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Ces applications métiers qui ont besoin du GPRS Jean-Pierre Blettner

Ces applications métiers qui ont besoin du GPRS
Lent et peu fiable, le GPRS ? Aucune importance. En l'état, il permet aux entreprises d'informer leurs clients en temps réel ou de gagner en productivité. Les applications montent en puissance dans le transport, la maintenance et le bureau mobile.

Jean-Pierre Blettner , 01 Réseaux (n° 134), le 01/12/2003 à 00h00

Le GPRS fait lentement son chemin, malgré ses manques. Cette solution de transport de données a été greffée aux antennes GSM des opérateurs de mobiles. Elle souffre, depuis, d'un débit poussif et d'une disponibilité aléatoire. Pourtant, de plus en plus d'entreprises investissent dans des applications mobiles exploitant ce standard. Cercle Vert, transporteur dans le domaine alimentaire pour les collectivités, situé à Beaumont-sur-Oise (95), a équipé quarante de ses camions de terminaux GPRS durcis, des Netpad de Psion Teklogix, afin d'optimiser ses tournées en région parisienne. Depuis janvier 2003, « le service clients s'en trouve largement amélioré » , constate Emmanuel Lejeune, chef de projet pour Cercle Vert.

Geodis, spécialiste du fret express sur la France, la Belgique et le Luxembourg, déploie actuellement trois mille terminaux Intermec 700 sous Pocket PC auprès de ses chauffeurs, dans le cadre d'un projet de 5 millions d'euros. La moitié des terminaux sont opérationnels. Le reste sera au point pour la fin de l'année, et les chauffeurs seront formés. Ces derniers photographieront, grâce au terminal, le bon de livraison signé par le destinataire, afin de le transmettre au siège de Geodis. « Ce service sera ouvert début 2004 afin de renseigner nos clients sur l'avancement de la livraison de leur colis, via notre site web », précise Jean-Pierre Juteau, directeur des opérations chez Geodis.

TDF (Télédiffusion de France) valide le coût d'usage de PDA ­ des iPAQ 3950, de HP, avec jaquette GPRS ­ sur le réseau d'Orange, et leur appropriation par les équipes techniques. Trente techniciens remplissent leurs comptes rendus d'intervention depuis les sites, et les transmettent dans la foulée. Objectif : généraliser cette application, en 2004, auprès des huit cents personnes chargées de la maintenance des trente-cinq mille points de diffusion TV, radio et GSM. Ces équipes assurent dix mille interventions par mois pour mille sept cents clients. Ils devraient recevoir leurs bons de travail directement sur le terrain, ainsi que les informations nécessaires à l'intervention, et l'historique du site. TDF entend ainsi optimiser son service clients. Autre expérimentation en cours, où la réactivité est essentielle : la transmission des données médicales de personnes qui font une crise cardiaque. Le SAMU du Vaucluse (84) teste cette application dans deux de ses véhicules, via un terminal spécialisé, le MobiMed de la société Ortivus, sur le GPRS d'Orange. Enfin, reste le bureau mobile. La banque Rothschild, par exemple, a doté quarante de ses cadres de terminaux BlackBerry afin qu'ils consultent leurs e-mails et leur agenda, où qu'ils soient en Europe, via les réseaux de SFR ou de Vodafone, et aux États-Unis. « Cette solution est plus souple que des Palm avec accès GPRS, que nous mettons également en oeuvre », relève Philippe Guillemard, responsable réseau de la banque Rothschild.

Les applications GPRS fleurissent en Europe. En Grande-Bretagne, le transporteur Prima Distribution exploite le GPRS de Vodafone pour suivre en temps réel ses soixante camions de livraison. « C'est moins coûteux que le GPS », se réjouit Ray Halford, directeur de Prima Distribution. En Hollande, la banque Rabobank (8 millions de clients et 1 600 agences) a ouvert des services sur les réseaux GPRS de Vodafone et de KPN. « Trois mille clients uniques se connectent chaque semaine via l'i-mode de KPN pour connaître les cours de la Bourse », affirme Roel Van Veggel, chargé de la communication de Rabobank. Pour les employés de la banque, des accès mobiles à Outlook ont été ouverts. « Quatre cents employés sont enregistrés sur ce service », poursuit-il.

