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[ L'ÉVÉNEMENT ]
Les nouveaux enjeux du recyclage
La réglementation européenne invite les constructeurs à recycler leurs consommables. La plupart ont devancé l'appel. En parallèle, de nouveaux acteurs investissent le créneau du reconditionnement avec des prix défiant toute concurrence.

Hakim Remili , Décision Distribution (n° 572), le 18/12/2003 à 07h00

Il y a un an, la Commission européenne adoptait une directive réglementant le recyclage des déchets d'équipements électriques et électroniques. Date limite imposée aux législations nationales pour s'adapter à cette nouvelle réglementation : 2006. Échéance qui passe quasiment inaperçue chez la plupart des entreprises. Sauf pour les fabricants d'imprimantes.

Car le principal enjeu de cette législation est là : donner un nouveau cadre légal à une ressource économique importante pour eux. Rappelons que les grands noms de l'impression réalisent leur marge uniquement avec les consommables. Et la perspective de voir modifier les règles du jeu n'est pas faite pour leur plaire. Ils peuvent toutefois être rassurés. Non seulement la directive européenne a légiféré dans un sens qui leur est plutôt favorable dans la mesure où elle considère le consommable comme déchet industriel uniquement avec l'imprimante, c'est-à-dire une infime part du marché des cartouches. Mais en plus, la législation française ne semble pas vouloir aller plus loin.

Le recyclage a un coût

Comment expliquer alors le zèle des constructeurs d'imprimantes ? Ils sont, en effet, unanimes à vouloir respecter l'environnement. Les cartouches, notamment celles des jets d'encre, sont beaucoup plus polluantes que les imprimantes elles-mêmes, et ils ont pris des mesures pour les recycler. En France, ils ont fondé une société commerciale, Conibi (Consortium industriel bureautique informatique), à qui ils ont confié cette tâche. Raison avancée de cette ardeur apparente à défendre l'environnement : la mondialisation. « Si la législation française n'est pas contraignante, elle l'est, en revanche, aux États-Unis et au Japon », répond Emmanuel Deneuvillle, DG de Konica Minolta Printing Solutions en France. « Et pourrait bien l'être en Allemagne, de sensibilité écologique beaucoup plus marquée que la France », ajoute un porte-parole de HP imagerie et impression.

Et pourtant, le recyclage a un coût. « Pas loin de 4 euros la cartouche pour sa collecte et 6 euros pour son reconditionnement », révèle Emmanuel Deneuville. Conibi confirme : « Nous agissons sur demande des clients, explique Françoise Thierry, directrice des relations extérieures, et retournons les consommables démontés et dépollués aux fabricants pour 80 % d'entre eux, les 20 % restants étant brûlés à leurs frais. »

De surcroît, il intéresse de nombreuses entreprises qui prospèrent en collectant, puis en reconditionnant les cartouches usagées, pour les revendre ensuite à des tarifs inférieurs à ceux des fabricants d'imprimantes. Concurrence déloyale ? Ce n'est pas le mot employé par les géants de l'impression, mais ils regrettent « que des sociétés profitent de cette économie sans avoir de R&D, alors que le business model des grands constructeurs est de vendre les imprimantes à bas prix et les consommables à prix élevés pour financer leur R&D », selon Didier Gillion, directeur des ventes consommables chez Lexmark France.

Faire jouer la concurrence

D'autant que certaines entreprises sont très bien organisées. Certes, les grands constructeurs pointent du doigt les faiblesses de ces drôles de concurrents. « Les clients ne font pas toujours des affaires avec ce genre de sociétés qui jouent sur un prix facial sans donner d'indication sur la contenance », accuse Didier Gillion. Mais il reconnaît aussi que « ces concurrents s'industrialisent et font de bons produits » .

Mieux, ces « reconditionneurs » ou fabricants de « compatibles » - la terminologie évolue selon les interlocuteurs - sont parfois des entreprises à la pointe des problématiques environnementales. Une cinquantaine d'entre elles est membre de la Fédérec, Fédération de la récupération du recyclage et de la valorisation, une organisation qui défend depuis 1944 ces problématiques et aide ses adhérents à se professionnaliser.

L'une d'entre elles, Emape, située près de Chartres, explique : « La motivation des constructeurs n'est pas écologique. Leurs processus de recyclage sont défaillants dans certains de leurs aspects, notamment quand les cartouches d'encre, désignées par la réglementation européenne comme déchets industriels spéciaux, sont brûlées : elles dégagent des gaz qu'on ne maîtrise pas, selon Bernard Hagard, gérant d'Emape. Et quand la solution n'est pas trouvée en Europe compte tenu des différentes réglementations en vigueur ou à venir, ils les envoient en Chine. » Emape, certifié ISO 14001, commercialise 8 000 cartouches compatibles par mois. « Le marché va continuer de pousser au recyclage, mais les constructeurs freinent avec des dispositifs antirecyclage », accuse-t-il.

Les « puces intelligentes » équipent de plus en plus les imprimantes

Allusion aux « puces intelligentes » qui équipent de plus en plus les imprimantes. Certaines n'empêchent pas l'utilisation de cartouches compatibles, c'est le cas des machines estampillées HP. D'autres si, telles celles de Lexmark. « Nos principaux concurrents sont les autres grands constructeurs, et nous devons avoir des produits plus attractifs, notamment grâce à des machines plus intelligentes, destinées à mieux gérer l'impression... et non à lutter contre le remanufacturing », répond Didier Gillion de Lexmark, agacé d'entendre dire que ces puces ont été conçues spécialement contre cette concurrence particulière. Ce débat montre à quel point le reconditionnement est une question sensible, les constructeurs ne voulant pas perdre d'argent sur le recyclage. « Cela coûte aussi cher que la fabrication », précise Emmanuel Deneuville, et les spécialistes des compatibles voulant continuer à vivre de cette activité, sur fond de questions environnementales qui deviennent un véritable enjeu économique. Car si pour l'instant les clients ne s'y intéressent guère, cela pourrait vite changer. « Les appels d'offre en Europe du Nord intègrent de plus en plus des exigences écologiques », remarque Didier Gillion. La valorisation des entreprises va aussi prendre en compte les efforts en matière d'environnement réalisés par les grands comptes, et les cartouches d'encre sont parmi les produits les mieux identifiés comme polluants. Les revendeurs, totalement écartés du circuit (les procédures de recyclage sont très lourdes et très onéreuses), pourraient bien servir de prescripteurs et être intéressés à la revente des compatibles, assurée pour l'essentiel en direct aujourd'hui.


La croissance des déchets de consommables bureautiques
Ces chiffres regroupent toutes sortes de déchets, y compris les ordures ménagères et ne livrent donc qu'une vision parcellaire de la croissance (en valeur) du recyclage des cartouches. Conibi affirme avoir recyclé 2 millions de cartouches en 2002.

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