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Services web Une thérapie de choc pour l'hôpital
Face à des budgets réduits, le CHU de Grenoble et les Hôpitaux de Lyon ont bâti avec succès un système d'information efficace. Les délais ont été réduits grâce à l'innovation dans le management des projets et à l'usage des technologies web.

Ludovic Arbelet , 01 DSI (n° 4), le 12/12/2003 à 00h00

« Un réseau de diabétologues est venu me voir il y a quelques jours. Ils voulaient bâtir un formulaire électronique de description de prise en charge pour leur spécialité. N'ayant pas réussi à débloquer les crédits nécessaires pour réaliser leur projet, ils se sont adressés à moi en désespoir de cause, en quelque sorte. Le surlendemain, j'ai appelé le chef de service concerné pour l'inviter à se connecter à notre plate-forme de test sur internet. Il y a découvert le brouillon du formulaire souhaité, qu'il a pu évaluer ».

Jouant la carte d'une forte réactivité par rapport aux demandes des professionnels de santé, Philippe Castets récolte aujourd'hui les fruits d'une démarche amorcée en 1998. Pour cet homme, à la fois DSI des Hôpitaux de Lyon et directeur du système d'information et de l'organisation du CHU de Grenoble, de tels projets ont désormais tendance à se multiplier. « Il y a dix ans, avec nos méthodes de travail, nous aurions probablement consacré cinquante jours à réaliser la maquette destinée aux diabétologues. Le peu de ressources nécessaires aujourd'hui me permet d'être très serein à leur égard. Et de leur indiquer que si le résultat n'est pas conforme à leurs attentes, ou s'ils veulent procéder à des modifications, ce n'est pas un problème. Ils pourront, par la suite, adapter cette maquette comme bon leur semblera » , se réjouit-il. Au coeur de cette démarche, Philippe Castets n'a de cesse d'extraire la quintessence de l'innovation. Une innovation tant technologique, en recourant aux services web, que managériale. Ses équipes sont en effet considérées désormais comme un laboratoire de recherche et développement animé par des informaticiens hospitaliers. La coopération entre les services informatiques et les utilisateurs est également considérée comme fondamentale. Ainsi, à Lyon, les informaticiens et les professionnels de santé travaillent ensemble dans un centre de développement, appelé atelier Gulper. Grâce à cela, un médecin peut récupérer un nouveau formulaire quelques heures seulement après avoir indiqué les informations et la présentation qu'il désirait intégrer dans ses fiches de description de pathologies.

Gérer les projets en flux tendu

La première des innovations réside dans la gestion des projets elle-même, forgée autour du concept de développement en flux tendu. Exit, donc, les méthodes lourdes et classiques, telle Merise. La DSI s'est donné pour objectif de fournir des « délivrables » ­ c'est-à-dire une nouvelle pièce applicative du système d'information ­ tous les trois mois et demi. Un objectif tenu dans l'ensemble, mais qui peut donner lieu à des revirements. Car la rapidité d'adaptation joue aussi son rôle quand les projets s'orientent vers des mauvaises voies. Auquel cas, certains sont abandonnés. « Mieux vaut tuer un projet au bout de trois mois qu'au bout de trois ans » , martèle Philippe Castets. Ce qui est déjà arrivé. « Lorsque nous avons travaillé sur la gestion des rendez-vous, nous nous sommes aperçus que le projet s'annonçait mal parce que nous avions mélangé deux types d'utilisateurs : ceux ayant une problématique multi-agenda, comme les secrétaires, et ceux gérant un seul acteur, mais avec une multitude de contraintes, tel le personnel du plateau technique. Celui-ci est, en effet, censé réserver les salles, le matériel, etc. Nous avons alors décidé de casser le projet en nous focalisant sur le développement pour répondre à la première problématique, et en achetant une solution du marché pour satisfaire à la seconde. »

Capitaliser sur les produits applicatifs jetables

Philippe Castets a également inventé la notion de produit applicatif jetable. « Si un jeune interne nous demande de bâtir un formulaire pour effectuer une étude sur cinquante patients, il vient à notre atelier et réalise son dossier avec un informaticien.

