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Internet et chaîne logistique, une union à géométrie variable

Réagir aux événements dans la chaîne logistique
Le marché de lasupply chain, ou chaîne logistique, redémarre en France. Et l'année 2004 devrait voir la montée en puissance des solutions basées sur la gestion des exceptions. Elles lient la planification et l'exécution.

Jean-Pierre Blettner et Pierre Slickerman , 01 Réseaux (n° 135), le 01/01/2004 à 00h00

« En pause depuis 2001, le marché français des produits de SCM (Supply chain management)­ licences et services inclus ­ devrait repartir sur un rythme de croissance de 10 % jusqu'en 2006, pour atteindre 130 millions d'euros », prédit Christian Pierret, p-dg de Pierre Audoin Consultants (PAC). Le marché américain, quant à lui, a continué de croître régulièrement. « Cela est lié au fait qu'au moment de la crise, la France n'avait pas encore dépassé le stade du lancement et de " l'évangélisation ". On observait un manque de maturité des entreprises fonctionnant encore de manière cloisonnée » , poursuit-il.

Prévoir l'imprévisible

La reprise verra un rattrapage des investissements et la nécessité de continuer à réduire les coûts tout en améliorant les processus. Les éditeurs de SCM vont devoir élargir leur couverture fonctionnelle pour couvrir toute la chaîne logistique et étoffer leurs solutions collaboratives sur internet. Autre voie prometteuse : la verticalisation des solutions qui s'impose face aux spécificités de chaque secteur. Cette reprise coïncidera avec une intégration plus forte entre la planification (SCP, Supply chain planning ) et l'exécution (SCE, Supply chain execution ), qui fonctionnaient jusqu'ici de manière plutôt indépendante. La première permet de simuler et de planifier les processus, alors que la seconde gère l'opérationnel en matière de transport et de logistique. Selon Christian Pierret, « en France, l'intégration de la chaîne logistique est le principal enjeu auquel les entreprises vont devoir s'atteler » . Pour cela, elles peuvent procéder par extensions fonctionnelles, par l'utilisation d'EAI ou par la mise en oeuvre d'outils de SCEM (Supply chain event management) . Ces produits génèrent des alertes transversales entre les fonctions de l'entreprise, et fournissent des indicateurs de performances. Classiquement, « l'APS (Advanced planning and scheduling) est bien adapté aux activités prévisibles, et les entreprises l'utilisent de mieux en mieux, rappelle Norbert Cohen, directeur de PEA Consulting, spécialiste de la chaîne logistique. En captant les ventes réelles, elles anticipent les ventes futures. Dès lors, l'APS part de meilleures prévisions, ce qui permet une meilleure planification » . Mais tout n'est pas prévisible : une grève dans un port ou une panne sur un camion, par exemple. « Il faut se réorganiser, reconfigurer et replanifier, ajoute Norbert Cohen. C'est ce que proposent les outils de SCEM. » Ils sont adaptés aux événements faiblement prévisibles ou aléatoires. C'est un domaine récent, et l' event management est souvent appliqué à un processus spécifique : les transports, et le suivi du niveau de consommation ou du niveau des stocks. « En France, le SCEM démarre » , estime Si-Mohamed Said, responsable du SCM chez SAP. L' event management chez SAP complète les autres modules de l'offre SCM : planification (APO), transport et entreposage (LES), et mesure des performances (SCPM). Le tout cible la supply chain adaptative, qui adapte en temps réel l'exécution et la planification, selon les aléas et les performances mesurées, puis a posteriori. Si-Mohamed Said note : « Le succès du SCEM viendra des prestataires logistiques, qui, tel Danzas, assurent le transport et l'entreposage pour les entreprises. » De tels prestataires doivent assurer un taux de service indépendant des aléas, ainsi que la traçabilité pour leurs clients. « Les bonnes pratiques dans l' event management restent à définir, avertit Hervé Hillion, vice-président du cabinet d'études Headstrong , au contraire de la planification, qui est balisée. »

