S'abonner :  Newsletters    Magazines
[ PLATES-FORMES LOGICIELLES ]
Bâtir un intranet : le libre s'impose
L'adoption de briques open source pour la réalisation d'intranets et d'extranets va bon train. Adaptables à l'envi et respectueux des standards, ces logiciels exigent cependant une expertise technique pointue.

Renaud Bonnet , Décision Micro (n° 586), le 05/04/2004 à 07h00

Les excellents rapports entre logiciels libres et technologies Web ne sont plus à démontrer. Pour preuve, le serveur Web Apache, qui fut longtemps l'étendard du monde du logiciel libre. Depuis, l'offre open source en matière de gestionnaires de contenu et de logiciels de travail de groupe - des outils à la base des plates-formes intranet-extranet - ne cesse de s'enrichir. Les fonctionnalités ont mûri, les architectures ont gagné en stabilité.

Après le monde associatif, c'est au tour des entreprises d'adopter de plus en plus souvent des outils de partage de contenu et de travail de groupe tels que Spip, PHP-Nuke, PHP GroupWare ou Nuxeo CPS (basé sur Zope).

L'utilisation : du plus simple au plus complexe

Signe de maturité fonctionnelle, les logiciels libres sont utilisés pour réaliser aussi bien de simples intranets documentaires que des projets complexes et de grande ampleur. AirStar, une société industrielle des environs de Grenoble qui compte 33 personnes sur son site principal, produit des ballons éclairants selon une technologie originale. « Nous réalisons 75 % du CA à l'export, toute la vente étant assurée par des filiales et des distributeurs », explique Marilyne Paget, responsable marketing. Pour animer ce réseau, AirStar recourt à un extranet exploité en mode FAH sur une plate-forme Cotranet à base de logiciels libres. « Nous avons besoin de fournir de l'information mais aussi de la remonter - sur les utilisations faites de nos ballons ou les demandes et les souhaits des clients. Bref, il nous fallait un système bidirectionnel, ce qui est réalisé par plusieurs forums. »

Poussé par le même besoin de partage de l'information entre des personnels géographiquement éloignés, Siticom, une société de conseil en services télécoms de 200 personnes environ (filiale du groupe Devoteam), a mis en place un intranet basé sur Spip avec l'aide de la SSLL Linagora. « Nous voulions réaliser un projet simple et léger d'intranet centré sur la gestion des documents et adapté au fonctionnement d'une société comme la nôtre, issue du regroupement de plusieurs entités européennes », expose Daniel Vinar Ulriksen, directeur de projet.

Le logiciel libre, qui équipait déjà une partie des infrastructures de la société, a été choisi parce qu'il était le plus apte à s'intégrer avec le système d'authentification SecureID de RSA exploité par l'entreprise. « Nos premiers essais d'un intranet à base de produits Microsoft ont été décevants. Les capacités de dialogue des solutions libres avec l'existant nous sont apparues bien meilleures. » Dans le cas de la Sagi (lire l'encadré) , l'intranet, fondé sur Linux, Apache et PHP, a été, dès le début, pensé comme un outil d'aide à la décision, auquel est venu s'ajouter plus tardivement un module de gestion documentaire animé par Spip. Mais le libre séduit aussi les grandes entreprises et les administrations.

Dans le cadre d'un schéma directeur plus vaste, le géant mondial de l'électronique Thales a, pour sa part, engagé un projet ambitieux de qualification industrielle d'un environnement complet pour l'ensemble des déploiements faisant appel à des technologies Web (lire l'encadré) . Avec l'aide d'Open Wide et de Thales SI, pôle d'activité ingénierie informatique de Thales, la plate-forme est en cours de déploiement comme portail sécurisé d'accès pour 6 500 utilisateurs au niveau mondial.

Un projet de grande ampleur est également en cours au ministère de l'Intérieur, qui après avoir refondu ses structures de gestion de sites Web, commence à déployer un intranet de travail de groupe basé sur Zope avec Nuxeo et Cap Gemini. Les développements et la plate-forme produits serviront ensuite de base à des déploiements locaux, en particulier au niveau des différentes préfectures.

Les ressources : des sociétés de services souvent incontournables

Tôt ou tard, tous nos témoins ont eu recours à une assistance extérieure. Airstar a tout sous-traité : conception et exploitation. « En l'absence d'une équipe informatique interne, le choix d'une solution externalisée s'est imposé », affirme Marilyne Paget. Chez Sagi, en revanche, le développement a été assuré en interne. Puis l'entreprise s'est adressée à Alcove pour déployer l'outil sur un système de clusters LVS (Linux Virtual Services) .

Les interventions externes concernent le conseil, l'expertise technique, l'assistance au déploiement, mais aussi les services à long terme. « Nous avons des compétences Zope en interne, précise Emmanuel Markovitch, chargé de mission à la sous-direction des études et logiciels du ministère de l'Intérieur, mais un projet de cette ampleur nécessitait une expérience plus pointue, et de pouvoir déléguer les développements. C'est ce que nous apporte Nuxeo. Nous avons aussi senti la nécessité de nous appuyer sur un prestataire externe pour assurer la pérennité de l'application durant trois ans, ce que fera Cap Gemini ».

