Sans faire de bruit, les applications de l'étiquette radiofréquence RFID (Radio frequency identification) n'ont cessé de se multiplier. La blanchisserie industrielle Elis en est un bon exemple. Afin de restituer, après lavage, les vêtements de travail à leurs titulaires nominaux, des puces sont incorporées aux vêtements et reconnues par des lecteurs sur les convoyeurs.
L'application, qui utilise les produits de Tagsys, répond à une demande des personnels, qui n'aiment pas revêtir des blouses portées par d'autres. Chez Gemplus, cela a même abouti à mettre en place des distributeurs automatiques RFID intelligents, qui rendent une blouse nominale propre lorsqu'on dépose une blouse nominale sale.
Les puces d'identification radio se sont aussi imposées sur les cassettes vidéo et les DVD des distributeurs automatiques. Des loueurs comme DirectVideo, GoldenVideo ou Videomatic s'assurent ainsi que ce sont bien les titres empruntés qui sont restitués, et non des cassettes ou des CD vierges.
De la même façon, des bibliothèques de prêt adoptent la RFID pour améliorer les contrôles et les inventaires. Mentionnons aussi les puces radio incorporées aux clés de contact, aux badges d'accès, voire aux animaux de compagnie pour donner un accès direct à leur fiche vétérinaire.
Dans un autre registre, des municipalités commencent à placer un numéro d'identification radio sur les poubelles. Un pesage de leur contenu lors de la collecte permettra de mieux évaluer les volumes, d'optimiser les tournées, voire, à terme, de calculer par contribuable une taxe de ramassage proportionnée au service rendu.
Par la suite, la RFID pourrait s'imposer dans la collecte des déchets médicaux, pour lesquels des certificats de destruction ad hoc seront exigés. L'étiquette radio se répand aussi dans les aéroports, pour le tri des bagages. Car elle peut être lue à distance, même si le bagage est renversé, contrairement au code-barres, qui exige une lecture en visée directe.
Des approches qui font école
Autre intérêt : la puce RFID peut être encapsulée pour la protéger contre les chocs. Elle est réutilisable, réinscriptible et quasi inusable, contrairement aux codes-barres, qui deviennent illisibles lorsqu'ils sont éraflés, froissés, déchirés ou surchargés. Pour ces raisons, l'étiquette radio s'installe dans la gestion des actifs, notamment sur les bacs plastiques, les palettes et certains emballages consignés.
« Elle permet alors une véritable traçabilité, de limiter les pertes et les vols de bacs, de connaître les temps de rotation, de vérifier s'ils ont été lavés ou non avant de repartir » , souligne Pierre Oulès, directeur d'ADCC (Automatic Data Capture Conseil). Sur ce plan, le plus avancé est sans doute Air Liquide. Après avoir obtenu que les gaz médicaux soient considérés comme des médicaments, il a créé avec Gemplus une filiale spécialisée, Athelia, pour généraliser l'étiquetage radio dans sa chaîne logistique.
« L'étiquette RFID est aujourd'hui la carte d'identité de nos quatre cent mille bouteilles réutilisables, pour le contenant et le contenu, sur nos douze usines de production, nos vingt plates-formes de distribution et tous nos clients hospitaliers, explique Olivier Gruet, responsable du marché santé d'Air Liquide. Elle nous permet une traçabilité de bout en bout : expédition, maintenance, reprise, contrôle retour, remplissage, etc. En quelques années, nos taux de perte ont ainsi été réduits à quasi zéro. Ce qui a tout de suite amélioré notre bilan, puisque nos bouteilles valent de 1 500 à 3 000 E l'unité. »
Mieux, Air Liquide a aussi conçu une solution clés en main, permettant aux hôpitaux d'ajouter leur propre codage aux étiquettes et d'effectuer la traçabilité des bouteilles à l'intérieur de leur propre périmètre. Cette approche a fait école : elle est aujourd'hui mise en oeuvre par l'intégrateur IER pour les bouteilles d'AGA Linde Healthcare.
Assez bien diversifiées, les technologies RFID disponibles satisfont déjà de nombreux besoins. Elles vont encore se perfectionner. Avec de plus grandes portées et de meilleures capacités de lecture simultanée, elles feraient florès : toutes les étiquettes se trouvant sur une palette pourraient ainsi être lues en une seule fois, lors d'un simple passage sous un portique.
