
L'utilisation de logiciels dont le code est ouvert et public permet-il réellement de réduire ses coûts ? De nombreuses entreprises l'affirment, et vont même jusqu'à évoquer des économies représentant plus de la moitié de l'investissement prévu pour l'acquisition d'une solution propriétaire. Tout particulièrement lorsque les déploiements concernent des infrastructures web, la sécurité ou les postes de travail.
C'est le cas par exemple du conseil général du Tarn-et-Garonne, qui a décidé en 2001 de se doter d'une messagerie. Consulté à ce propos, l'opérateur France Télécom propose alors d'externaliser cette infrastructure de messagerie pour un coût de 2 300 euros ht par mois, ligne spécialisée à 256 kbit/s incluse. Une proposition jugée trop onéreuse par le conseil général, qui décide alors de se doter de sa propre infrastructure web. « Nous n'avions pas les moyens de nous offrir Microsoft Exchange pour 450 postes en environnement Windows NT. Pour pallier cela, nous avons adopté les distributions Linux Red Hat et Debian, la messagerie Postfix et Cirrus, le serveur web Apache, le serveur proxy Squid ainsi que le coupe-feu Netfilter », poursuit Olivier Molina. Toute une panoplie de logiciels libres et gratuits, auxquels il a fallu néanmoins adjoindre des serveurs matériels de type x86 pour 9 000 euros ht et des prestations d'intégration et de maintenance auprès de la SSII Aliacom pour 15 000 euros ht.
À titre de comparaison, Microsoft facture à environ 56 euros l'accès à sa messagerie Exchange, ce qui représente environ 11 300 euros uniquement pour 200 accès simultanés, hors matériel et services. Avec une ligne spécialisée à 1,5 Mbit/s, la note grimpe de 1 000 euros ht par mois. « Au final, nous avons calculé un retour sur investissement en vingt-neuf mois, par rapport à ce que nous aurions payé avec France Télécom », conclut Olivier Molina. Seul l'antivirus édité par Trend reste une solution propriétaire, facturée 4 796 euros ht pour 150 boîtes à lettres.
Les économies réalisées s'avèrent reproductibles
Au chapitre des bénéfices indirects de cette solution open source, le conseil général relève un transfert des compétences de la SSII Aliacom, spécialisée dans le logiciel libre, vers une équipe de 20 informaticiens en interne. « Du coup, nous avons reproduit le déploiement de cette infrastructure, pour 200 postes au centre universitaire du Tarn-et-Garonne. Le coût est presque nul, de l'ordre de 2 300 euros ht uniquement pour l'achat du matériel », souligne Olivier Molina. Les économies réalisées durant le premier déploiement en ont donc suscité de nouvelles.
À l'instar des architectures web, l'installation de logiciels libres sur le poste de travail s'avère tout aussi rentable. C'est pourquoi la clinique Pasteur de Toulouse a choisi en 2001 de s'équiper de 150 PC Aliadesk à prix réduits. Destinés aux unités de soins, ces postes de travail sont dotés de la suite bureautique libre Open Office, mais aussi du client léger open source VNC (Virtual Network Computer), afin d'accéder en mode client léger aux applications AS/400. Bilan ? « L'installation de 19 serveurs sur environnement Linux, de 150 postes de travail et des terminaux légers VNC nous a coûté entre 15 000 et 20 000 euros ht, formation et déploiement compris. Selon nos simulations, le coût des licences en environnement Microsoft Windows aurait déjà été supérieur à celui des 150 postes », affirme Olivier Bendries, chargé du déploiement.
Plus étonnant, même dans le cas où seul un système d'exploitation libre est utilisé avec des plates-formes logicielles propriétaires, les économies sont également importantes. En particulier parce que le choix des matériels est beaucoup plus ouvert. De fait, le Groupe Argus, une PME de 100 personnes, décide en 2002 de se doter d'une architecture fortement transactionnelle afin de délivrer des cotations en ligne à ses clients concessionnaires.
À cette fin, l'entreprise choisit le SGBD Oracle9i RAC, installé en grappe avec l'environnement Linux. « Nous l'utilisons comme un système d'exploitation capable de gérer des grappes de serveurs sur du matériel x86. De ce fait, nos deux serveurs HP ProLiant quadriprocesseurs nous ont coûté 200 000 euros ht, soit une économie de 50 000 euros par rapport à leurs équivalents Risc de Sun, par exemple », commente Laurent Menard, directeur informatique du Groupe Argus. Ce qui constitue au final une économie de 10 % pour un projet global évalué à 500 000 euros ht (et qui comprend également un réseau de stockage SAN et des équilibreurs de charge LVS, chargés de répartir les requêtes).
Les progiciels libres sont un choix d'architecture
Si l'utilisation de logiciels libres dans les couches basses du système d'information est indéniablement rentable, cette tendance ne se vérifie pas, pour l'instant, avec les progiciels de gestion ou métier. Ces derniers exigent en effet des développements spécifiques ou l'acquisition de compétences en interne les rendant aussi onéreux au final que leurs équivalents propriétaires.
L'entreprise Samse - un groupe indépendant de distribution (chaîne de magasins La Boîte à outils), ayant adopté Linux et des logiciels libres au niveau des infrastructures (coupe-feu, annuaire) - s'est également engagée dans le développement d'un progiciel libre adapté à ses besoins. « Stock Navigator et Bravo Logistique sont des applications métier commandées à la société Telamon, dont le développement et l'implantation auront coûté environ 150 000 euros ht, reconnaît Frédéric Dufau-Joël, directeur informatique de Samse. Linux a représenté pour nous un choix d'architecture plutôt qu'une perspective d'économies. »
De son côté, le fabricant de maillots de bains Coramy a implanté le progiciel libre de gestion de production et des ventes ERP5 en trois ans, pour un coût total d'environ 152 000 euros ht, contre 400 000 euros ht initialement prévus pour son équivalent propriétaire. Un résultat impressionnant, qui ouvre la voie aux offres progicielles libres, prêtes à l'emploi et moins coûteuses.
Recruter un chef de projet compétent en matière de logiciels libres. Et ce, afin de définir un cahier des charges précis et d'assurer la maîtrise d'oeuvre.
Architecture transactionnelleLorsque les plates-formes logicielles réclament des matériels puissants, choisir Linux plutôt qu'Unix permet d'exploiter des serveurs x86, plus abordables que les plates-formes Risc.
Postes de travailRéaliser des économies d'échelle sur les postes de travail avec Linux. Stable, cet OS permet d'intégrer par exemple un client léger (VNC), une messagerie et une suite bureautique à moindres frais (à partir de 200 euros ht par poste).
SécuritéChoisir des logiciels de sécurité libres. Les solutions de coupe-feu (Netfilter), de serveur proxy (Squid), d'annuaire (OpenLDAP) ou d'infrastructure (SGBD) sont éprouvées et stables.
Infrastructure webFavoriser le paquetage Lamp (Linux Apache MySQL et PHP), aujourd'hui très utilisé afin de mettre en place des intranets, par exemple. Il sert de socle à des solutions de plus haut niveau telles que la gestion de contenus (Ovidentia, Interligo, SPIP...), et peut être facilement personnalisé.
PGIEncore peu nombreux, ils imposent des développements spécifiques coûteux. Ne s'engager dans un projet d'implantation de PGI libre (ERP5, Aria, Compierre, Fisterra...) qu'à la condition de pouvoir mobiliser des experts en interne.
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