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[ DÉVELOPPEMENT ]
L'offshore désormais à la portée des PME
L'externalisation des développements informatiques offre aux PME de réelles opportunités d'économies. A condition de borner précisément les besoins et de valider les compétences du prestataire.

Francisco Villacampa , Décision Micro (n° 582), le 01/03/2004 à 00h00

Après les SSII et les grandes entreprises, c'est au tour des PME de se familiariser avec le terme d' offshore . Popularisé par l'industrie pétrolière, cet anglicisme désigne étymologiquement les activités ancrées au large des côtes d'un pays. Par déformation, le développement offshore est aujourd'hui synonyme de délocalisation, partielle ou totale, de projets informatiques. Avec pour horizon l'Inde ou la Chine, porteurs d'alléchantes promesses de réduction des coûts.

Les spécialistes parlent également de nearshore (près des côtes) lorsque la distance géographique, et parfois culturelle, est moindre, comme avec la Roumanie, le Maghreb, ou même... la province, où la rémunération des informaticiens est inférieure à celle pratiquée en région parisienne.

Quels que soient les vocables employés, la délocalisation du développement informatique prend de l'ampleur. Selon le cabinet d'études Datamonitor, les entreprises de l'Union européenne ont dépensé 1,5 milliard d'euros pour la seule année 2001 au titre des développements offshore , dont 747 millions au sein même de territoires appartenant à l'Union.

Et depuis cette date, la tendance s'est clairement affirmée. Le marché français de l' offshore devrait tripler d'ici à 2005, projette le cabinet d'analystes Pierre Audoin Consultants. Mieux, il n'est plus l'apanage des grands comptes, pourtant à l'origine du mouvement. « En dépit de notre taille modeste, le développement offshore nous a permis de fonctionner comme une grande entreprise », affirme Christiane Morvillez, chef du service informatique de l'Inalco, l'Institut national des langues et civilisations orientales basé à Paris. « Grâce à Rominfo qui opère avec des équipes situées à Bucarest, nous avons pu migrer en 2000 vers le logiciel Apogée de Sinorg, un système de gestion de la scolarité qui exploite Oracle 7. Celui-ci a remplacé l'application Scolar, écrite en Cobol et qui n'était pas configurée pour le passage à l'an 2000 » , justifie Christiane Morvillez.

Définition du projet : sélectionner le bon prestataire

Le développement offshore est parfois pratiqué par des entreprises de taille encore plus modeste : « Sans le développement offshore, notamment en Russie avec Tubbydev, notre entreprise de six salariés n'aurait pas eu les moyens de concevoir un backoffice de facturation, destiné aux utilisateurs de nos weblog  », souligne Loïc Le Meur, dirigeant d'Ublog. Pour les PME, la réussite d'un projet offshore passe le plus souvent par le choix d'un intermédiaire appelé « société pivot », ou d'une filiale de SSII étrangère.

Son rôle est fondamental car, en tant que représentante en France de la société étrangère, elle pilote le projet et la livraison des applications. Elle peut, le cas échéant, mettre en production les logiciels puis en vérifier le bon fonctionnement. Les entreprises faiblement dotées en ressources informatiques optent en général pour l'externalisation complète de leurs développements. « Nous avons choisi Rominfo en mai 1999, car ils nous ont aidés à évaluer les besoins, puis à développer et à installer l'application, dont l'exploitation a débuté en septembre 2000 », récapitule Christiane Morvillez.

En revanche, les entreprises qui disposent d'un service informatique interne préfèrent prendre en charge la maîtrise d'ouvrage. « Deux informaticiens du musée du Louvre ont suivi dès le mois de décembre 1999 le développement de notre progiciel de gestion des affectations Osiris » , précise François Lapeyre, ex-responsable du pôle gestion administration du musée du Louvre. Lorsque les cycles de développement sont supérieurs à deux ou trois ans, l'implantation d'une filiale à l'étranger s'impose, au détriment du choix d'un prestataire offshore . Cette approche, privilégiée par les grandes entreprises ou par les éditeurs informatiques, est adaptée au développement de progiciels métier. « Le groupe Otis m'a chargé d'établir en 1996 la filiale offshore ISRC. Située en Inde, elle doit développer un progiciel de gestion commerciale, de prise de devis et de commandes fournisseurs. J'ai piloté les développements depuis l'Inde, en partenariat avec l'une de nos filiales en Allemagne », confirme Pascal Brun, ancien collaborateur de la société Otis et aujourd'hui associé de l'éditeur de progiciels industriels ISplus.