Malgré cette effervescence, le GPRS demeure un pis-aller. Première faiblesse : le débit. Lors du salon Telecom World 2003, sur le stand d'Orange, on admettait que le GPRS de l'opérateur avait un débit de 10 kbit/s en France « par manque de canaux sur les antennes », au contraire de la Suisse, où plusieurs canaux sont libres, car le nombre d'abonnés est faible. Un aveu qui mettait d'autant plus en valeur les 128 kbit/s de la transmission qu'Orange présentait sur un terminal 3G de Nokia.

Des faiblesses réelles, mais pas essentielles

Seconde faiblesse : « L'absence de qualité de service, prévient Nigel Deighton, analyste au GartnerGroup. Le premier arrivé est bien servi, tant pis pour le dernier. » Willem de Jager, responsable du m-commerce de Rabobank, renchérit : « Aux heures de pointe, il est difficile d'obtenir quatre canaux de communication, ce sera plus probablement un seul canal. Les opérateurs privilégient la voix, qui génère l'essentiel de leurs revenus. » Pour l'anecdote : en août, Orange a modifié les adresses IP d'une plate-forme GPRS sans prévenir. Les communications du SAMU 84 furent brutalement interrompues, et il a fallu des jours aux équipes sur le terrain pour trouver l'origine de la panne et remettre l'opération sur les rails.

Dans le détail, la situation est plus contrastée. Le cabinet Tera Consultants a testé le réseau SFR, cet été. Sa conclusion : « Le débit est d'environ 32 kbit/s, ce qui convient à du transfert de fichiers. Le temps de réponse est, en revanche, six fois plus lent que sur du téléphone filaire, et un paquet sur deux est perdu, ce qui handicape fortement la navigation sur internet. » Willem de Jager constate aussi que « les terminaux GPRS de première génération ont un débit de 14,4 kbit/s. La différence avec le GSM data à 9,6 kbit/s est si faible que les gens ne font pas la différence » . Mais la connexion prend « quarante-cinq secondes avec le GSM, alors que le GPRS est toujours connecté, d'où l'impression de meilleures performances » . De plus, en août dernier, Rabobank a reçu des terminaux GPRS de dernière génération, capables de recevoir des données sur quatre intervalles de temps, soit un débit théorique de 57,6 kbit/s. « L'application paraît deux ou trois fois plus rapide », se réjouit Willem de Jager.

Cercle Vert a choisi Bouygues Telecom, il y a un an, à l'issue d'une maquette chez les trois opérateurs français. « Le débit était de 25 à 30 kbit/s », se souvient Emmanuel Lejeune. « Nous avons retenu Bouygues Telecom, déclare Jean-Pierre Juteau. Ses antennes GSM sont plus disponibles, car il a moins d'abonnés que SFR ou Orange »  ; mais il évalue le débit efficace du réseau à environ 10 kbit/s, « ce qui importe peu, reprend-il, la photo du bon de livraison (soit 20 Ko) étant transférée de façon asynchrone, sans bloquer la tournée du chauffeur » . Si le réseau n'est pas présent, la transmission s'effectue automatiquement, une fois le camion sorti des zones blanches. Cercle Vert comme TDF l'ont vérifié. « Le fichier de quelques kilo-octets issu du Netpad est transféré en FTP vers notre serveur », décrit Emmanuel Lejeune.

