Les indépendants en informatique, comme leurs collègues salariés, souffrent violemment de la crise générale de l'emploi, qui n'épargne pas c'est nouveau les entreprises de services. Le dossier publié dans 01 Informatique le 5 décembre s'en est fait l'écho. Il est cependant prématuré d'annoncer leur disparition tant l'efficacité de ce mode de travail reste attrayante, pour les freelances comme pour les donneurs d'ordres.
« Vivre en solo semble devenu difficile » , résume l'éditorial de 01 Informatique du 5 décembre. Le dossier qui suit décrit une réalité que vivent quotidiennement les informaticiens indépendants, devenus, selon le constat de la journaliste, « une variable d'ajustement » pour les clients finals comme pour les sociétés de services.
Parallèlement, une autre enquête décrit, quelques pages plus loin, les conditions de travail auxquelles sont soumis les salariés des SSII. Placés en régie, pour la grande majorité d'entre eux, ils deviennent des poids morts lorsqu'ils restent inemployés. Dans une période de crise, aucun patron ne peut en supporter la charge. Et la séparation à l'amiable, dans le meilleur des cas devient la règle. On se demande, au vu de cette juxtaposition des situations, laquelle est préférable ? Tout au plus le Code du travail et les Assedic peuvent-ils atténuer le drame : transactions, préavis et allocations prolongent la survie des ex-salariés, alors que les freelances ne peuvent compter que sur les économies réalisées pendant les bonnes années. Belle différence !
En réalité, la similitude est flagrante. « D'une offre de consultants détenteurs d'un savoir spécifique, nous sommes devenus des intérimaires » , constate Patrick Sauvage, freelance depuis quinze ans. Et d'ajouter : « Idem pour les SSII, qui, de précurseurs technologiques ou méthodologiques, sont devenues de simples agences d'intérim, gérant un portefeuille de clients et de personnel interne ou externe : nous sommes, nous, indépendants, largement sollicités par des cascades de deux à trois (voir plus) intermédiaires. Même les plus grandes en sont là »
Alors, salarié ou indépendant, la belle affaire ! Plus que jamais, le choix du statut dépend de la personnalité de chaque professionnel. Il y a ceux qui choisissent de confier la conduite de leur carrière à des employeurs, quitte à en changer par la force lors des périodes de crise, ou de leur propre gré durant les périodes fastes. Et ceux qui préfèrent sélectionner leurs clients, choisir leurs secteurs d'activité et investir dans un avenir qu'ils se tracent quitte à souffrir pendant les années de vaches maigres.
De même, parmi les donneurs d'ordres, il y a ceux qui sous-traitent leurs chantiers à des cabinets ou à des sociétés de services, rassurés qu'ils sont par la « solidité financière » ou la « réputation » de structures ayant pignon sur rue ; et d'autres qui font confiance à la personnalité de leur prestataire, appréciant la qualité et la compétence de celui qui va intervenir intuitu personae. En période creuse, la solution est toujours, bien sûr, d'utiliser d'abord le personnel interne, quelle que soit sa compétence, si l'alternative est de le licencier.
Les crises se succèdent. Rappelons-nous le début des années 90. Les périodes fastes aussi, au cours desquelles, d'après les statistiques fournies par l'Unasa, une fédération d'associations agréées, le revenu net moyen des informaticiens indépendants atteignait presque 50 000 euros par an. Qu'on le sache, le nombre de freelances n'a pas diminué durant ces quinze dernières années.
« Vivre en solo semble devenu difficile » , certes. Mais vivre en subordonné aussi. Passer d'un statut à un autre est-il un moyen de résoudre le problème ?
Nous ne le croyons pas, tant les deux profils sont différents. Si l'adoption du statut d'indépendant est un projet en soi, accompagné d'une sérieuse réflexion sur son « excellence » personnelle, comme le dit Joël Guillon, cité dans le dossier, alors cette nouvelle vie peut s'avérer une réussite, malgré les aléas du moment. Il reste des niches où le succès est possible.
Mais choisir cette voie pour retourner au plus vite dans l'autre paraît suicidaire. Les freelances de notre connaissance, qui se voient proposer des embauches, sont, paradoxalement, ceux qui manifestent le plus les qualités d'autonomie et de dynamisme professionnel propres à l'indépendant accompli. Les responsabilités qui leur sont confiées sont « du deuxième type » , comme les décrit Charles Handy dans son ouvrage Le Temps des paradoxes : « Exploiter les opportunités qui ne sont pas de sa définition de poste »...
Se transformer en indépendant pour courir après une embauche s'apparente à un cercle vicieux improbable. A contrario, développer un projet d'autonomie pour s'affranchir des risques d'un salariat compromis présage un avenir plus réussi, sinon plus confortable. Cela requiert en ce moment non seulement un sérieux optimisme, mais aussi et surtout une forte préparation.
En ce sens, le reste du dossier publié dans le numéro du 5 décembre donne de bonnes pistes. Mais il faut en oublier le titre...
(*) Et rédacteur en chef de la CyberGazette www.freelance-europe.com
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