Ce n'est pas un raz-de-marée, mais les sociétés de services actives dans le logiciel libre, dont celles qui se veulent sociétés de services en logiciels libres (SSLL), se multiplient partout en France. Le temps où les acteurs
historiques et parisiens du domaine - Alcôve, IdealX et Linagora - résumaient toute l'offre, semble terminé.
Alexandre Zapolsky, PDG de Linagora, reconnaît que
« la perception de la place des SSLL en région est faussée. Il en existe déjà plus de 70 qui assurent un véritable maillage du territoire. Ce sont de petites
structures, mais qui représentent tout de même environ 500 personnes vivant du service en logiciels libres »
. C'est encore peu comparé aux 4 000 SSII que compte le territoire national. Cependant, ce mouvement
s'accompagne d'une diversification des prestations proposées et des clientèles visées.
Les premiers clients des SSLL étaient presque exclusivement les grands comptes et les administrations. Le tableau devient nettement plus nuancé. Chez Actinux, par exemple,
« l'activité est orientée vers les PME
de 100 à 600 personnes, même si nous travaillons aussi avec quelques grands groupes implantés à proximité »
, affirme Jérôme Mollier, responsable de l'activité
open source
de cette SSLL de
Villeneuve-d'Ascq. De même, chez Adelux, SSLL de la région parisienne qui vient d'ouvrir une agence à Poitiers, les clients vont de la TPE aux très grands comptes, avec désormais une majorité de petites entreprises.
Mais
« il est très difficile d'être rentable avec une clientèle uniquement constituée de PME, le montant moyen des contrats n'étant pas suffisant »
, constate Jean-Paul Smets, directeur de
Nexedi, éditeur du PGI libre ERP5 et prestataire de services associés. Pour survivre, les SSLL ont souvent une double casquette, assurant des services en direct et intervenant comme sous-traitantes pour des SSII.
« D'autant
plus que pour obtenir certains marchés, en particulier chez les grands comptes, il est beaucoup plus pratique d'agir en sous-traitant d'une SSII classique »
, précise Jean-Paul Smets.
Rebond sur la fin de NT
Les prestations fournies se sont, elles aussi, diversifiées. Le logiciel libre s'impose à marche forcée pour les briques d'infrastructures, serveurs de fichiers, passerelles ou messageries, et encore plus dans le domaine de la
sécurité : coupe-feu, serveurs mandataires (proxy), RPV. Le mouvement est renforcé par la disparition annoncée de Windows NT.
« Beaucoup d'entreprises, qui possèdent aujourd'hui des serveurs de services réseau Windows NT,
se posent des questions sur leur évolution
, rapporte Richard Stepniewski, directeur des opérations d'Adelux.
Elles constatent que passer à une version plus récente de Windows les obligera non seulement à racheter une licence
pour le serveur concerné, mais aussi à faire évoluer d'autres applications de l'entreprise qui ne seront plus adaptées. Cela les incite à passer au libre qui préserve mieux la compatibilité. »
Mais on voit aussi apparaître des sociétés qui s'investissent directement dans le domaine applicatif (comme Nuxeo pour la gestion de contenu ou Nexedi pour les PGI), ou qui anticipent sur un décollage des secteurs du poste client
libre et des distributions sur mesure (Antésis).
Est-ce à dire que les sociétés de services du monde libre sont assimilables aux SSII ? Ni les intéressées ni leurs grands partenaires, comme IBM et HP, ne le pensent.
« Nous ne vendons pas des boîtes et du
service, mais dès le départ des logiciels adaptés à un besoin précis »
, considère Arnaud Duhamel, gérant de Solinux.
« C'est une approche du métier de prestataire de services totalement
différente
, confirme Jérôme Mollier, d'Actinux.
Il faut connaître les offres concurrentes pour gérer les problèmes d'hétérogénéité, assurer une importante veille technologique, faire un tri dans les projets pour sélectionner
ceux qui semblent fiables, et mener systématiquement un travail d'analyse des solutions proposées en les soumettant à de fortes charges. Les phases d'avant-vente sont plus longues qu'avec des solutions propriétaires, car une SSLL n'est pas une
inter-face avec un éditeur. »
Et Richard Stepniewski d'expliquer :
« Après installation, le client dispose des codes de son application et de la documentation, il peut tout à fait faire appel à un
autre prestataire. Il n'est pas dépendant de la SSLL qui a fait l'installation. »
Autre différence, les SSLL conservent une forte coloration technique, mais sont moins férues de conduite de projets. Pour Chuyen Huynh, responsable services Grid et Linux Europe de l'Ouest d'IBM,
« nous ne nous
focalisons pas sur les mêmes points que les SSLL qui travaillent avec nous. Elles ont la compétence technique, mais pas celle des procédures d'entreprise. Elles modifient le code plus facilement que nous, mais c'est nous qui apportons les
indicateurs de performance, et qui insérons les aspects d'organisation dans le service »
.
HP prêt à s'entourer de SSLL
HP France s'est pourvu de quelques partenaires certifiés dans le domaine des logiciels libres.
« Pour répondre à certaines demandes, nous nous appuyons sur des SSLL, ou des partenaires plus classiques ayant
des compétences dans le libre. Après le maquettage, c'est HP qui s'engage sur la maintenance si le client le demande, c'est-à-dire que c'est nous qui portons l'engagement »
, explique Jean-Marie Verdun, responsable des
activités Linux chez HP France. Le constructeur, qui considère que les SSLL contribuent à faire progresser le marché du logiciel libre, s'est lancé dans une politique de certification et de soutien afin de constituer un réseau de
partenaires.