
« Une collectivité locale, c'est 60 à 70 métiers différents. Et en l'absence d'une offre de PGI global telle qu'on en trouve dans le secteur privé, cela donne naissance à un système d'information constitué d'un empilement de logiciels spécialisés ne communiquant pas entre eux », affirme Bernard Méliet, directeur du secteur public et collectivités locales du cabinet Mazars.
Gérer au quotidien cette tour de Babel numérique n'est pas la seule difficulté des responsables informatiques territoriaux en France. A cet existant, il faut ajouter tous les projets d'e-administration (téléprocédures, dématérialisation des appels d'offres), les nouveaux services interactifs en direction des citoyens (sites Internet, guichets administratifs électroniques) et enfin les efforts de productivité demandés à l'ensemble de la fonction publique. Jamais les informaticiens territoriaux n'ont été confrontés à autant de chantiers en parallèle (lire encadré sur les priorités d'investissement en 2004-2005).
L'implication nécessaire des élus
Réalisée fin 2003 pour le compte du Forum pour la gestion des villes et des collectivités locales, une enquête du cabinet Mazars sur les systèmes d'information des collectivités locales dresse un panorama complet de tous ces enjeux technologiques et organisationnels. Le premier constat de cette étude est la grande diversité des situations informatiques. Des différences qui s'expliquent en premier lieu par la taille des collectivités.
De fait, une bourgade de 20 000 habitants n'a pas les mêmes besoins, ni les mêmes ressources, qu'une capitale régionale. Autre disparité : l'implication des responsables politiques. « Le niveau d'informatisation d'une collectivité et son engagement en matière d'e-administration sont très liés à la personnalité de ses élus », explique Bernard Méliet. Si des villes telles que Issy-les-Moulineaux (Yvelines) ou Parthenay (Deux-Sèvres) sont incontournables dès que l'on parle d'Internet public ou d'informatique territoriale, c'est évidemment parce que leurs premiers magistrats respectifs en ont fait leur cheval de bataille politique et médiatique !
Dans l'enquête Mazars, 80 % des directions informatiques affirment officiellement recevoir un soutien politique en faveur des NTIC. En revanche, quand le sujet des budgets est évoqué, l'enthousiasme est plus modéré. Si 60 % des DI de villes de plus de 100 000 habitants sont satisfaits de leur enveloppe budgétaire, ce chiffre tombe à environ 48 % pour les villes de taille inférieure. Pour leur part, 90 % des DSI des conseils généraux et régionaux se déclarent satisfaits des sommes qui leur sont attribuées. Interrogés par la suite sur leurs difficultés quotidiennes à gérer le SI d'une collectivité, presque la moitié des responsables informatiques se plaignent toutefois du coût élevé des mises en oeuvre.
Hélas, compte tenu de l'hétérogénéité informatique des collectivités, peu de chiffres existent sur le montant de ces budgets. L'étude de Mazars indique toutefois qu'ils ont progressé entre 2001 et 2003 dans une fourchette comprise entre 4 et 20 % Les plus gâtés sont évidemment les grandes structures (conseils régionaux et généraux, villes importantes). Toujours pour la même période, les dépenses d'infrastructure informatique (matériel, réseau, logiciels de base) ont évolué modérément (de 4 à 12 %), comparées à celles liées aux applications, qui ont progressé à un rythme deux fois plus rapide.
Le client léger à l'honneur
Pour l'année 2004 et 2005, les tendances budgétaires restent floues, même si de l'avis des fournisseurs, les dépenses informatiques des collectivités locales ne connaissent pas les ralentissements enregistrés dans le privé. Les collectivités locales n'en doivent pas moins financer de grands projets structurants (intranet, SIG...) et s'engager clairement vers l'e-administration comme le souhaitent les pouvoirs publics. Cette recherche de rationalisation des dépenses explique l'essor des architectures clients légers (citées comme l'une des priorités 2004-2005) afin d'abaisser les coûts liés aux licences bureautiques Microsoft et au renouvellement des PC.
Mais cette recherche d'économies fait en premier lieu le lit du logiciel libre. Près de 80 % des collectivités locales interrogées par Mazars envisagent, testent ou utilisent d'ores et déjà des solutions open source. Un véritable raz de marée ! « C'est une rupture avec notre étude de 2001, où les logiciels libres étaient cités par moins de 5 % des interviewés », souligne Bernard Méliet. De fait, pour 62 % des collectivités locales, le logiciel libre constitue « une solution à privilégier pour économiser l'argent public » et 30 % d'entre elles considèrent que « l' open source constitue une solution comme une autre ». Seuls 8 % d'irréductibles affirment que le logiciel libre demeure « une solution immature » .
Autre surprise de l'étude : l'apparition de l'infogérance. A ce jour, seule la municipalité d'Issy-les-Moulineaux a entièrement externalisé son informatique. Cet exemple pourrait faire tache d'huile. Interrogés à ce propos, près de 25 % des collectivités envisagent en effet une externalisation partielle de leur système d'information. En septembre 2001, ils n'étaient que 8 % à l'étudier. Parmi les fonctions pouvant être externalisées, la maintenance de premier niveau (39 % des réponses), le centre d'appels (28 %), l'exploitation (22 %) ou le développement (9 %). Le gain attendu de ces opérations d'externalisation ? Un meilleur contrôle des coûts et plus de ressources pour s'engager dans de nouveaux projets.
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