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[ DROIT ]
La LEN plonge la presse en ligne dans un climat d'insécurité juridique
Réunis en commission mixte paritaire, les parlementaires trouvent un accord sur la LEN notamment à propos de la surveillance du Web par les FAI et les hébergeurs. Et décident d'exclure la presse en ligne du champ d'application de la loi du 29 juillet 1881 relative à la liberté de la presse.

Philippe Crouzillacq , 01net., le 28/04/2004 à 19h37

La loi Fontaine (LEN) avait pour objectif de restaurer la confiance dans l'économie numérique. Pour les éditeurs de presse en ligne, c'est manqué ! Réunis en commission mixte paritaire mardi 27 avril, députés et sénateurs n'ont pas changé une virgule à l'amendement - très contesté - déposé en seconde lecture au Palais du Luxembourg par le sénateur René Trégouet.

Ce texte modifie (certains diront « supprime » ) les délais de prescription des délits de presse sur Internet. En matière de presse, la loi du 29 juillet 1881 fixe ce délai à trois mois à compter de la parution de l'article. En revanche, avec l'amendement Trégouet le délai de prescription d'un délit de presse sur Internet ne commence qu'à la date à laquelle le contenu incriminé cesse d'être mis à disposition du public.

En pratique, si l'on considère qu'Internet permet techniquement la diffusion d'un contenu de manière illimitée dans le temps, cela revient à supprimer tout délai de prescription sur le Web. Un internaute qui retrouverait fortuitement, plusieurs années après sa mise en ligne, un texte qu'il jugerait diffamatoire, pourrait ainsi attaquer à tout moment en justice l'éditeur du site incriminé.

Le sénateur Trégouet avait lui-même reconnu que son texte était « perfectible » et s'attendait à ce qu'il soit modifié en commission. Il n'en a rien été. « J'ai pourtant envoyé un mail aux parlementaires concernés , indique-t-il. Sur ce point le ministre aurait dû intervenir. Mais je pense que nous allons revoir cela dans un prochain texte » .

Deux poids, deux mesures au sein de la presse

Présent à la commission mixte paritaire, Bruno Sido, rapporteur de la LEN au Sénat, explique : « Ce texte vise les gens qui ont l'intention de nuire [par des propos à caractère diffamatoire, NDLR] à autrui et qui se jouent des trois mois de prescription traditionnellement applicables à la presse écrite. Il n'y a pas eu de modifications, car il y a d'un côté un droit de l'Internet et de l'autre un droit de la presse. Pour la presse écrite, la mémoire s'estompe avec le temps, ce qui n'est pas le cas sur le Net. »

Pour sa part, Meryem Marzouki de l'association Iris (Imaginons un réseau Internet solidaire) reconnait que la mise à disponibilité en continu d'information sur Internet, constitue un vrai problème auquel il convient de donner une réponse équilibrée. « On aurait pu par exemple décider l'extinction de l'action publique ou civile au bout d'une période donnée, tout en laissant ouverte une possibilité permanente de droit de réponse » , précise-t-elle.

« En lieu et place, en intégrant dans la LEN l'amendement Trégouet, les parlementaires introduisent une rupture d'équilibre dans l'application du droit de la presse. On fait deux poids, deux mesures : d'un côté la presse papier, de l'autre la presse en ligne » , poursuit Meryem Marzouki. Un média aujourd'hui plongé dans une véritable insécurité juridique.

Compromis parlementaire

Le projet de loi pour la confiance dans l'économie numérique ayant été voté sous deux formes différentes à l'Assemblée nationale et au Sénat, les parlementaire se sont réunis mardi 27 avril, pour rédiger un texte de compromis qui sera définitivement voté dans les prochains jours par le Parlement.

Quelques dispositions ont été modifiées. Elles concernent notamment la surveillance des sites Internet par les hébergeurs et les FAI. Ceux-ci ne sont plus obligés de surveiller en permanence l'ensemble des sites qu'ils hébergent (la directive européenne ne le permettait pas). Ils auront cependant l'obligation de concourir à la lutte contre la diffusion des sites pédophiles, négationnistes et racistes. Ils devront proposer au public un dispositif accessible et visible, permettant à toute personne de porter à leur connaissance des éléments litigieux. A charge pour eux de se tourner par la suite vers la justice.

L'association Iris qui préconisait la mise en place d'une hotline auprès de la police judiciaire, voit dans ce texte une dérive conduisant à une certaine « privatisation de la justice » .

Même credo pour les dispositions adoptées pour lutter contre le spam commercial qui autorisent les FAI à recourir à la justice en cas d'abus manifeste. Pour Meryem Marzouki d'Iris, ce contrôle par les FAI du mail porte en germe « une atteinte à la confidentialité de la correspondance » .



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