Un planning exigeant
Les papiers sont commandés pour tous les magazines à la fois, ce qui donne la possibilité d'obtenir des fabrications spécifiques et des meilleurs prix. En outre, les documents publicitaires sont utilisés pour plusieurs titres et souvent pour plusieurs parutions, ce qui réduit d'autant les coûts pour le commanditaire. En ce qui concerne les prestataires, ils sont peu nombreux sur le marché des magazines (féminins et autres à grands tirages). Leur nombre réduit vient de l'obligation d'avoir des équipement lourds, qui seuls permettent de sortir dans des temps records des centaines de milliers d'exemplaires. Les imprimeurs sont parfaitement rodés à la réalisation des magazines. Que ceux-ci soient féminins ou non, l'organisation reste la même. Le planning est au centre de leurs préoccupations et, comme le constatent les prestataires quel que soit leur domaine d'intervention, les délais sont de plus en plus serrés. Ce qui fait la différence dans le domaine des féminins, ce sont les opérations publicitaires plus ou moins lourdes. Philippe Jourdan, directeur des publications du groupe Hachette, précise « Le planning est variable selon les opérations publicitaires après brochage. Sans opérations publicitaires spéciales, les fichiers de Elle sont envoyés à l'imprimeur le jeudi soir, le brochage est réalisé le vendredi. Le routeur prend sa livraison le vendredi soir, et les NMPP le samedi. L'hebdo arrive chez les abonnés le lundi matin, en même temps que le journal paraît en kiosque. La mise sous film pour les opérations publicitaires spéciales retarde un peu ». Mais ces opérations publicitaires sont de plus en plus fréquentes, avec des gadgets ou des catalogues ajoutés et mis sous film. Sur les vingt-cinq ou vingt-six numéros qui doivent paraître de janvier à la mi-juillet 2004, cinq seulement ne nécessiteront pas de mise sous film. Du côté de la publicité, pour ce même magazine, il est prévu 4 500 pages pour l'année 2004, soit pratiquement le tiers de la pagination. « Nous ne pouvons plus augmenter la pagination de la publicité, explique Philippe Jourdan, nous alignons déjà dix-huit postes de brochage. Mais il reste les possibilités d'encarts, de collages et il y en a beaucoup, et de plus en plus dans les régions ». À chaque titre correspondent des spécificités et des habitudes de travail. Elles dépendent de la périodicité du magazine, du nombre de pages, de la complexité des opérations publicitaires. Pour reprendre l'exemple de Elle , sa périodicité hebdomadaire entraîne une organisation complexe. La photogravure est assurée par Hafiba, filiale de Hachette. Puis les cahiers partent dans deux directions la partie rédactionnelle est imprimée en offset chez Maury, les pages de mode sont traitées en hélio chez Quebecor. « Quand il faut sortir 450 000 exemplaires en très peu de temps et avec une qualité parfaite pour les pages de mode, l'hélio apporte un plus car elle donne des couleurs intenses » , précise Philippe Jourdan. Rappelons que les 450 000 exemplaires du Elle sont subdivisés en nombreuses versions régionales, dans lesquelles viennent s'intégrer les cahiers locaux de publicité. Tous les cahiers sont ensuite regroupés pour le brochage chez Graphi Brochage (Quebecor) à Pontault-Combault. Hachette édite une cinquantaine de magazines au total. L'équipe de fabrication compte 37 personnes, une personne et demie s'occupe de la fabrication de Elle . La photogravure est maintenant faite en numérique pour presque tous les magazines. En trois à quatre ans, la quasi-totalité des titres a abandonné le mode traditionnel. Les agences de publicité, les plus réfractaires au système parce que celui-ci les empêchait de vérifier et d'apporter des modifications loin dans la chaîne, sont maintenant les premières à réclamer le passage au numérique. Ce qui fait dire à un professionnel « Si un imprimeur n'est pas équipé pour le numérique, ce n'est pas la peine qu'il travaille » . Cependant, bien qu'allant de l'avant, quelques éditeurs gardent un certaine nostalgie pour la photogravure traditionnelle, qui permettait d'affiner les images dans l'esprit recherché. Comme l'explique Anne Le Barbier, adjointe à la direction de Psychologies Magazine , qui passe au début de 2004 au numérique : « Aujourd'hui, 90 % du marché fonctionne en numérique. Toutes les agences s'y sont mises. Nous sommes le dernier des Mohicans. Mais c'est fait, nous sommes passés au numérique pour le numéro de janvier 2004. Cela nécessite un autre oeil sur l'épreuvage, puisqu'il n'y a plus de Cromalin. Cela nous apporte plus de contraintes puisque nous ne pouvons plus avoir de corrections jusqu'au pied de la machine. Il faut être plus vigilant, faire des vérifications différentes, faire davantage confiance au photograveur qui, de son côté, risque l'erreur ». Les magazines féminins sont pratiquement toujours produits sur un papier de qualité, pour un meilleur rendu des pages de mode et beauté. Pour l'ensemble du Elle , un même papier a été choisi, avec sa spécificité offset ou hélio selon le cas un LWC en 65 g pour l'intérieur, en 135 g pour la couverture, en 170 g pour celle des numéros spéciaux, en 150 g pour les encarts de deux pages. Les féminins d'Excelsior, Biba et 20 Ans, utilisent un même couché brillant 70g pour l'intérieur, qui a une bonne main et une bonne impressionnabilité. Les couvertures, plus épaisses, sont en couché brillant deux faces, respectivement en 150 et 125 g. L'hebdo Voici est tiré sur un LWC de 54 g, la couverture est en 100 g. Un compromis préside au choix des papiers la limite inférieure de grammage, pour alléger les frais postaux, et le minimum d'épaisseur, pour éviter la transparence. Les féminins sont dans la majorité des cas, brochés dos carré collé. Quelques titres à la faible pagination sont assemblés avec deux piqûres à cheval. Les couvertures reçoivent de plus en plus souvent un vernis UV qui rehausse les couleurs. Une cinquième couleur, un bel argent ou une couleur fluorescente, vient parfois en complément sur la couverture faire le titre de certains numéros spéciaux.Beaucoup d'opérations « exotiques »