Cette double exigence - expertise propre à l'outil et solides procédures d'exploitation appuyées sur une structure connue - est exprimée aussi chez Thales. « Nous avons eu recours à quelques prestataires externes, comme Open-Wide, qui sont des entreprises sophistiquées et imaginatives, et nous les avons associés à Thales IS pour avoir dans un même mouvement de l'innovation, du professionnalisme et le respect d'un processus d'intégration strict », explique Bruno Fontaine.

La mise en oeuvre : l'intégration doit être méthodique

La mise en oeuvre de ces solutions intranet-extranet paraît plutôt simple, avec des variantes selon la complexité du projet. « Le déploiement n'a demandé aucune modification de l'existant et la formation s'est limitée à une demi-journée pour deux des collaborateurs d'Airstar », rappelle Marilyne Paget.

Au ministère de l'Intérieur, où le déploiement d'une première tranche de l'intranet collaboratif est en cours, Emmanuel Markovitch rappelle que « l'intégration de certaines applications à l'intranet a demandé une réécriture. La Direction générale des collectivités locales exploitait ainsi un logiciel de gestion des courriers qu'elle tenait à conserver, et qui a dû être en partie réécrit afin de l'intégrer dans Zope. »

Les questions de déploiement tiennent moins à l'intranet-extranet qu'aux briques associées, en particulier celles ayant trait à la sécurité. « Grâce à son expertise, Linagora nous a assistés pour la mise en place, assurant la configuration initiale des deux briques : installation d'un reverse proxy sur Apache avec le module SecureID idoine et installation de Spip », énumère Daniel Vinar-Ulriksen. Dans le cas de Thales, le déploiement étalé de mars à juin d'une première tranche du portail mondial du groupe tient moins à l'outil qu'au respect de l'architecture de sécurité : distribution des cartes à puces (Thales exploite une architecture d'authentification fondée sur ses propres produits), consolidation des annuaires.

Les écueils : bien gérer sa liberté

Principal risque avec le logiciel libre ? La liberté qu'il offre... « Choisir le libre, c'est éviter de dépendre d'une solution fermée. Les possibilités sont ouvertes, on n'est pas contraint par le logiciel. Mais cette liberté est aussi un risque, elle implique de rester vigilant sur les compétences affectées au projet et sur la conduite du changement », rappelle Daniel Vinar-Ulriksen, recoupant le jugement de Bruno Fontaine : « Qu'il s'agisse d' open source ou de logiciels propriétaires, ce qui compte pour une entreprise est le résultat en matière de support, d'administration et de maintenance­résultat fortement dépendant de la qualité des processus d'administration en amont. »

Si aucun des utilisateurs interrogés ne constate de ratage, Daniel Vinar-Ulriksen reconnaît cependant : « Nos besoins fonctionnels nous ont amenés à modifier la version distribuée de Spip, au détriment des capacités d'évolution de la solution déployée. » Plus généralement, selon lui, « modifier le code source d'une brique libre pour l'adapter à ses besoins sans coordination avec la communauté éditrice afin d'assurer la pérennité de ces modifications, c'est prendre le risque de devoir gérer un logiciel ressemblant à un développement à façon, avec toutes les conséquences désagréables qui s'ensuivent pour l'entretenir dans la durée ».

De plus, les briques libres imposent un rythme de développement qui diffère de celui des solutions propriétaires. Ainsi, Philippe Tran se souvient : « Le travail initial a été le plus dur. Il a fallu intégrer PHPlib, un environnement PHP sur lequel nous avons construit l'interface. » Et Daniel Vinar-Ulriksen de souligner lui aussi qu'avec le libre, la montée en compétences est plus ardue au commencement du projet, mais bénéficie d'une plus grande efficacité par la suite. « Au contraire, avec des solutions propriétaires, les choses paraissent simples à l'origine, mais on atteint toujours un seuil au-delà duquel on ne peut rien faire de plus avec ce logiciel : ni corriger les bugs, ni l'interconnecter, ni l'optimiser. »

Les gains : bon rapport qualité/prix et liberté

L'aspect économique du libre reste un argument de poids. « Le coût global de notre intranet décisionnel a été dérisoire par rapport à ce qu'aurait coûté une solution propriétaire », considère Philippe Tran. La souplesse d'exploitation est aussi mise en avant. Dans le cas de la Sagi, l'intranet fonctionne sur un cluster de cinq serveurs (des PC de récupération). Chez Thales, Bruno Fontaine explique : « Ce framework nous permet de faire fonctionner toutes les applications Web sur des fermes de serveurs banalisés. Cela renforce la qualité de service par rapport aux architectures antérieures, et donc de gagner en productivité. »

La liberté de reprendre, d'adapter et d'améliorer au fil du temps un même code est aussi valorisée (lire encadré Thales). Pour Emmanuel Markovitch, « le ministère compte 150 000 personnes environ et une grande diversité de services, ce qui signifie que nous y sommes confrontés à une forte problématique de réutilisation pour laquelle le logiciel libre présente des avantages. D'autre part, il ne génère pas de dépendance à un éditeur, et nous laisse la possibilité d'internaliser les développements, et par la suite d'essayer de générer une dynamique interne de partage. »

