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Cet article est extrait de : 01 Informatique

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[ ENQUÊTE ]
Les parcours inédits d'ex-patrons e-business
Dotés de profils très disparates, certains directeurs e-business ont dû évoluer vers de nouvelles fonctions, dans leur entreprise ou à l'extérieur. Un rebondissement soutenu par des capacités d'ouverture et d'adaptation.

Sandrine Chicaud , 01 Informatique, le 19/04/2004 à 07h00

Si nombre de directeurs e-business ont gagné en responsabilité dans leur entreprise, certains ont dû se battre pour retrouver un poste après la dilution de la nouvelle économie. « Ils ont, en effet, subi le contrecoup de la bulle Internet, explique Christophe Chamayou, directeur général du groupe Elitis, spécialisé dans les nouvelles technologies. C'est dur pour eux sur le plan psychologique. Quelques-uns continuent d'ailleurs, aujourd'hui, de chercher du travail. »

Les intéressés eux-mêmes l'admettent : leur fonction n'a pas eu le temps d'acquérir ses lettres de noblesse dans l'entreprise. « Dans beaucoup de grands groupes, l'activité e-business n'est pas reconnue à sa juste valeur, observe Thomas Pétuaud-Létang, l'ancien directeur e-business de Lapeyre, spécialiste de l'aménagement durable de la maison. Elle est parfois perçue comme une fonction gadget, sous prétexte que l'e-business ne représente encore qu'une faible part du chiffre d'affaires total de l'entreprise. »

L'e-business n'est plus à la mode, et, il fait même peur

Un point de vue que partage l'un de ses homologues, qui préfère garder l'anonymat. « La fonction de direction e-business, parfois créée de toutes pièces pour satisfaire à une mode, et souvent greffée sur les directions informatiques ou marketing, a été mal définie dès le départ, souligne-t-il. Les contours de ce poste étaient souvent flous, aux frontières de la technique, du marketing et du développement. En outre, il était rarement bien accepté par les structures déjà en place. » Et d'ajouter : « Ces nouvelles directions disposaient parfois de moyens importants, et jugés - à tort ou à raison - disproportionnés par rapport au potentiel ou à la réalité du marché. »

Résultat : pour beaucoup de patrons e-business, le revers a été brutal. A l'instar de Bertrand, qui occupait cette fonction dans un grand groupe de distribution en 2000. En moins d'une semaine, il a vu se faire licencier la quarantaine de salariés de la cellule de conseil e-business, qui était au service des différentes enseignes du groupe. Aujourd'hui, il est toujours à la recherche d'un emploi. Et son témoignage est accablant : non seulement l'e-business n'est plus à la mode, mais en outre - plus surprenant - il fait peur. « Dans mon CV, le mot directeur est en gras, mais pas celui d'" e-business ", assure-t-il. Si l'on affiche en trop gros cette mention, on se " ghettoïse ". Mieux vaut insister sur son savoir-faire métier et mettre en évidence les entreprises traditionnelles pour lesquelles on a travaillé. » Une stratégie de circonstance, qu'il n'adopte pas de gaieté de coeur. Il déplore fortement l'attitude des entreprises, qui ont tiré des conclusions trop hâtives sur l'e-business, sans véritablement percevoir toutes les potentialités d'Internet par rapport au commerce traditionnel - nouveaux clients, nouveaux process, etc.

L'étiquette e-business n'a pas non plus été une bonne « carte de visite » lors des entretiens d'embauche : « Je crains que votre intégration en interne ne soit difficile, ont martelé les recruteurs. Dans votre ancienne fonction, vous avez été recruté pour bousculer les choses. Le risque est que vous soyez trop dérangeant... » Côté cabinets de recrutement, Bertrand n'a pas été mieux accueilli. Même si on lui reconnaît un certain nombre de réalisations intéressantes, il s'est quasi systématiquement trouvé confronté à la même interrogation : « Mais comment avez-vous pu vous lancer dans Internet après avoir vécu une expérience chez Alcatel ? »

Un tel discours n'étonne pas Christophe Chamayou, qui a précisément retravaillé sur le repositionnement de Bertrand sur le marché du travail : « Pour les recruteurs, il a un CV trop pertinent, affirme-t-il . A vingt-neuf ans, il pourrait faire de l'ombre à tout le monde ! Aux directeurs commerciaux, aux informaticiens... »