L'analyse des besoins : préciser le cahier des charges

Pour partir sur de bonnes bases, le recours à un prestataire offshore exige la rédaction d'un cahier des charges détaillé. Celui-ci doit décrire les fonctions de l'application, ainsi que le contexte d'exploitation du programme. « Nous ne nous sommes pas contentés d'exprimer des besoins fonctionnels, nous avons modélisé l'application comme si elle existait déjà, écran par écran, fonction après fonction. Quitte à fournir des captures d'écran d'interfaces encore virtuelles », illustre Loïc Le Meur, dirigeant d'Ublog. D'autres entreprises font le choix d'être assistées dans ce travail par leur prestataire. « A notre demande, Rominfo a dépêché un ingénieur durant sept jours, afin de nous aider à rédiger le cahier des charges », détaille Christiane Morvillez de l'Inalco.

Pour leur part, les entreprises de taille plus importante procèdent plus aisément à cette analyse détaillée par leurs propres moyens. « Nous avons fait appel à l' offshore dès 1994, afin de concevoir notre application de gestion des stocks et des entrepôts, sur environnement HP-UX. L'analyse fonctionnelle détaillée a été réalisée en interne. Nous l'avons affinée par la suite avec la SSII indienne Infosys », analyse Thierry Desaleux, DSI de Salomon, le fabricant savoyard de matériels sportifs.

La mise en oeuvre : prévenir les défauts de conception

La mise à disposition d'outils de travail de groupe facilite le suivi des étapes constitutives d'un projet de développement offshore . « Tubbydev fournit l'intranet Opteamist, qui est fondé sur le couple IBM Lotus Notes et Domino. Nous utilisons également des outils de messagerie instantanée tels que ICQ d'AOL. Cette boîte à outils permet de suivre la progression des développements », indique Loïc Le Meur.

De son côté, l'Inalco a utilisé des outils plus élémentaires . « Nous avons essentiellement travaillé par courrier électronique et par téléphone. Notre prestataire Rom-info avait l'obligation d'adresser un rapport hebdomadaire par e-mail », commente Christiane Morvillez de l'Inalco. Afin de garantir la stabilité de l'application, l'institut des langues orientales a fixé par voie de contrat la mise en place d'une période de redéveloppements pouvant atteindre six mois.

Intéressante, cette clause assure la correction a posteriori de bugs non identifiés lors de la mise en production. Pour plus de sûreté, « l'ensemble des critères de qualité peuvent être rassemblés au sein d'un plan qualité, qui liste les procédures d'audit auxquelles le code sera soumis », ajoute Pierre Méchentel, DG de la société offshore Tubbydev. Côté mise en production, les scénarii sont variables. La prise en charge de l'installation par une société pivot doit être explicitement négociée par voie de contrat. À défaut, celle-ci reste à la charge de l'entreprise.

Les écueils : des obstacles techniques et culturels

Globalement, le développement offshore n'est pas très adapté à la conception de progiciels métier. Les contraintes logistiques et les normes comptables nationales sont en effet difficiles à coder depuis Moscou ou Pékin. « Lors du développement de notre application logistique, la SSII indienne Infosys n'a pris en charge que le codage des fonctions à faible valeur ajoutée », confirme Thierry Desaleux, DSI de Salomon. Dans cette optique, il convient de vérifier la compétence du prestataire. Ainsi, « nous avons choisi Infosys parce que cette société indienne a acquis aux Etats-Unis des compétences en matière de migration vers SAP AFS [solution verticale pour le vêtement et la chaussure, NDLR] dont nous pouvons bénéficier », illustre Thierry Desaleux.

D'autres obstacles surgissent en cas de développements à l'étranger, dûs au décalage horaire, notamment. Pour y remédier, « nos équipes travaillent en horaires décalés de sorte à fournir au minimum cinq heures par jour de recouvrement avec les équipes de nos clients », rassure Wang Jue, représentant en France de China-Offshore.

Reste l'aspect linguistique, l'anglais étant parfois mal maîtrisé par les cadres français. Cet écueil s'estompe soit en recourant à une société pivot, chargée d'établir l'interface avec les équipes étrangères, soit en confiant les développements au sein de pays où le français est assez répandu, tels que la Roumanie ou la Tunisie.

Les gains : de franches économies

A l'instar de ce qui est devenu courant aux Etats-Unis, l'accueil dans les locaux de l'entreprise d'ingénieurs étrangers payés selon les standards de leur pays d'origine est interdit en France. L'essentiel des projets offshore sont donc vendus au forfait. Avec en prime une baisse drastique des coûts, qu'explique un niveau de charges salariales beaucoup plus faible à l'étranger. « Notre logiciel de facturation a coûté 20 000 euros HT au total, quatre fois moins cher qu'en France » , évalue Loïc Le Meur, dirigeant d'Ublog. Idem pour l'Inalco, qui aura versé 31 015 euros HT pour migrer vers l'application Apogée. « Si j'en juge par les propositions reçues en France, j'évalue l'économie à environ 50 % », s'exclame Christiane Morvillez, chef du service informatique de l'Inalco.