Encarts, collages, couvertures à rabats, formats débordants, pliages complexes, signets et bandeaux, intégration d'objets avec des points de colle fugitive la presse féminine regorge d'opérations de publicités exotiques. C'est l'une des difficultés de la réalisation de ces magazines. Les équipes doivent trouver les solutions techniques qui vont permettre de répondre à la créativité des annonceurs. Avec une difficulté des délais très courts pour régler les problèmes, surtout dans le cas des hebdomadaires. Les difficultés de réalisation des féminins tiennent en quelques mots variabilité de la pagination selon les numéros, variabilité toute aussi importante de la publicité, complexité de réalisation et délais serrés. L'organisation de la fabrication des hebdomadaires est donc réglée comme du papier à musique, le moindre dérapage étant exclu. Mais les mensuels finissent souvent chez l'imprimeur avec les mêmes contraintes de temps que les hebdos. Cherchez l'erreur.|
Points de vue |
| Ghislaine Hercule (Goustard Photogravure) : " les contraintes sur les corrections sont de plus en plus poussées " |
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Nous recevons de plus en plus de fichiers numériques de qualité diverse. Compte tenu des exigences des éditeurs, les contraintes de corrections sont très poussées. D'une part, il nous faut rester dans l'esprit de la maquette voulue par le directeur artistique et obtenir le rendu souhaité. D'autre part, nous devons préparer un travail qui corresponde aux contraintes de l'imprimeur et de ses machines. Or, les règles de l'imprimeur changent souvent. Nous, nous sommes entre les deux. L'un et l'autre voudraient sans doute nous voir disparaître : l'éditeur pour pouvoir maîtriser complètement sa réalisation, l'imprimeur parce que c'est plus facile de justifier éventuellement les problèmes à l'impression. Ceci est encore plus vrai pour les magazines féminins. La manière de rendre les photos change. Ainsi, les chairs peuvent être cendrées, foncées ou au contraire blanchâtres, diaphanes. Les photographes ne comprennent pas toujours qu'il y a une différence entre ce que nous remettons à l'imprimeur et ce qui sortira au final, mais que leur objectif à eux sera atteint. Notre rôle est de toujours anticiper sur ce qui se passera à l'impression, par exemple, par rapport à l'engraissement éventuel du CTP. C'est inévitable. Chez nous, c'est une culture d'entreprise : nous n'envoyons jamais rien en direct, tout passe obligatoirement par un filtre de correction. |
| Charles Barmas (Imprimerie Braun) : " les délais se réduisent en permanence " |
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Réaliser un hebdomadaire féminin qui tire à 700 000 exemplaires demande une organisation sans faille. Nous recevons les éléments le jeudi matin et nous rendons la revue pour partie le vendredi et pour partie le samedi. Nous assurons la prestation complète, avec des partenaires. L'impression des cahiers intérieurs est faite chez nous, sur rotative hélio (deux KBA et une Cerutti). Depuis un an, la couverture est réalisée sous notre régie à l'étranger, sur rotative offset. Le brochage est confié à un partenaire de la région parisienne. La contrainte de cette fabrication porte sur les délais, qui se réduisent en permanence. L'éditeur attend le plus longtemps possible pour être toujours au plus proche de l'actualité. |
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Les principaux prestataires |
| En prépresse |
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Goustard Photogravure (95)
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| En impression |
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Braun (68)
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| En brochage |
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Merkhofer (95)
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Interview |
| Patrick Letilly (Imprimerie Sego) : " La souplesse de l'offset est un atout pour ces revues faites d'actualités " |
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| Constatez-vous une différence entre la fabrication d'un magazine féminin et d'un autre magazine ? |
| La seule différence concerne le support : l'éditeur de féminins choisit des papiers de qualité plus blanche. |
| Comment se passe l'étape de la photogravure ? |
| Nous ne recevons plus de films, sauf encore de quelques petites agences. L'arrivée du numérique a amélioré la production, en vitesse et en qualité. Il a fallu un temps d'adaptation, mais maintenant, le CTP est fiable et apporte beaucoup. Il n'y a plus de contacts directs et donc plus de poussières ou de possibilités d'erreurs. Avec les transferts actuels (Internet, Vio, etc.), les corrections de l'éditeur se font très vite. C'est une autre manière de travailler. |
| Quels avantages apporte l'offset dans la fabrication de ces revues ? |
| Des réactions très rapides. La qualité des plaques permet maintenant de faire de longs tirages, qui peuvent dépasser le million d'exemplaires dans la grande distribution. Ensuite, c'est la qualité du papier qui joue. |
| Quelle est l'étape cruciale de la fabrication d'un féminin ? |
| Le bouclage du dernier cahier. La réactivité est essentielle, car derrière, il reste l'étape du brochage dont les vitesses de production sont très inférieures à celles des rotatives. À ce stade, le procédé offset offre l'avantage de permettre, avec ses cahiers peu épais de 32 ou de 48 pages, le passage facile d'encarts publicitaires. |
| dans le même dossier : La presse féminine (4 articles) | |
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