Des fonctionnalités diverses

Les acteurs proposant des solutions sont très nombreux. « Le SCEM n'est pas une discipline structurée , poursuit Hervé Hillion. Les fonctionnalités des produits sont diverses. » Les acteurs sont issus du monde de l'ERP (SAP ou J.D. Edwards), de la chaîne logistique (i2 Technologies) ou de l'EAI. Des outils de WMS (Warehouse management system) ­ tels ceux d'EXE Technology ou de Hardis ­ ou de TMS (Transportation management system) ­ comme ceux de DDS ­ sont complétés d'un outil d' event management .Des solutions spécialisées sont apparues, comme celles de Vizional, Team On Line, Forum Trafic, Viewlocity ou Yantra. « On distingue trois niveaux de fonctionnalités » , explique Hervé Hillion. Au premier niveau, on déclenche une alerte quand un seuil est dépassé, « par exemple, si un niveau de stock est trop bas » . Au deuxième niveau, il existe une finesse d'analyse : « Le stock peut être bas, sans qu'il soit urgent d'y remédier si aucune commande n'est en attente sur le produit concerné. » Cela nécessite que l'alerte déclenche un ensemble de traitements et de workflows de vérification annexes. Enfin, dans la dernière étape, il faut pouvoir faire l'historique des événements, afin d'en tirer des enseignements et des statistiques. Ainsi Team On Line estime que « les outils de SCEM permettent de simuler, de valider et de superviser des scénarios basés sur le recueil et l'analyse des événements logistiques (statistiques). Ils donnent accès à une visibilité totale du processus, couplé à un système d'alertes proactif  ». Mais attention : on risque de se trouver face à un problème de volumétrie de données à analyser. « L'arrivée de l'étiquette radiofréquence RFID, en particulier, dope le flot d'informations à trier, relève Hervé Hillion. Les performances sont essentielles. Notre cabinet travaille actuellement sur un projet où le produit retenu est celui de la société Corail, qui, au départ, était utilisé pour de la mesure d'audience sur internet. Il traite d'énormes volumes d'information très rapidement. » Le paramétrage des seuils d'alerte a aussi toute son importance. Trop bas, ils submergeront les opérateurs de messages inutiles. Trop hauts, l'outil de SCEM ne détectera plus rien.

Savoir faire face aux urgences

Pour Francis Portogallo, p-dg de Forum Trafic, « il faut être prévenu des exceptions. Gefco, la filiale logistique de PSA, par exemple, transporte des millions de véhicules, il ne doit recevoir des messages que sur les événements exceptionnels » . Renault, pour sa part, a testé l'outil Forum Trafic en mode ASP sur internet pour du transport d'urgence. Il s'agit d'acheminer des pièces détachées sur les chaînes de montage, afin que celles-ci ne s'arrêtent pas, ce qui est très coûteux. Le choix va de la camionnette Express jusqu'à l'hélicoptère. Forum Trafic a rendu les services attendus. Dans un contexte d'urgence, où l'information doit être rafraîchie au moins toutes les cinq minutes, internet fait toutefois courir un risque d'interruption de service trop important. Le mode ASP convient à des cycles de rafraîchissement plus espacés, plusieurs fois par jour par exemple, lorsqu'on surveille des livraisons plus longues.

La chaîne logistique en boucle fermée

La demande des clients évoluant en permanence, il est nécessaire de s'adapter rapidement. Une approche habituellement baptisée adaptive supply chain et qui, chez i2 Technologies, prend le nom de closed-loop SCM (gestion de la chaîne logistique en boucle fermée), avec un lien plus étroit entre la planification et l'exécution. « C'est l'approche retenue pour notre dernière version 6.0 », explique Pieter Van den Broecke, responsable solution d'i2 Technologies. Cette approche permet à Dell ou à Nokia, clients d'i2, de replanifier toutes les heures leur chaîne logistique et de la resynchroniser dès la détection d'écarts. Pour les entreprises qui utilisent des ERP, i2 intervient en superviseur, assurant l'intégration des données et donnant une visibilité globale. C'est le cas chez Airbus, pour la fabrication des A380, qui passe par la coordination des unités de production en France, en Allemagne et en Angleterre.


Quand l'eai contrôle la logistique

Afin de fiabiliser l'approvisionnement en téléphones mobiles de 280 Espaces SFR, Cegetel SFD, filiale de Cegetel, a retenu une plate-forme EAI d'Axway. Ce hub intelligent réceptionne les fichiers des ventes quotidiennes des boutiques, soit, en tout, 500 Mo de données. « L'EAI contrôle les formats, écarte les doublons de fichiers, explique Nasser Badani, responsable du service informatique chez Cegetel SFD. Auparavant, les fichiers comportaient 20 % d'erreurs. Désormais, les données sont plus fiables. » Les informations sont consolidées au sein d'un infocentre, et le réapprovisionnement des boutiques est calculé en tenant compte des ventes et de l'historique. Les demandes de livraison sont transmises au logisticien, Norbert Dentressangle, également par fichiers. Des tableaux de bord de l'EAI montrent si les ordres de livraison ont bien été reçus et exécutés. Les boutiques sont informées du nombre et de la date d'arrivée des téléphones. Enfin, elles renseignent le back-office des livraisons effectives. En tout, cela représente 2 500 fichiers quotidiens transférés.



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