Et s'il ne l'utilise plus par la suite, cela n'a aucune importance. De toute façon, l'outil réalisé sera versé dans une bibliothèque de produits informatiques communautaires. Et, dans quelques mois, peut- être un médecin réutilisera-t-il cet outil pour construire autre chose » , ajoute-t-il. Résultat : la bibliothèque de formulaires est riche de cinquante fiches de spécialités, telles que celles relatives à la cancérologie ou à la périnatalité. Une belle performance, les relations entre informaticiens et professionnels de santé étant parfois conflictuelles. « C'est partout pareil. Mais, ici, cela relève plutôt du passé » , estime le DSI, qui inscrit néanmoins ces méthodes de travail dans un cadre qu'il a lui-même défini. « Il faut que les utilisateurs restent maîtres du jeu, sans toutefois leur laisser le soin d'utiliser n'importe quel outil. Au CHU de Grenoble, nous n'acceptons plus la création de dossiers " locaux ", non intégrés, qui contribuent à " disséminer " les informations sur le patient » , précise-t-il.

Les bénéfices d'une forte culture informatique

Fort du succès rencontré dans ses centres hospitaliers, il s'est vu proposer de mettre en place des réseaux de soins dans la région Rhône-Alpes. Une mission qu'on lui a attribuée il y a deux ans, et qui s'est trouvée facilitée depuis par sa nouvelle responsabilité de DSI des hôpitaux de Lyon. Laquelle s'ajoute à celle du CHU de Grenoble. Alors que les utilisateurs lui demandaient des outils, le DSI a refusé d'en fournir tant que ces réseaux ne seraient pas structurés en communautés professionnelles. Ce n'est qu'une fois les besoins, les objectifs et les moyens définis qu'il a choisi l'outillage. Un outillage bâti notamment sur l'idée que les réseaux de spécialistes ont besoin de s'échanger de l'information structurée.

Concrètement, cela a débouché sur la création de Gulper, un générateur de formulaires, c'est-à-dire de feuilles électroniques détaillant un type de prise en charge. Pour pouvoir échanger cette information structurée entre des spécialités ne travaillant pas entre elles, le choix de XML s'est rapidement imposé. De sorte que Gulper est comparable au nouvel outil de création de formulaires XML Infopath, de Microsoft. L'accès à ces fiches XML s'effectue par l'intermédiaire de PEPS, la plate-forme d'échange entre les professionnels de santé (à ce propos, consulter notre infographie page 62). Une plate-forme développée par la SSII Cosmosbay, et reposant en partie sur l'architecture.Net. Ainsi, un hôpital prenant en charge un patient dans le cadre du réseau de soins peut être mis au courant du traitement en cours dans la mesure où il est dispose d'une habilitation. Pour que cette communication entre utilisateurs s'effectue de bout en bout par l'intermédiaire de messages XML, la DSI a choisi de s'appuyer sur les technologies de services web en transportant les messages au travers du protocole Soap (Simple Object Access Protocol), utilisé désormais au sein de l'architecture de PEPS. « Une évolution technologique tout à fait naturelle pour nous » , affirme avec sérénité Daniel Roudier, directeur technique du CHU de Grenoble. « Car nous avons une culture informatique très forte dans notre CHU » , ajoute-t-il.

En 1975, le centre hospitalier fut en effet parmi les premiers de France à créer une équipe d'informaticiens hospitaliers chargés de développer le dossier médical en réseau. Autre innovation : en 1998, il décide d'abandonner l'architecture client-serveur, un choix s'inscrivant plutôt à contre-courant des autres centres hospitaliers hexagonaux. A la même époque, le nouvel hôpital Georges-Pompidou de Paris décidait de bâtir son système d'information sur une architecture client-serveur. La raison de ce choix ? « Nous avons compris très tôt que le client-serveur supposait des coûts de gestion élevés. Nous avons alors fait le pari de migrer vers les technologies web » , argumente Daniel Roudier. Un pari risqué, mais réussi.

Dans le cadre du projet d'établissement qui s'étale de 1999 à 2004, la direction de l'hôpital a, par ailleurs, laissé de côté la solution d'un PGI santé fourni par SAP pour retenir celle d'une unité de soins en technologie web, baptisée Cristal Net, dont le développement est piloté par l'équipe de Philippe Castets, en l'absence d'offre satisfaisante sur le marché. A un an du terme de ce projet, le périmètre a été largement dépassé. Les déploiements sont en cours pour certains modules délicats et achevés pour les autres. Une réussite d'autant plus remarquable qu'elle s'inscrit dans un cadre de maîtrise budgétaire. Là encore, l'équipe informatique a dû innover. Pour répondre aux contraintes financières, le DSI s'est tourné vers le développement coopératif avec d'autres centres hospitaliers. Un travail facilité par l'approche modulaire de Cristal Net. Ainsi, l'Assistance publique de Paris a participé au développement d'une des briques de Cristal Net, concernant le serveur de résultats entre les unités de soins et les laboratoires de radiologie. Et les hôpitaux psychiatriques de Bourgogne et d'Aquitaine ont mis leur savoir-faire au service du dossier psychiatrie.

