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Les infogérants supplantent les prestataires spécialisés
La déroute des SSP (Storage service providers) a été totale. Seuls les gros infogérants ont su mettre sur pied des services de stockage-sauvegarde crédibles dans le cadre de leurs prestations d'infogérance globale et évolutive.

Jean-Claude Streicher , 01 Réseaux (n° 132), le 01/12/2003 à 14h30
Un centre de données d'IBM Global Services. En France, le centre de pilotage est distinct du centre d'hébergement

Aucun opérateur dédié aux services de stockage ne paraît avoir survécu. Aux États-Unis, StorageNetworks, valorisé jusqu'à 14 milliards de dollars, a sombré en juillet sans trouver de repreneur. Sanrise a jeté l'éponge, à peine un an après avoir levé 130 millions de dollars. StorageWay a été absorbé par Cable & Wireless, mais en pure perte semble-t-il. Et le français Storage Telecom a disparu sans laisser d'adresse... La nouvelle économie s'est-elle jamais trompée aussi lourdement ?

« Les SSP se voulaient une réponse à l'explosion des messageries collaboratives, dont l'espace disque occupé croissait de 40 à 50 % par an. Mais, depuis, les entreprises ont su se discipliner et limiter la taille de leurs boîtes aux lettres » , analyse Hervé Douvillé, responsable marketing des services d'infogérance de HP Services.

Autre faille : les SSP privilégiaient trop l'environnement Wintel, sans valeur ajoutée ; et n'ont pas su séduire les particuliers et les TPE. « J'ai levé le pied, n'ayant pas les moyens de faire du porte-à-porte » , reconnaît Jean-Paul Roncier, le fondateur de SOS Cube, qui s'est recentré sur les grosses PME. Les opérateurs télécoms ont-ils pris le relais ? Aux États-Unis, AT&T affiche plus de 100 de croissance sur ses solutions de continuité de service, assurées dans ses centres d'hébergement internet, en combinant son hyperviseur de réseaux iGems et les technologies SAN et NAS d'EMC.

L'infogérant, plus qu'un simple loueur d'espace

Au printemps dernier, BT lançait une offre BT Data Storage, en partenariat avec EMC et Dell... « Je pense que les opérateurs télécoms vont s'y mettre dans les six mois, pronostique Philippe Jeandel, responsable technique de Brocade, mais il faut avoir les reins solides, car les investissements en matériel, formation et marketing sont élevés, sans compter l'obstacle de la crédibilité. »

C'est sans doute pour cette raison que PSINet vient de se retirer du stockage externalisé (un service qu'il avait tenté de lancer il y a un an pour rentabiliser sa bande passante) ; et que Cegetel, Colt, Completel, France Télécom et Siris (groupe LDCom) ne proposent, en France, que des services de transport adaptés au stockage.

Les grands gagnants de ce marché émergeant sont finalement les intégrateurs et les infogérants informatiques. Pour des raisons simples si les entreprises ont un souci pour leurs données stratégiques, cela ne concerne pas seulement l'espace disque. Le plus souvent, elles peinent à rationaliser et à simplifier la gestion de leurs données.

Mais difficile de séparer les serveurs du stockage, une opération qui doit donc être déléguée dans le cadre d'une infogérance globale. « Pour le stockage-sauvegarde, nous ne démarchons que nos clients, explique Charles Mula, directeur de l'European Delivery Center de Steria. Nos prestations sont forcément sur mesure.  » Même discours chez HP Services, qui gère quelque 6 000 To dans près de deux cents centres informatiques : « Nous sommes beaucoup plus qu'un loueur d'espace disque, précise Hervé Douvillé. Nos services de stockage sont fournis dans le cadre de notre gestion d'infrastructures et de nos contrats d' outsourcing ,et n'en débordent pas. Nous prenons en charge des problématiques globales. Par exemple la gestion d'infrastructures SAP complètes, dont leur partie données. Nous pourrions prendre uniquement la partie données (exploitation disque), mais nous n'aurions jamais les meilleurs prix là-dessus. »

Même constat de non-dichotomie chez Euriware. « Depuis le 11 septembre, il y a sans doute un marché pour de l'espace de stockage dédié au secours distant. Mais le cas le plus fréquent est de confier à un tiers tout ou partie des données sensibles, dont les bases de données, dans le cadre d'un contrat d'infogérance globale ou de TMA » , explique Franck Berenguer, ingénieur d'affaires chez Euriware. Premier intérêt l'infogérance débute le plus souvent par une rationalisation.

Après analyse de l'existant, HP Services propose ainsi une architecture de consolidation des données sur quelques sous-systèmes centralisés. Il est en effet plus facile, donc moins coûteux, de gérer 1 To sur deux sous-systèmes de disques que sur vingt disques dispersés. La sauvegarde devient aussi plus simple, et ne perturbe plus la production. En outre, l'externalisation sera facilitée et pourra aller jusqu'à la reprise du personnel et du matériel.

Migrer vers un SAN ou vers un NAS ?

En environnement mainframe IBM-Unix-Wintel, HP favorisera ses propres gammes de systèmes StorageWorks, préférant transférer les données originellement hébergées sur les systèmes de son rival EMC vers les baies qu'il commercialise.

Faut-il migrer vers les architectures de type SAN ? IBM Global Services le propose quasi systématiquement. « Le SAN optimise l'usage du stockage et l'accès des serveurs à ces ressources. Il facilite la consolidation des serveurs par la facilité d'allocation des espaces disques » , estime Daniel Kohen, consultant hébergement chez IGS. Sa préconisation de solutions de type NAS est rare, et concerne « les environnements où les performances des accès sont moins stratégiques, serveurs de fichiers ou d'archivage par exemple » .