Une réponse immédiate n'est pas obligatoire

De même, chez TDF, les données de terrain sont transférées dans un fichier en mode asynchrone. Et que la communication dure deux ou trois minutes ne gêne en rien. « La facturation s'effectue au kilo-octet », rappelle Jean-Pierre Juteau. On n'est pas face au client, avec l'obligation de lui donner une réponse immédiate, comme pour un devis. En revanche, le mode toujours connecté n'a pas été retenu : « Afin d'économiser les batteries des terminaux, le chauffeur se connecte pour transférer les informations », précise Pascal Le Boennec, responsable réseau chez Geodis. Bâtir une application métier mobile nécessite souvent le recours à un intégrateur spécialisé et à un middleware de synchronisation. Pour Cercle Vert, Infologic a développé la synchronisation des Netpad (sous Epoc) avec l'informatique centrale, ainsi que l'optimisation des tournées, basée sur un système d'information géographique. Rabobank, lui, a retenu le middleware de Fenestrae. Chez TDF, Webtiss a intégré le middleware MobiLink, d'iAnywhere, et développé l'application de l'iPAQ en C++ autour de la base de données UltraLite du même iAnywhere. Chez Geodis, il n'y a pas de base de données embarquée sur les terminaux. La photo noir et blanc du bordereau signé est transférée avec le protocole HTTP. Le terminal n'est pas toujours un coûteux PDA. Telemarket, le supermarché en ligne, a équipé ses vingt chauffeurs de simples téléphones GPRS Sagem à quelques dizaines d'euros afin de valider chaque livraison. Le centre d'appels renseigne ainsi le client sur la position du chauffeur. « Nous utilisons la triangulation fournie par Orange. Webtiss fournit un service en ligne, afin de repérer la zone où se trouve le livreur », indique Phong Luong, directeur informatique de Telemarket. Seul bémol : les premiers téléphones MY3052 étaient bogués et ont dû être changés. Et « Orange nous a conseillé de ne pas les synchroniser simultanément au départ des chauffeurs, poursuit Phong Luong, pour que le trafic passe sur l'antenne près de nos entrepôts ».

À quoi ressemblera le futur ? Rabobank en donne une idée. Il lance ce mois-ci un pilote pour trois cents gestionnaires de comptes en agence. Chacun disposera d'un PC portable muni d'un modem combiné GPRS-Wi-Fi, fourni par Vodafone ou KPN, afin d'accéder à l'application CRM de la banque lorsqu'il se déplace chez un client. « Ils pourront se connecter via les points d'accès Wi-Fi des entreprises visitées », avance Willem de Jager. Fin 2003, un test de bureau mobile démarrera avec des modems 3G de KPN. Et le MMS ? « Les services de Vodafone et de KPN datent de moins d'un an, note Willem de Jager, nous utiliserons le MMS, mais c'est encore trop tôt. »

Ils ont dit...
Emmanuel Lejeune (Cercle Vert) : « Le service clients est largement amélioré. »

Le chauffeur transmet l'heure de chaque livraison et possède un trajet optimisé, calculé au préalable et téléchargé dans son terminal. Dès lors, on sait entre quels points il se trouve. Quand un client appelle, nous pouvons lui indiquer l'heure probable d'arrivée. Les données transmises par les Netpad permettent d'affiner l'optimisation des tournées. Ce terminal durci à écran tactile lit les codes-barres, d'où un minimum de manipulations. Le GPRS s'est imposé pour son mode de facturation et des temps de transfert corrects, vu les quelques kilo-octets de données à chaque transmission.

Nicole Blettery et Antoine Maillote (TDF) : « Le retour sur investissement est lié à l'amélioration du service clients. »

Nos clients veulent savoir quand le technicien est parti, quand il va arriver, et quelle va être la durée de l'intervention. Cela est sécurisant. Ces informations peuvent être transmises automatiquement depuis le PDA vers notre centre de contacts, et nos clients sont tenus informés en temps réel, sans perte d'information. De plus, cela remplace les coûteux huit à treize appels téléphoniques, selon la nature de l'opération, que le technicien doit passer pour prévenir les personnes concernées. Nous avons choisi des iPAQ plutôt que des terminaux durcis, car ils sont deux fois moins chers.



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