Une réorientation vers le commerce et le marketing

D'autres directeurs e-business ont été plus chanceux. Notamment ceux qui ont réussi à évoluer en interne. Même si leur métier à multiples facettes peut déboucher sur plusieurs types d'emploi, le commerce et le marketing semblent être des destinations royales. « Dès sa création, le poste de directeur e-business, chargé de coordonner un programme limité dans le temps, avait une espérance de vie limitée », rappelle Jean-Baptiste Lucas, l'ancien directeur e-business de la branche aluminium du groupe Pechiney. La plupart des grands groupes ont, en effet, reventilé cette fonction dans les différentes entités. Aujourd'hui, Jean-Baptiste Lucas a rejoint la division boîtages du groupe en tant que responsable des grands comptes. « C'est une suite logique pour moi, explique-t-il. Je voulais assumer des responsabilités opérationnelles après avoir occupé un poste plutôt construit autour du projet. »

Autre exemple : Thomas Pétuaud-Létang, ancien directeur e-business de Lapeyre, a reçu plusieurs propositions de postes au sein du groupe. Il a finalement accepté celui de directeur de Lapeyre La maison pour la région Centre-Ouest et les filiales belge et suisse. « Je rentre dans le " vrai " métier de Lapeyre, se réjouit-il. Je le prends comme un gage de confiance, car je n'avais pas d'expérience en distribution. Et je suis entouré de directeurs de région plus expérimentés que moi dans ce domaine ! »

Vincent Carré, précédent directeur e-business de PSA Peugeot Citroën, autrefois rattaché à la DSI, a, lui aussi, souhaité évoluer après avoir tenu ce poste deux ans et demi au sein du groupe. Rien d'étonnant pour cet homme du sérail, qui connaît parfaitement les rouages de l'entreprise, sa culture, et les réalités industrielles du secteur. Il est devenu chargé de mission dans le domaine du développement des systèmes électroniques et électriques embarqués à bord des véhicules.

Plus précisément, sa nouvelle mission consiste à déterminer le meilleur processus de conception des systèmes électroniques et électriques pour atteindre les objectifs qualité/coûts/délais requis par les projets automobiles. « Ma précédente fonction de directeur e-business m'aide dans cette nouvelle mission. En effet, elle me permet aujourd'hui de mieux appréhender des problématiques stratégiques et complexes, impliquant de nombreux acteurs de l'entreprise », confie l'intéressé. Aujourd'hui, son successeur est responsable du centre de compétences e-business (CCEB) à la direction des systèmes d'information. Il est chargé d'assurer la pérennité des actions entreprises depuis 2000.

Plus ou moins malmenés, les responsables e-business s'en sont finalement bien tirés. Au-delà de l'espèce de réaction épidermique des débuts de crise qui les a écartés de leur responsabilité, le marché a bien été obligé de reconnaître au moins leurs qualités. Ne serait-ce que leurs compétences marketing et commerciale, en général bien expérimentées. Ce qui leur a permis, le plus souvent, de se recaser plutôt correctement.

Mais ils n'ont pas pour autant dit leur dernier mot. En effet, dans leurs nouveaux postes, certains peuvent regretter que leur connaissance éprouvée de l'e-business soit peu, voire pas du tout, utilisée. Pour le moment, ils la gardent précieusement dans leur curriculum. Un jour prochain, elle pourrait bien revenir sous les feux de la rampe.

Questions/Réponses
A l'origine, qui sont ces directeurs e-business ? Nombre d'entre eux proviennent du sérail. Dotés de cinq à dix ans d'expérience, ils connaissent les rouages de l'entreprise, sa culture, et disposent d'un solide carnet d'adresses en interne. Un excellent moyen de faciliter le travail de persuasion auprès des différentes entités de la société. Sont-ils aussi recrutés en externe ? Oui. Parce que les bons profils, ayant les compétences requises en stratégie, en marketing, etc., n'existent pas toujours en interne. L'entreprise en profite pour injecter du sang neuf, apportant aussi un regard extérieur sur les choses. Recrute-t-on encore des profils dans l'e-business ? Certains professionnels du recrutement perçoivent des « remous ». Sur les sites d'emploi, on constate que le volume d'annonces dans ce domaine est faible. Parmi les postes recherchés, figurent ceux de responsable e-business relation client, chef de projet, ingénieur d'études... L'Internet mobile ou le Wi-Fi semblent offrir des débouchés, peut-être prometteurs.


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