Deuxième enjeu : fabriquer des milliards de puces radio abaisserait leur coût unitaire à quelques centimes d'euro, au lieu des quinze à quatre-vingts centimes aujourd'hui. Elles pourraient alors être accolées aux produits de la grande distribution, sans les renchérir de manière sensible, en lieu et place des codes-barres, afin d'assurer une traçabilité plus complète, des rapatriements mieux ciblés, une lutte plus efficace contre la démarque inconnue et une gestion plus réactive des stocks et des réapprovisionnements jusqu'aux linéaires. Certains rêvent même d'un réfrigérateur RFID intelligent chez le consommateur.
Une normalisation internationale
C'est à cette traçabilité de nouvelle génération, fondée, comme il se doit, sur les services web, que l'Auto-ID Centre du MIT (Massachusetts Institute of Technology) entend ouvrir la voie, avec le soutien de tous les leaders de la grande distribution nord-américaine : Wal-Mart, Gillette, Procter & Gamble, Coca-Cola, Kodak, Nestlé, Philip Morris, Unilever, UPS, etc.
Déjà, Wal-Mart, le numéro un mondial de la distribution, parle d'exiger un étiquetage radio sur les palettes et les cartons livrés par ses cent premiers fournisseurs au 1er janvier 2005. Mais faut-il laisser chaque prescripteur déployer son système RFID maison ? La nécessité d'une normalisation internationale s'est imposée non seulement pour les fréquences et le dialogue lecteur-puce RFID (défini par la série ISO 18000), mais également pour le codage des étiquettes, et cela tout en étant compatible avec les codes-barres traditionnels, leurs lecteurs, leurs imprimantes et leurs bases de données. Résultat : le MIT et l'organisation EAN International, qui est le gendarme mondial des codes-barres, ont convenu de créer deux structures : les Auto-ID Labs pour la recherche et EPCglobal (Electronic product code) pour la promotion et le déploiement de la RFID, et qui aura, en principe, son centre dans chaque pays.
En France, EPCglobal est hébergé par Gencod EAN France. Il a tenu sa première réunion d'information en décembre dernier, avec l'objectif de monter, en 2004, des pilotes EPC complets (puces, lecteurs et serveurs). La RFID a le vent en poupe. D'autant que la traçabilité des produits alimentaires et pharmaceutiques sera obligatoire en Europe à compter du 1 er janvier 2005. Délaissant linéaires et réfrigérateurs, l'EPC se focalisera pour débuter sur la gestion des entrepôts au contrôle des entrées-sorties.
Les étiquettes radio associent puce et mini-antenne souple, interrogeable à courte distance par un lecteur. Il existe une grande variété de conditionnement, mais seulement trois types d'étiquettes sont utilisés en France : les puces à basses fréquences (150 kHz) de 64 bits en lecture seule ; les puces à hautes fréquences (13,56 MHz) à 256 bits en lecture et éventuellement réécriture à 80 cm de distance ; et les puces à hautes fréquences anticollision, lisibles en vrac. L'Auto-ID Centre, au MIT, y a ajouté des étiquettes UHF (900 MHz) et réfléchit à des étiquettes à piles et des étiquettes lectrices pouvant communiquer entre elles.
Les étiquettes radio utiliseront-elles un jour les mêmes fréquences tout autour de la planète ? Ce n'est pas si sûr. La RFID UHF à 900 MHz et 4 W des Américains n'est pas directement transposable en Europe, puisque cette bande est occupée par les opérateurs mobiles. Bruxelles devrait recommander la bande 865,6-867,6 MHz avec une puissance de 2 W ERP, ce qui équivaudrait à 90 % des performances nord-américaines. Problème : en France, cette bande est réservée à l'usage militaire. Par ailleurs, Bruxelles pourrait augmenter la puissance autorisée dans la bande 13,56 MHz pour atteindre une distance de lecture de 2 m. « Mais que ces incertitudes ne soient pas une raison pour ne rien faire, insiste Xavier Barras, responsable d'EPCglobal France. La réglementation actuelle est suffisante pour démarrer. »
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