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[ PIRATAGE ET CINÉMA ]
Stéphane Marcovitch (AFA) : « Les éditeurs doivent accepter Internet »
Les éditeurs de contenus musical ou audiovisuel reprochent aux FAI de profiter du piratage et de ne pas lutter contre lui. Aux yeux du délégué général de l'Association française des fournisseurs d'accès (AFA), les éditeurs doivent construire une offre en ligne attrayante.

Propos recueillis par David Prud'homme , 01net., le 11/05/2004 à 15h00

01net. : Pensez-vous que le succès des offres haut débit soit lié au téléchargement de contenus piratés ?

Stéphane Marcovitch : Au tout début des offres haut débit, le MP3 a sans doute joué un rôle. Les offres étaient chères, et je pense que les internautes ont accepté de payer le prix en partie grâce au MP3. Mais, aujourd'hui, la différence de prix s'est nettement amoindrie, et ce n'est plus un facteur déterminant.

Combien d'internautes utilisent des services P2P ?

Difficile de savoir. On évoque le chiffre de 8 millions de Français.

On parle de 150 milliards de fichiers MP3 téléchargés et d'un milliard de films ?

Il n'y a aucune étude sérieuse. Ces chiffres sont fantaisistes, ils sont là pour marquer les esprits. Il n'est pas possible d'avoir des chiffres précis. On peut certes mesurer le taux de bande passante en se plaçant à la sortie des ports utilisés habituellement par les serveurs P2P. Mais on ne peut pas savoir combien il y a de fichiers.

Pourtant les éditeurs pensent que vous en êtes capables.

Qu'ils nous montrent comment faire. Ils nous ont déjà demandé de filtrer, et on leur a expliqué que ce n'était pas possible, que les services de P2P pouvaient utiliser l'adressage dynamique.

Le Syndicat des éditeurs vidéo (SEV) souhaite par exemple que vous puissiez intervenir au cas par cas, est-ce que vous le faites ?

Les seuls qui ont une attitude active, ce sont bien les éditeurs vidéo. Le plus souvent, les demandes que nous recevons pour communiquer les adresses IP de gros offreurs de fichiers proviennent de l'Alpa. Mais elles sont appuyées par un juge ou par une enquête de police. Sur les 7 000 demandes d'identification de l'an passé, pas une ne vient de l'industrie du disque.

Et si on vous demandait d'agir sans l'intervention d'un juge ?

En France, les coordonnées, l'adresse, le nom, etc. sont des données personnelles. La loi ne permet pas qu'on les donne au premier venu. Donc, si un éditeur venait nous les demander directement, sans passer par un juge, nous répondrions non, d'autant que ce n'est pas très compliqué d'aller voir un juge et de faire une demande d'identification.

Que répondez-vous à ceux qui accusent les FAI d'être responsables d'un holp-up légal à l'encontre de l'industrie du contenu ?

Je trouve ça dommage. Mais ce genre de raisonnement n'est pas très solide. Si vous faites allusion à l'étude du CERNA*, leur seule analyse, c'est de dire que, d'un côté, les ventes de disques baissent et que, de l'autre, le téléchargement progresse. Je suis sceptique. Il y a une étude américaine qui montre que le téléchargement n'a pas d'impact sur les ventes de disques. Il y a également les éditeurs indépendants qui marchent bien et qui expliquent, comme Zelnick, que le problème n'est pas là. Enfin, les éditeurs se plaignent certes de la baisse des ventes de disques, mais ils oublient de dire qu'ils gagnent des milliards d'euros avec les téléchargements de sonneries.

Seriez-vous prêt à prélever un pourcentage de votre chiffre d'affaires pour le reverser aux ayants droit ?

Je ne crois pas que ce soit une bonne idée de faire payer tous les internautes alors qu'il n'y a qu'une minorité d'usagers du P2P. Donc, non. D'autant que, à notre avis, c'est aux éditeurs de développer des offres du type OD2, iCompil ou MovieSystem. On peut également réfléchir ensemble à des services de P2P légaux auxquels les FAI pourraient, pourquoi pas, prendre part.

Où en sont les discussions avec les éditeurs justement ?

Pour le moment, ils ne veulent pas discuter. Seul l'Adami [administration des droits des artistes et musiciens interprètes, NDLR] vient nous voir. De notre côté, on a toujours dit qu'on était prêt à discuter. Les éditeurs souhaitaient qu'on nous impose le filtrage, ce ne sera pas le cas. Maintenant, ils attendent que la Loi sur l'économie numérique soit votée. Soit, mais le débat doit évoluer, ils ne peuvent pas interdire Internet, il faut qu'ils acceptent les changements technologiques. Nous nous reverrons après le festival de Cannes, et les discussions sérieuses devraient commencer à la prochaine rentrée. * « Distribution de contenus sur Internet - Analyse économique des remèdes au contournement des droits de propriété intellectuelle », par Olivier Bomsel et Gilles Le Blanc. Cerna, Centre d'économie industrielle de l'Ecole nationale supérieure des mines de Paris.


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