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Carton rouge pour les PME

[ NOUVELLES TECHNOLOGIES ]
Les PME françaises perdent leur avance
L'enquête de conjoncture de BNP Paribas déplore la faible adoption des TIC par les PME. A contrario, les grands fournisseurs informatiques sont plutôt optimistes.

Didier Géneau, Laurent Sounack et Fabrice Frossard , Décision Micro (n° 579), le 04/03/2004 à 07h00

L'année 2004 marquera-t-elle l'explosion de l'usage des technologies de l'information et de la communication (TIC) dans les PME françaises, ou à l'inverse, une décrue de la demande ? D'un côté, les principaux fournisseurs informatiques assurent que ce marché sera en croissance de 20 à 30 % cette année grâce aux technologies et aux solutions dédiées aux PME. De l'autre, les pouvoirs publics s'inquiètent du retard des PME françaises dans le domaine des TIC, tandis que l'enquête de conjoncture de BNP Paribas Lease Group (BPLG) spécule sur un gel des investissements informatiques en 2004 dans les PME.

Réalisée auprès de 6 100 entreprises en Allemagne, Espagne, Italie et France (G4) de 6 à 200 salariés, cette étude révèle la perte de terrain des PME françaises face à leurs homologues européennes. « La part des investissements consacrés aux TIC stagne, le parc ne se développe pas, les intentions d'achat s'amenuisent » , résume Vincent Becquey, directeur de l'étude BPLG.

À l'en croire, le nombre moyen d'ordinateurs dans les PME, dix unités, n'évoluera pas en 2004. Autre constat : la part des entreprises disposant d'un site Internet se stabilise à 52 %, et près de la moitié de ces sites affiche moins de cinq pages. Plus inquiétant, la France est dernière de la classe pour l'usage d'Internet (e-mail, téléprocédures, achats en ligne...) alors que l'Hexagone recense le plus grand nombre d'entreprises connectées en haut débit (62 %).

Première explication à cette morosité : le climat économique. Toujours selon l'enquête BPLG, le niveau de confiance dans l'économie du pays est en baisse de 13 points (36 %) chez les dirigeants français alors qu'il a augmenté de 7 points (47 %) chez leurs homologues du G4. Mais cette prudence n'explique pas, à elle seule, le décrochage de l'investissement informatique.

Une vision négative des investissements passés

Frédéric Bouchillou, directeur de mission pour le cabinet de consultants Algoé et responsable des études sur la diffusion des TIC dans les PME, avance une autre explication : « En France, beaucoup de dirigeants d'entreprise ont une vision négative de leurs investissements informatiques passés. On leur a vendu l'an 2000, l'euro, l'e-commerce, puis les PGI ou la GRC, sans leur démontrer la justification réelle ou la rentabilité des ces investissements. »

Un point de vue confirmé par les études sur les prévisions d'investissement en 2004, qui confirment que la priorité des PME est désormais à l'optimisation de l'existant. Pour Frédéric Bouchillou, cette situation d'attentisme est davantage liée à un problème d'usage que d'investissement : « Une entreprise dont le PGI n'est utilisé qu'à 10 % de ses capacités peut s'interroger à juste titre sur l'utilité d'un tel outil. Il y a clairement un échec pédagogique. Aujourd'hui, le besoin des PME est dans l'usage des technologies, non dans la technologie proprement dite. »

Une analyse partagée par Georges Fischer, directeur TICE à la CCI de Paris : « Chacun a cru que l'évangélisation était faite ; nous nous sommes trompés, on a privilégié le quantitatif face au qualitatif. » Et de suggérer : « Il faut mobiliser les ressources pour le faire, il faut que les pouvoirs publics s'investissent et que les ministres donnent un coup de poing sur la table. Au niveau des CCI, cela passe par la formation auprès des entreprises. Sans engagement des pouvoirs publics, il sera difficile de sortir de cette situation. »

Les enjeux politiques sont de taille. Les PME représentent les deux tiers de l'emploi en France et la révolution numérique promue par l'État ne peut réussir sans la mobilisation de ces entreprises. Les enjeux économiques sont également énormes. Selon IDC, l'investissement informatique des entreprises de taille moyenne pesait 6 milliards d'euros en 2003.

Pour l'ensemble des sociétés de moins de 1000 employés en France, HP et IBM avancent même le chiffre de 20 milliards d'euros. Un pactole qui aiguise bien des appétits chez les grands fournisseurs informatiques qui évoquent des perspectives de croissance à deux chiffres sur ce segment.

Un optimisme qui repose sur deux faits : le sous-équipement réel des PME en infrastructure informatique comparé à celui des grandes entreprises, et l'arrivée d'offres allégées et packagées. Il leur reste néanmoins à créer un réseau commercial efficace auprès de cette clientèle de PME très hétéroclite en taille et en secteur d'activité (lire encadrés). Il leur faudra aussi, comme l'affirme Frédéric Bouchillou, « affronter une guérilla de petits intégrateurs locaux et d'éditeurs spécialisés qui proposent du vrai sur-mesure logiciel à leurs PME clientes. Ces franc-tireurs savent faire preuve de souplesse en termes de facturation de licences » . Peut-être l'occasion pour les PME de reprendre leurs investissements à moindres frais ?


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