtent le plus cher à l'opérateur, car il lui faut en installer un exemplaire chez chaque abonné. Les DSLAM représentent l'autre pôle important de dépenses. Au total, l'infrastructure d'accès peut représenter 80 % du coût de déploiement. Mais ce coût est quasiment le même, que l'opérateur offre ou non du service de téléphonie.
Quels sont les opérateurs les plus moteurs en matière de téléphonie sur IP ?
Ce sont les fournisseurs d'accès Internet ou les opérateurs alternatifs, car ils n'ont pas d'historique RTC à gérer. Avec une infrastructure IP native, leurs coûts industriels de production de services sont très faibles et, la voix sur IP étant peu gourmande en ressources et en équipements, ils peuvent se permettre de fournir des services VoIP à des prix très modérés. Pour les opérateurs historiques, qui détiennent, selon les pays, entre 80 % et 95 % du marché de la téléphonie, il n'y a pas encore péril en la demeure, mais les projets vont bon train. De toute façon, il n'est plus économiquement tenable pour un opérateur de gérer et de faire évoluer deux réseaux distincts, l'un dédié à la téléphonie et l'autre réservé aux données. Seules les architectures de réseaux télécoms de nouvelle génération peuvent garantir de fortes économies en matériels et en coûts d'exploitation, tout en générant de nouvelles sources de revenus grâce à des services innovants associant voix et données...
Comment migrer d'un réseau téléphonique classique vers un réseau de nouvelle génération ?
Le scénario le plus répandu est le suivant. Dans un premier temps, le trafic de transit entre commutateurs d'abonnés TDM (Time Division Multiplexing ou multiplexage temporel) traditionnels doit être basculé sur une infrastructure VoIP. Certains opérateurs tels Telecom Italia ont d'ailleurs déjà franchi cette étape et c'est ce que les grands opérateurs américains sont en train de réaliser. Des passerelles VoIP et des softswitches de Classe 4 (4) sont alors connectés aux commutateurs d'abonnés afin de transférer le trafic vocal sur le backbone VoIP de l'opérateur. Cette étape permet en fait de fusionner les infrastructures longue distance voix et données sur une même épine dorsale IP. Dans une deuxième phase, l'opérateur remplace ses commutateurs d'abonnés TDM par des softswitches de Classe 5 (4). La question est alors de savoir comment raccorder les abonnés. Les opérateurs alternatifs et les fournisseurs d'accès Internet déploient, eux, des infrastructures xDSL, BLR (boucle locale radio) ou fibre FTTx, et proposent des services VoIP pilotés par leurs softswitches. Mais les opérateurs historiques, eux, doivent aussi garantir la continuité de leurs services TDM actuels. On voit donc apparaître une nouvelle génération de DSLAM baptisés IMAP (Integrated Multiservice Access Platforms) qui savent gérer aussi bien des lignes DSL que des accès RNIS ou analogiques. Ces IMAP se connectent au réseau IP de l'opérateur et offrent le service téléphonique sous le contrôle du softswitch de Classe 5. Les opérateurs historiques devraient entrer dans cette dernière phase à l'horizon 2007-2008.
Le problème de la qualité de service sur les réseaux IP d'opérateurs est-il résolu, tout du moins pour les communications téléphoniques ?
Le problème de la qualité de service sur les réseaux d'opérateurs est un faux débat. Au niveau des backbones, il y a aujourd'hui pléthore de bande passante. On estime en effet que seulement 25 % des longueurs d'onde disponibles dans les fibres optiques installées sont actuellement allumées. Par ailleurs, les mécanismes de qualité de service, comme MPLS ou DiffServ, se généralisent dans les routeurs et commutateurs IP des grands réseaux d'infrastructures. Enfin, sur les boucles locales à haut-débit - type xDSL -, les opérateurs ont la possibilité de dédier de la bande passante spécifique à chaque service. Les communications téléphoniques sur IP peuvent donc bénéficier de la fluidité qui leur est indispensable. D'ailleurs, les déploiements actuels montrent que la qualité des communications et la disponibilité du service sont très élevées, en tout cas au moins égales à celles des réseaux téléphoniques traditionnels.
(1) Abréviation utilisée pour le réseau téléphonique commuté traditionnel.
![]()
(2) Media Gateway Control Protocol.
![]()
(3) Session Initiation Protocol.
![]()
(4) Les commutateurs de Classe 4 ne sont en charge que du transit des communications téléphoniques entre les commutateurs d'abonnés. Les commutateurs d'abonnés (Classe 5) sont chargés de gérer les services
téléphoniques (tonalités, transfert d'appels, présentation des numéros, mise en conférence, rappel du dernier appelant, etc.).
![]() |
Kaspersky Anti-virus:
La protection ultime de votre quotidien numérique.
|
|
![]() |
Besoin d'un ERP?
Tous vos besoins sont sur la boutique logiciel pro !
|
|
1 Numericable2 Darty câble 30Mbps3 Orange
> Plus de détails

![]() |
> Logiciel : Internet Download Manager
Optimisez la gestion de vos téléchargements.
|
|


nos newsletters