Ces capacités d'évolution dans le temps au gré des besoins sont aussi appréciées par Philippe Tran : « Lorsque l'on regarde les évolutions du langage PHP, on comprend que les possibilités d'extension sont sans fin. Par exemple, nous allons intégrer des fils RSS pour présenter de l'information extérieure. En fait la page d'accueil de l'intranet est devenue une page portail. »

 Quelques outils open source de plate-forme collaborative 
 Outil     Fonctions     Commentaires 
 Spip     Plate-forme de publication et de gestion de documents sous licence GPL, développée à l'origine par le Minirézo, très populaire en France.     Nécessite PHP et MySQL. GPL. 
         
 PHP-Nuke     Système de gestion de contenu, de portail, d'information et de communauté en PHP.     Nécessite Apache, PHP et une base SQL. Existe en version commerciale. GPL. 
         
 phpGroupWare (ex-Webdistro)     Environnement PHP pour le déploiement d'outils Web de travail collaboratif (calendrier partagé, gestion de documents, carnets d'adresses, courriels...).     Nécessite PHP et une base SQL. Les responsables du projet proposent aussi une assistance technique payante. GPL. 
         
 Nuxeo CPS (basé sur Zope)     Solution collaborative de gestion de contenu Web fonctionnant avec le serveur Zope.      Nuxeo assure des services autour de Nuxeo CPS (il existe de nombreuses offres de services autour de Zope en France). GPL. 
         
 Solution Cotranet     Assemblage de logiciels libres intégrés par le grenoblois Cotranet et fournis sous licence commerciale ou en mode FAI.     Distribué avec une licence commerciale ou en mode FAI. 
         
 OpenGroupware     Serveur de travail collaboratif, héritier de Skyrix 4.1. Projet né de l'ouverture du code de son serveur par l'éditeur Skyrix. Compatible avec les clients Outlook.     Nécessite PostgreSQL et Apache. GPL ou LGPL. Soutenu par Linagora en France. 
         
 Rainbow Portal     Système de gestion de contenu en code source basé sur les technologies .NET et C# de Microsoft.     L'intégration de cet outil est proposée en France par mb2i. 
 

 

Souplesse et adaptabilité

Alors que les logiciels propriétaires se présentent comme des blocs fonctionnels difficilement modifiables, les logiciels libres et à code source ouvert autorisent la modification des codes pour les adapter aux besoins spécifiques de l'entreprise, par développement ou par suppression de fonctions. Il faut cependant se méfier des modifications qui transforment un logiciel libre en développement à façon, avec les problèmes de maintenance dans le temps que cela engendre.

Compétences techniques

Sauf à recourir à une offre totalement externalisée, tirer le meilleur potentiel des logiciels libres demande un bon niveau d'expertise technique. C'est la rançon de l'ouverture, mais aussi du fait que les briques libres sont d'abord développées pour fournir des fonctions, avant que ne se pose la question de leur administration et de leur utilisation par des entreprises modestement pourvues en compétences informatiques.

Respect des standards

Les briques libres se révèlent plus scrupuleuses que leurs rivales propriétaires concernant l'implémentation des protocoles, des standards et des spécifications (Java, différentes moutures de XML, protocoles de sécurité ...). Cet état de fait contribue à faciliter l'intégration en limitant les besoins de modifications sur l'existant et en assurant une bonne intéropérabilité avec les autres briques du système d'information.

Assistance problématique

Alors que les logiciels propriétaires arrivent accompagnés d'un service de maintenance contractuel (assistance, gestion des mises à jour, évolutions...), ce n'est pas le cas des logiciels libres. Il incombe donc à l'entreprise utilisatrice d'organiser cette maintenance. Mais cette même entreprise dispose désormais d'un grand nombre de prestataires capables de l'assurer : sociétés de services, fournisseurs d'applications hébergées, mais aussi informaticiens formés au libre.



Motown, soul et glamour
Rencontre avec Gilles Pétard qui a dirigé le bureau du label en France.

publicité
> Logiciel : Avira Antivir Premium Security Suite
Une référence pour protéger son ordinateur.

classement FAI
Retrouvez chaque semaine le classement des fournisseurs d'accès avec ip-label 1 Bouygues Telecom 2 Free 3 Orange > Plus de détails
offres d'emploi
Logiciel : Avira Antivir Premium
Une protection complète pour surfer tranquille.

Service 01net
Newsletters 01net
abonnez vous gratuitement !
  
01Informatique
01 INFORMATIQUE
L'hebdo de référence des décideurs informatiques.
Micro Hebdo
MICRO HEBDO
L'hebdo qui vous simplifie la micro
et Internet.
L'Ordinateur Individuel
L'ORDINATEUR INDIVIDUEL
Le mensuel informatique qui vous informe et vous conseille.
Tous droits réservés © 1999 - 2009 Internext - 01net.