Le débat sur le rôle des collectivités locales dans le paysage français des télécoms fait rage. Beaucoup se posent la question, souvent en termes technologiques, laissant, par fausse pudeur, de côté le vrai débat : rien ne pourra être fait pour réduire la fracture numérique dans l'Hexagone sans financement public. Ensuite seulement, et les opérateurs en conviennent, il sera temps de s'interroger sur les technologies - fibre optique, DSL, satellite... - à mettre en oeuvre localement. Le problème ne se pose pas uniquement dans les zones rurales. « Même dans les zones très denses, nous enregistrons de très fortes demandes de haut débit. Une demande parfois symbolique, voire sociétale » , explique Jean-Pierre Témime, directeur marketing entreprises de France Télécom. L'opérateur historique, qui s'engage à couvrir 90 % de la population en ADSL d'ici à 2005, reconnaît, lui aussi, que le véritable levier reste le financement public.
Attirer des entreprises sur leur territoire
Aujourd'hui, pour améliorer sa couverture haut débit, France Télécom mène une dizaine d'expérimentations dans de petites villes comme La Cavalerie (Aveyron), Neulise (Loire), ou encore Moustiers (Alpes-de-Haute-Provence), en collaboration avec l'opérateur satellite Satlynx. Au total, l'opérateur estime qu'il comptera de 15 000 à 20 000 sites (villes ou entreprises) connectés en satellite couplé à Wi-Fi d'ici à 2007. Seulement, il faut trouver les fonds. Ces expérimentations sont actuellement à la charge de l'opérateur, qui estime l'investissement nécessaire à 30 000 euros pour trente à cinquante clients. Autant dire que ces expérimentations grandeur nature ne risquent pas de se multiplier.
Les fonds manquent également dans la commune de Crouy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne), qui a fait appel à l'intégrateur et fournisseur de services Prezzzence pour lui installer du haut débit par satellite couplé à Wi-Fi. « Notre budget communal annuel est compris entre 450 000 et 600 000 euros. Il nous manque 150 000 euros » , reconnaît Michel Fouchault, le maire de cette commune quelque peu oubliée des hommes, qui espère qu'une entreprise sera tentée de venir s'y installer. Dans ce registre, certaines communes souhaitent déployer du haut débit pour éviter que les entreprises déjà en place déménagent. « Les entreprises ne choisissent pas de partir, car un déménagement s'avère très lourd. En revanche, il est évident qu'une entreprise cherchant à s'installer prend bien soin de regarder ce qui est mis à sa disposition » , explique Jean-Marc Guillemain, directeur général adjoint d'Altitude Télécom.
Avant de se lancer, les collectivités doivent surtout bien définir les besoins de leurs administrés - particuliers ou entreprises. « Il faut absolument placer les utilisateurs au coeur des préoccupations avant de se lancer » , confirme Jean-Marc Guillemain. Selon lui, les besoins des entreprises en haut débit ne concernent pas internet, mais plutôt - à 70 % - l'interconnexion de sites. Pour bien définir et exprimer leurs besoins, les collectivités locales recourent donc à des cabinets de conseil, qui les accompagnent dans la rédaction et la lecture des appels d'offres.
Mais attention : l'implication forte de fonds publics ne doit pas mener à faire tout et n'importe quoi. Ainsi, nombre d'opérateurs ont-ils préféré ne pas répondre à l'appel d'offres de Pau, qui souhaitait mettre en oeuvre - et l'a fait de sa propre initiative - un réseau en fibre optique permettant aux entreprises comme aux particuliers de se connecter à 100 Mbit/s pour le prix de l'ADSL. « On nous rebat les oreilles avec les réalisations suédoises ou italiennes, comme Fastweb. Mais, au-delà de l'attrait évident sur le papier, il faut regarder où en sont ces réseaux » , martèle Jean-Marc Guillemain. En effet, si l'opérateur italien Fastweb a été mis sous les feux de la rampe il y a deux ans, c'est qu'il était l'un des tout premiers à déployer et à commercialiser un réseau FTTH (Fiber To The Home) auprès des entreprises et des particuliers de Milan et de Turin. Aucun doute : la solution, poussée par des industriels en retard dans l'ADSL comme Cisco, fonctionne à merveille. Même si, dans le cas de Pau, ce n'est finalement pas la technologie de Cisco qui a été retenue par Sagem, délégataire du service.
La fibre : un véritable gouffre financier ?
Mais une telle solution coûte cher. Et sa rentabilité n'est pas assurée. « La fibre allant jusqu'au poste de travail dans un déploiement à grande échelle se révèle un véritable gouffre financier, et n'est certainement pas rentable » , affirme Jean-Pierre Témime, rejoint dans cet avis par les autres opérateurs. Pour illustrer ce qui s'apparente à une faillite du FTTH, il suffit d'ailleurs d'observer à la loupe les derniers déploiements réalisés par Fastweb en Italie. En effet, l'opérateur s'est désormais entièrement tourné vers des déploiements d'ADSL, bien moins coûteux. Si la fibre était un moyen d'accès bon marché, cela se saurait. Pourtant, Serge Bergamelli, directeur du département équipement numérique des territoires à la Caisse des dépôts, estime que « le projet de Pau est un défi. Il repose sur la croyance forte des élus locaux, selon laquelle les usages vont exploser grâce au très haut débit. De fait, nous pouvons d'ores et déjà noter un certain nombre de retombées locales : implantations d'entreprises, choix, par la SNCF, de la ligne TGV pour expérimenter son service Wi-Fi, baisse du coût de l'offre ADSL de France Télécom, etc. C'est aussi grâce à des expériences comme celle de Pau que les choses avanceront. A ce titre, elles méritent donc d'être observées et soutenues. »
La collectivité doit bien connaître ses besoins
Un avis que tempèrent les tenants du satellite. « S'il existe un endroit où la fibre optique foisonne, c'est bien le long des autoroutes. Et pourtant, les stations-service comme Total ont choisi le satellite pour s'équiper... » , note Hervé Sorre, en charge du marketing de Satlynx. L'importance de bien comprendre ses propres besoins est donc primordiale pour une collectivité, car l'investissement qu'elle sera amenée à engager dans un réseau ne signifiera pas pour elle un retour sur investissement direct. C'est bien d'une question d'aménagement du territoire qu'il s'agit ici. Les collectivités doivent être dans leur rôle. Un peu comme lorsqu'elles décident de construire un rond-point sur la commune. Un bon moyen d'investir sans bourse délier reste la commande de services. Ainsi la communauté d'agglomération Bayonne-Anglet-Biarritz a-t-elle confié sur deux ans ses services télécoms à LD Com, finançant l'accélération du dégroupage. « Pour investir dans les collectivités locales, la véritable clé de la pénétration de la région reste l'accès aux grands clients que sont les universités, les hôpitaux et les différents bâtiments publics. Ce sont les seuls secteurs où les commandes de débits s'étendent de 155 Mbit/s à 1 Gbit/s » , explique Eric Fleurisson, directeur des collectivités locales chez LD Com.
Territoires et sociétés de l'information en France
Ce livre, publié par l'Institut national des télécommunications, fait le tour de France des initiatives prises par les collectivités locales en matière de réduction de la fracture numérique.
Siteswww.telecom.gouv.fr/ regional/reg_collec.htm
Informations sur la réglementation et les collectivités locales en matière de télécoms
Ce site capitalise les connaissances sur internet pour le développement de l'internet local et citoyen.
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