Charles Mula présente un point de vue complémentaire « Migrer sur notre SAN est souvent le résultat d'une évolution de la disponibilité des services exigée par nos clients. Et migrer vers le NAS correspond au cas où le client prévoit une augmentation significative du taux d'utilisation des données partagées entre serveurs ; en particulier, dans des environnements web deux tiers ou trois tiers, quand est prévu un accroissement important du nombre de serveurs composant les fermes. Partager des données entre serveurs sur un SAN nécessite des mécanismes de clustering complexes à exploiter. Le NAS facilite ce partage, et garantit la flexibilité et la capacité d'évolution de l'architecture technique. »

Les coûts d'exploitation diminueront également grâce à la mutualisation, entre plusieurs clients, des baies de disques, des robots de sauvegarde, des outils de supervision et d'administration, des liens télécoms et des experts de support. « La granularité de la mutualisation peut aller très loin chez nous » , souligne Charles Mula. Mais la réalité du marché veut qu'elle soit moins poussée sur le stockage primaire (disques) que sur le stockage secondaire (bandes).

De la centaine de clients français de Steria, 40 % se partagent ainsi des baies de disques ; mais plus de 60, la robotique de sauvegarde. Daniel Kohen ajoute « L'espace de stockage sur un SAN peut être mutualisé entre plusieurs clients, lorsque ceux-ci n'ont pas de demande spécifique, ni d'infrastructure existante à réemployer. » Cela permet le stockage à la demande, facturé au gigaoctet consommé, option qu'ont déjà retenue 15 des clients d'IGS ­un pourcentage en progression, selon Daniel Kohen, qui précise « Dans notre centre de données situé à Montpellier, nous gérons aujourd'hui un SAN mutualisé d'environ 550 ports fibre channel et de 11 To de données sur disques » .

Quant aux clients non mutualisés, Daniel Kohen estime la taille moyenne de chaque SAN entre 30 et 60 ports (en comptabilisant les ports d'accès aux serveurs et aux ressources disques et bandes), pour un volume de 2 To de données. Autre infogérant assurant également à ses clients des prestations spécifiquement orientées vers le stockage, EDS avec Centralized Backup et Intelligent Storage Services.

EDS propose aussi une mutualisation et un télé-pilotage comme IBM. Il peut délivrer des services de stockage sur une infrastructure SAN et NAS d'origine EMC, adossée à une administration basée sur AutoIS. Mais il faut surtout noter que pour ses centres d'hébergement, EDS a sélectionné un ensemble impressionnant d'outils logiciels d'automatisation avancée dans le but de délivrer une informatique à la demande (ceux de Ejasent, Digital Fairway, Computer Associates, OpsWare et du défunt Storage Networks).

Plusieurs approches possibles

Côté matériel, IGS affectionne les grandes baies de type ESS de sa maison mère, plus faciles à maintenir et à faire évoluer que plusieurs baies plus petites, qui se montrent pourtant moins chères en investissements. Elles offrent, de plus, des fonctionnalités intéressantes : multiplate-formes (tous Unix, Windows, mainframes ), copies rapides avec ou sans duplication des données, copies à distance, etc.

EDS est également adepte des grandes baies. Steria, en revanche, afin de disposer du système le plus simple à exploiter, privilégie deux systèmes de baies. L'un est dédié aux mainframes (MVS, VM) et l'autre aux environnements de milieu de gamme (Unix, NT), avec miroir sur un site distant. Plusieurs approches sont donc possibles, même si les SLA (Service level agreements) tendent à se rapprocher.

Charles Mula , directeur de l'European Delivery Center de Steria, à Sophia-Antipolis :

L'infogérance du stockage et de la sauvegarde ne peut être une activité en soi. Nous ne la proposons qu'aux entreprises qui sont déjà nos clientes, et toujours sur mesure.


L'architecture des services de données sécurisés de Steria

Steria raccorde ses clients franciliens (80 % de ses clients en France) à ses espaces disques parisiens (hébergés par Telehouse) au moyen de liens fibre channel et IP, via France Télécom et Completel. De là, les données sont répliquées sur les disques EMC de son centre européen de Sophia-Antipolis, où se trouvent aussi des robots de sauvegarde StorageTek avec les virtualisateurs. À cet effet, la SSII dispose d'un lien ATM à 34 Mbit/s et d'un lien à 45 Mbit/s sur le réseau EBN (European backbone network) de France Télécom. La capacité de stockage actuelle est de deux fois 16 To. Le délai de rétablissement du service est de deux à quatre heures.


Interconnecter des SAN distants avec Cegetel

Avec IxSAN, son offre d'interconnexion de SAN, Cegetel vise deux marchés. D'abord, le mirroring instantané, pour les grandes entreprises. Le débit assuré va alors jusqu'à 80 Gbit/s, avec un temps de latence de 5 µs, y compris pour les acquittements. Ensuite, la réplication de données, pour les entreprises de taille moyenne. Le trafic interSAN peut alors emprunter la même fibre que le trafic LAN-to-LAN et la voix intersites. « Nous garantissons l'interopérabilité DWDM de notre offre avec toutes les interfaces SAN du client, sans jamais imposer de protocole ou de format. C'est une offre autonome que les intégrateurs peuvent nous acheter » , souligne Pierre-Antoine Thiébaut, responsable marketing de l'offre données aux entreprises de Cegetel.



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