Dans l'ensemble, l'édifice permet de mieux gérer le temps. Ce n'est qu'une première étape. Pour le DSI, « l'enjeu d'un centre hospitalier est de se comporter comme une entreprise industrielle. Dans le cas contraire, l'hôpital public serait en danger. Cela revient à dire que nous ne sommes pas là pour nous occuper de la feuille de paie, mais pour savoir exactement ce qui se fait au niveau du patient ­ tant en termes de prescription ou d'administration que d'actes. Ce qui suppose un système d'information centré sur lui. » Et aussi de poursuivre le travail d'innovation pour optimiser les processus. Dans les cartons attend un projet de management des ressources intelligentes économiques, baptisé Marie. Son objet ? Analyser les processus pour identifier les tâches cause de surcoûts. Pour gérer la considérable masse de données qui circule dans un CHU, Marie emploie les technologies de dataware-house et de datamining. A la clé, une chasse aux coûts inutiles afin de mieux soigner le patient.

En résumé

Comment développer le système d'information médical dans un secteur marqué par les limitations budgétaires ? C'est le défi relevé par les centres hospitaliers de Grenoble et de Lyon. La recette ? Un mode d'organisation très réactif, qui s'appuie sur des projets développés et déployés en quelques mois. L'autre facteur de succès repose sur le travail collaboratif entre informaticiens et professionnels de santé, où chacun trouve sa place. Cette formule gagnante tire enfin bénéfice d'une forte culture informatique pour exploiter au mieux les innovations technologiques, telles que le langage XML et les technologies web.


CHU de Grenoble

Activité : centre hospitalier universitaire.

Directeur général : Jean-Pierre Bastard.

Budget 2002 : 400,46 millions d'euros.

Effectif : un personnel médical composé de 1 595 personnes et un personnel non médical composé de plus de 5800 personnes.

Chiffres : environ 100 000 hospitalisations complètes en 2002 ; plus de 2 100 lits d'hospitalisation complète, répartis dans les services de médecine, chirurgie, gynécologie obstétrique, psychiatrie, gériatrie et de maison de retraite.

Site internet : www.chu-grenoble.fr


Deux scénarios d'échange de l'information

Les échanges entre le CHU de Grenoble et les autres professionnels de santé au travers de la PEPS (plate-forme d'échange entre professionnels de santé) se font en utilisant exclusivement les technologies de services web. Deux scénarios sont prévus.

Scénario 1 : l'hôpital, la clinique ou le laboratoire dispose déjà de services applicatifs sous forme de services web, il n'y a pas de déploiement à réaliser. Le système d'information publie ou récupère des données médicales via la PEPS sans logiciel client supplémentaire.

Scénario 2 : la grande majorité des professionnels de santé ne disposant pas de services applicatifs sous la forme de services web, plusieurs solutions techniques sont disponibles. Pour l'utilisateur, cela revient à télécharger une application qui servira de base pour récupérer et publier des données médicales. L'usage de cette application peut se faire en mode connecté ou déconnecté à internet. Une interface de programmation d'applications permet aux logiciels tiers d'exposer leurs services applicatifs en services web.


« Une réponse satisfaisante au besoin vital de partage de l'information »

« Mon métier, qui consiste essentiellement à soigner les cancers du poumon, suppose de recourir à de multiples hospitalisations et de travailler avec de nombreux partenaires. C'est pourquoi la gestion des documents s'avère une composante importante. Les outils informatiques dont je dispose apportent une meilleure qualité de soins, une sécurité supplémentaire et même une productivité accrue dans un contexte de restrictions budgétaires. Par exemple, avec le dossier médical informatique, toute personne habilitée peut accéder aux informations cliniques du malade. De même, il est possible de consulter en ligne les résultats biologiques. Ainsi, je peux aujourd'hui savoir l'heure à laquelle une prise de sang a été prescrite, a été effectuée, a été envoyée au laboratoire, et quand le laboratoire a délivré les résultats ; et même qui a consulté ces résultats. Ce système, en cours de déploiement, facilite le travail d'équipe. »



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