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L'Afnic veut donner un second souffle au « .fr »
Le responsable des noms de domaine souhaite rendre l'extension française plus attrayante en simplifiant la démarche aux demandeurs.

Guillaume Deleurence , 01net., le 22/01/2004 à 19h10

Pour l'Afnic, le gestionnaire des noms de domaine français*, l'heure était venue de toiletter les conditions d'attribution du « .fr ». Les protections qui entourent l'extension ont contribué à en faire, face au cybersquatting, une des « zones les plus sûres au monde » , selon son directeur général, Jean-Yves Babonneau. Revers de la médaille : elles ont eu aussi tendance à refroidir les ardeurs des demandeurs. Pour preuve, les 177 000 noms de domaines enregistrés en « .fr » à ce jour (dont 95 % d'entreprises) font bien pâle figure face aux 6 millions de « .de » de nos amis d'outre-Rhin (l'Allemagne étant comparable à la France). Sans parler des « .com » ou des « .org », devant lesquels le « .fr » est tout simplement marginal.

Un juste équilibre à trouver

Venu soutenir la démarche de l'Afnic, Renaud Dutreil, secrétaire d'Etat aux PME, a affirmé qu'il fallait « trouver un équilibre entre la volonté d'éviter les abus et celle de simplifier l'obtention d'un nom. Il y a eu ces derniers temps un tassement de la croissance des enregistrements, car l'aspect sécurité était peut-être un peu trop marqué » .

Jusqu'à présent, l'attribution d'un nom de domaine en « .fr » n'était possible que si l'Afnic pouvait vérifier a priori l'existence légale du demandeur à partir des bases de données en ligne ou, à défaut, en s'appuyant sur certains documents (pour un particulier, par exemple, une photocopie de la carte d'identité).

De plus, pour asseoir la légitimité du demandeur, il fallait qu'il y ait un lien évident entre le nom du demandeur et le nom de domaine en « .fr ». Par exemple, une entreprise voulant obtenir « www.bidule.fr » devait justifier l'emploi de ce terme (nom de sa marque, raison sociale, etc.). Ce « droit au nom  » était devenu « pénalisant » , de l'aveu de Jean-Yves Babonneau.

Enfin, l'Afnic devait donner son feu vert pour que l'enregistrement du nom de domaine sur les serveurs du prestataire soit validé.

A partir du 11 mai prochain, la procédure va s'automatiser. Le nom de domaine pourra être enregistré immédiatement sur les serveurs du prestataire. La vérification du demandeur sera toujours systématique, mais elle s'effectuera a posteriori, donc après l'enregistrement. De plus, toute organisation ou personne physique pourra demander à enregistrer le nom de domaine de son choix directement sous « .fr ».

Par ailleurs, un particulier sera désormais en mesure d'obtenir son patronyme immédiatement suivi de « .fr ».

Les noms des collectivités vont devenir disponibles

Dans un premier temps, seules les personnes identifiables sur des bases de données en ligne (Greffes, INPI, Insee) sont concernées. Il s'agit des entreprises, des artisans, des marques, etc. La première semaine, à partir du 11 mai, la demande de nom de domaine se fera par ordre d'arrivée et alphabétique (lettres A et B le premier jour ; C, D, E et F le lendemain, etc.). L'Afnic compte ainsi éviter un afflux de demandes le premier jour.

Les particuliers (ainsi que les associations non enregistrées à l'Insee) devront, eux, patienter quelques mois. A terme, ils pourront aussi demander un « .fr », selon des modalités et un calendrier encore inconnus pour l'instant.

Cet assouplissement du « .fr » va aussi s'accompagner de la libération des noms de domaine des collectivités territoriales (villes, conseils généraux, conseils régionaux). Bloqués par l'Afnic, seuls 7 000 d'entre eux sur 37 000 ont été enregistrés par ces collectivités. Les noms restants pourront être demandés par toute personne identifiable.

L'Afnic a écrit en décembre 2003 aux collectivités concernées pour les prévenir que ces noms de domaine deviendraient disponibles. Une recherche sur le site de l'Afnic permet de constater que des villes comme Lille ou Marseille n'ont pas encore demandé leur « .fr » - ce qui pourrait intéresser des entreprises ou des commerçants. « Depuis l'envoi de notre lettre, nous recevons quantité d'appels » , témoigne une porte-parole de l'Afnic.

Objectif : doubler les enregistrements

Pour Jean-Jacques Vigne, chef de projet chez l'opérateur de télécoms Colt, un prestataire de l'Afnic, cet assouplissement du « .fr » est « appréciable » mais ne constitue pas une révolution. « La France est le pays le plus en avance en matière de protection des noms de domaine, concède-t-il. La procédure va s'alléger, ce qui est une bonne chose. » Mais, pour lui, vouloir relancer le « .fr » aujourd'hui n'a pas beaucoup de sens, étant donné que « les ".com", ".org" et autres ".net" raflent tout », car ils sont plus aisés à obtenir.

« De toute façon, précise-t-il, les clients demandent quasiment tous le ".com" en priorité » . Quant au futur « .eu » (Union européenne), il semble déjà voué à l'échec : « Il sera très facile à obtenir, mais personne ne le demande. »

Malgré tout, l'Afnic veut y croire. L'association table sur un doublement annuel des enregistrements. Et compte bien travailler avec les prestataires (elle en compte un millier aujourd'hui) pour qu'ils assurent une meilleure promotion du « .fr ». « Certains prestataires n'enregistrent qu'un seul ".fr" par an. Nous ne sommes pas très connus et l'utilisateur ignore la qualité du ".fr "», regrette Jean-Yves Babonneau.

L'Afnic assouplit certes le « .fr », mais tient à conserver un haut niveau de confiance envers l'extension hexagonale. Ainsi, elle dévoilera bientôt le nom de deux centres de résolution des litiges « pour aider au règlement des contentieux » , en plus des tribunaux.

Autre projet : permettre à l'internaute d'accéder - via un plug-in, par exemple - aux informations publiques (bases de données INPI, greffes) qui ont permis l'identification, par l'Afnic, du demandeur. Le calendrier reste, là aussi, à préciser.

* L'Afnic gère aussi le « .re » (Ile de la Réunion), qui compte 221 noms de domaines.

Vers une baisse des prix

L'Afnic estime que l'automatisation de l'enregistrement va faire baisser le prix du « .fr » pour les prestataires et donc, par rebond, pour les clients. Le « .fr » est en effet souvent facturé plus cher que ses homologues chez les hébergeurs, même si les comparaisons sont difficiles car les prestataires achètent les noms aux gestionnaires, puis intègrent les coûts dans leurs prestations de services.

Pour pouvoir vendre un « .fr », le prestataire doit débourser auprès de l'Afnic 425 ou 1 450 euros HT annuels (deux options d'adhésion existent), une cotisation qui n'existe pas dans d'autres pays. Toute opération sur un nom de domaine (enregistrement, changement, etc.) lui est facturé 14 euros HT, soit plus du double d'un « .be » (Belgique).



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