Toutefois, avec l'augmentation de la demande, l'écart de prix avec la France tend à se rétrécir sur certaines destinations prisées. « Dès 1989, nous avons confié à la SSII Wipro, située à Bangalore, la programmation, sur une durée de trois ans, de notre progiciel de maintenance Coswin. Mais l'augmentation de la demande renchérissant les tarifs, nous avons récemment dû rapatrier notre R&D vers Montpellier » , témoigne Carlo Fichera, PDG de l'éditeur Siveco Group. De même, « notre contrat de maintenance avec Infosys n'a pas été renouvelé en 1999 », confirme Thierry Desaleux le DSI de Salomon.

Au final toutefois, les développements offshore se révèlent de 30 à 50 % moins onéreux pour la conception de logiciels d'infrastructure ou d'applications très spécifiques. « Notre logiciel de gestion des affectations Osiris, capable de s'interfacer avec le progiciel de GRH SDL7 de Sinorg, a coûté 45 700 euros HT. Un tarif trois à quatre fois moins élevé qu'en France » , conclut François Lapeyre, ex-responsable informatique du musée du Louvre.

 Quelques prestataires de développement offshore 
 Prestataire/Site web     Spécialités     Localisation 
 Adamil     Technologies objet, (J2EE, PHP, C/C++, XML), SGBD (Oracle, DB2, SQLServer, MySQL), administration et sécurité (Cisco, Windows, Unix, Linux), réseaux et télécoms (IP, GPRS, UMTS).     Filiale parisienne et 70 ingénieurs basés en Ukraine et en Russie (Kharkiv et Moscou). 
         
 Color Chips India     Effets spéciaux numériques, jeux et animations 2D et 3D. Logiciels Maya, 3DS Max, US Animation, Animo, Macromedia, Adobe.     Responsable parisien et localisation en Inde. 
         
 China-Offshore     Langages Java, C/C++, Power Builder, Delphi, ASP, VB, PHP. Serveurs Web et plates-formes de télécommunication.     Filiale parisienne et 160 ingénieurs basés en Chine, à Shanghai, Shenzhen et Pékin. 
         
 Pivolis     Déploiement de serveurs d'applications (J2EE ou .NET) et serveurs d'intégration de type EAI.     Société pivot basée à Paris. Travaille avec différentes SSII en Inde (KPIT Cummins Infosystem) et en Chine. 
         
 Rominfo     Applications spécifiques. Langages C/C++ (MS Visual C++, Borland C++), HTML, DHTML, ASP, Java (JDK, JBuilder, JDeveloper, Visual J++, Net Beans), Java Script, VB Script, PERL, PHP.     Filiale parisienne de la SSII Romanian Datasoft située à Bucarest. 
         
 Tubbydev     Applications spécifiques. Bases de données (SQL Server, Oracle, DB2, Access, MySQL), langages (C/C++, Java, ASP, JSP, PHP, Flash, serveurs Web (IIS/NT, Apache), Méthodes de développement (Merise, RUP, XP).     Filiale parisienne et implantation en Russie (57 développeurs au total). 
 

 

Réservé à certains logiciels

Externaliser des projets informatiques à l'étranger répond efficacement à des besoins génériques, tels que la conception de logiciels d'infrastructure ou d'applications spécifiques de facturation. En revanche, le développement de logiciels métier, par exemple une application de comptabilité, se révèle difficile. A moins d'une connaissance précise des normes et des procédures du pays d'origine du client. La présence d'un tel savoir-faire est donc à vérifier avant d'envisager une externalisation.

Des livraisons régulières

Extreme Programming (XP) est la méthode de développement la plus courante dans les sociétés offshore. Elle repose sur des cycles de développement courts qui entraînent des livraisons et des tests de binaires fréquents. Cette méthode ne convient qu'aux projets de moyenne envergure. Elle présente l'avantage d'offrir aux informaticiens chargés de la maîtrise d'ouvrage le moyen de vérifier en continu la qualité des développements entrepris.

Des coûts à la baisse

Le développement offshore est facturé au forfait. Il comprend en général l'étude préalable, la programmation et le test des applications, voire leur mise en production. Ce mode de facturation impose une obligation de résultat, du moins théorique. Avec des réductions de prix qui peuvent atteindre 50 % : si le tarif d'un ingénieur français démarre à 400 euros HT/jour, il est d'environ 185 euros HT pour son homologue russe ou indien.

Des projets plus complexes

Outre la mise à disposition d'intranet réservés au suivi des projets, travailler avec l'étranger implique des méthodes particulières. Par exemple, des équipes de travail distantes en horaires décalés, garantissant un recouvrement horaire avec la France. Maîtriser l'anglais est également très important, afin d'interagir avec des équipes indiennes ou chinoises. L'expression des besoins, plus complexe, repose sur la documentation détaillée des fonctions et des interfaces de l'application. Enfin, le client doit prévoir des clauses de garantie, notamment sous forme d'un plan qualité spécifiant les procédures d'audit du code.



Art
Tour de marché à la FIAC.

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