Pour redresser leurs marges tout en s'adaptant aux besoins d'économie de leurs clients, les grandes sociétés de services informatiques multiplient les implantations dans les pays à faible coût de main-d'oeuvre. D'abord taboue, l'approche offshore est progressivement devenue un avantage concurrentiel à mettre en avant. Les annonces de plans de délocalisation se sont ainsi multipliées tout au long de l'année 2003, avant d'être précisées en fin d'année. Nombre de projets d'implantation offshore ont ainsi été revus à la baisse ou décalés dans le temps, d'autres étant plus rarement confirmés.
Dans la plupart des cas, l'Inde apparaît encore comme la destination privilégiée. Le sous-continent fournit, en effet, une part croissante de la main-d'oeuvre des sociétés de services informatiques. Accenture, par exemple, y créera 5700 emplois au cours des douze prochains mois, estimant pouvoir atteindre un effectif de 10 000 personnes à la fin de l'année. Selon Business Week, IBM Global Services atteindra le même effectif, mais d'ici à 2005. Tandis qu'EDS comptera autour de 3 500 salariés indiens dès cette année.
Destinations : Mexique, Brésil, Argentine, Bulgarie...
Bien sûr, l'Inde est loin d'être la seule destination à bas coûts pour les SSII. Entre ses activités de services applicatifs et de BPO (Business Process Outsourcing), EDS s'est donné pour objectif de compter 14 300 employés nearshore et offshore d'ici à la fin de 2004. Or, une bonne partie des employés de ce programme dit « best shore » seront localisés au Mexique, au Brésil et en Argentine. De même, CSC, qui abrite environ 10 % de son effectif total dans ses centres nearshore et offshore, est implanté aussi bien dans différents pays asiatiques qu'au Canada, en Australie, en Irlande ou en Bulgarie.
En France aussi, les grandes SSII affinent leur politique de « multisourcing » en complétant leurs centres de compétence en région par des implantations offshore. Ainsi Cap Gemini Ernst & Young (CGE&Y) dénombrait 1 500 informaticiens à Bombay à la fin 2003, contre un millier seulement trois mois plus tôt. Le groupe compte, en outre, développer cette année un nouveau site à Bangalore. Une ville investie par Valtech depuis mai 2003, avec déjà une centaine d'employés. Atos Origin bénéficie, lui, de la présence historique d'Origin à Bombay (1 000 personnes) et au Brésil (600 personnes). Plus récemment, Atos Origin s'est implanté en Chine (100 personnes) et en Pologne (100 personnes), alors que la fusion en cours avec SchlumbergerSema devrait encore changer la donne au cours des prochains mois.
Cependant, si le marché français de la sous-traitance offshore décolle actuellement, sa progression ne doit pas faire oublier sa jeunesse. Il représentait à peine 1 % de la sous-traitance possible en offshore en 2002, contre 9,4 % aux Etats-Unis, selon Pierre Audoin Consultants (PAC). Et plu-sieurs freins permettent de douter d'un quelconque rattrapage. D'abord, le « delta » du coût de main-d'oeuvre entre la province et l'Inde demeure très inférieur, par exemple, à celui constaté aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. « Pour la tierce maintenance applicative, la province demeure compétitive par rapport au prix du marché » , illustre Francis Meston, président d'EDS France. Ensuite, sur un marché du travail informatique déjà fortement dégradé, « la vision de l'offshore comme étant potentiellement destructeur d'emplois (...) peut avoir un certain écho auprès des syndicats , explique ainsi Elisabeth de Maulde, de Pierre Audouin Consultants. Limitant ainsi son usage. » Enfin, les réservoirs francophones de main-d'oeuvre informatique off-shore Maroc, Roumanie, etc. étant beaucoup moins importants que leurs équivalents anglophones, la langue demeurera un frein majeur.
Poussé par la pression actuelle sur les prix, le marché français de la sous-traitance offshore migrations, développement d'applications, saisie, tierce maintenance applicative, hébergement, centres d'appel devrait croître rapidement en 2004. Selon Pierre Audoin Consultants, il représentera entre 2,5 et 3 % de la dépense totale en sous-traitance informatique (13 milliards d'euros), soit 300 millions d'euros d'importation brute de services informatiques offshore (hors BPO), contre 100 millions d'euros en 2002. La société de conseil et d'études estime que ce type de sous-traitance équivaudra à 10 000 hommes/an au tarif moyen de l'offshore en 2004.
Un emploi sur dix dans l'industrie informatique américaine devrait être transféré vers des marchés émergents d'ici à la fin de 2004, estimait Gartner Research en juillet dernier. Sur la même période, ce même cabinet d'analystes prévoyait la mutation d'un emploi sur vingt au sein des services informatiques utilisateurs. Mais bien que la pénétration de la sous-traitance offshore soit bien supérieure aux Etats-Unis à celle constatée dans le reste du monde, moins de 5 % des 1 000 plus grandes entreprises américaines profitent pleinement des ressources off-shore entre 40 et 50 % de leur budget informatique à travers une politique de sourcing global, selon Forrester Research.
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