Comme prévu, Telecom World 2003 n'a pas renoué avec les fastes d'antan. Une surface d'exposition divisée par deux, un quart d'exposants en moins, le pari était difficile à relever. « Si l'environnement des salons évolue durablement, il faudra bien revoir le mode d'organisation de la manifestation » , reconnaît José Saraiva Mendes, président (non-exécutif) du conseil d'administration de l'Union internationale des télécommunications (UIT), l'organisateur de la manifestation. Un contexte dans lequel il n'est pas certain que la prochaine édition, prévue en 2006, se déroule une nouvelle fois à Genève. En attendant, la centaine de milliers de visiteurs de l'exposition n'a pas perdu son temps. Retour sur les temps forts d'une semaine bien remplie.
Quand le marketing s'invite en Suisse
Visiblement soucieux d'occuper le terrain, Microsoft et Vodafone ont profité de l'événement pour annoncer un projet commun de portage des services web (y compris le protocole XML) sur terminaux cellulaires. Une annonce accueillie avec d'autant plus de scepticisme que Bill Gates, le fondateur de Microsoft, indiquait dans la foulée que ce partenariat était ouvert aux concurrents de Vodafone ainsi qu'à l'ensemble des éditeurs de logiciels. Scepticisme également au sujet de l'annonce conjointe de HP et d'Alcatel à destination des PME, les observateurs ayant surtout retenu l'occasion ainsi donnée à Serge Tchuruk, p-dg d'Alcatel, de s'afficher en compagnie de Carly Fiorina, p-dg de HP.
La ritournelle des absents
« L'absence a des torts que rien ne défend » , chantait-on dans les années 80. Une ritournelle à méditer pour tous ceux qui se voulaient la fine fleur des télécoms (Alcatel, Ericsson, France Télécom, Motorola, Nokia et Siemens), et qui avaient choisi, cette année, d'économiser quelques millions d'euros en n'exposant pas à Genève. En espérant pour eux que cette attitude ne leur fera pas perdre, à terme, de plus gros contrats... Du coup, ce sont les exposants les plus visibles comme les équipementiers asiatiques qui en profitent. De même, le dynamisme de l'Espagne ou le volontarisme de plusieurs jeunes pousses tricolores ne sont pas passés inaperçus.
Le cercle des opérateurs disparus
Massivement représentés il y a quatre ans, les opérateurs alternatifs internationaux ont déserté la manifestation cette année. Hormis Korea Telecom, Telecom Italia, Telefónica, ou NTT DoCoMo, les grands noms du secteur se sont faits très discrets. Seul BT disposait d'un emplacement spécifique pour recevoir ses grands clients, tandis que Sprint, hébergé sur le stand de Cisco, cherche à se réinventer une stratégie internationale. Une tendance qui tend à confirmer que le marché des services fixes est avant tout un marché domestique.
Le prix du port DSL sous pression
Un opérateur français, ébahi par les stands des constructeurs asiatiques, confie que les fournisseurs de DSLam occidentaux demandent « 70 euros par port, alors que Huawei affiche un prix de 35 euros » . Confidence pour confidence, un interlocuteur lui conseille de se diriger vers le stand du coréen Corecess, et de jeter un oeil sur ses DSLam tout IP, que LDCom teste actuellement en France.
3G : les équipementiers en ordre de bataille
Bien que les équipementiers japonais et européens aient un quasi-monopole sur les infrastructures W-CDMA en cours de déploiement, Huawei et Samsung disposent également de solutions complètes pour opérateurs. À son commutateur basé sur une architecture softswitch , Huawei ajoute une gamme de stations de base conformes à la dernière version du W-CDMA.
Quant à Samsung, l'étendue de son savoir-faire en matière de coeur de réseau passe aussi par des circuits W-CDMA de dernière génération.
Pour un internet plus sûr
« L'internet n'est pas suffisant pour gérer des hauts débits en toute sécurité. » C'est ainsi que Pradeep Sindhu, le fondateur de Juniper, résume l'initiative infranet pour un nouvel internet, plus sûr et plus rapide, grâce à l'adoption d'une infrastructure IP-MPLS. Tous les grands acteurs du secteur, y compris Cisco, sont invités à se joindre à cette réflexion. Lucent ainsi que des opérateurs comme BT ou Telenor comptent y participer activement. Il y a fort à parier qu'Ericsson et Siemens, tous deux revendeurs Juniper, vont leur emboîter le pas.
Incertitudes autour de l'avenir des hot spots
Parmi les enjeux technologiques sous-jacents, le positionnement respectif (ou télescopage prévisible) des hot spots et de l'UMTS. « C'est vrai, le créneau est un peu risqué » , reconnaît Frédéric Gastaldo, p-dg d'Eurospot, principal opérateur de hot spots en Europe, pour qui leur décollage sera concomitant avec la banalisation du Wi-Fi embarqué dans les PC portables et avec le développement des réseaux locaux sans fil en entreprise. « Avec l'arrivée de la troisième génération, la fenêtre d'opportunité des hot spots est beaucoup plus réduite qu'on ne le pense » , rétorque Irwin Jacobs, le fondateur de Qualcomm, un spécialiste reconnu des réseaux cellulaires.
Le WiMax sur les terres de la BLR
« Au-delà des hot spots, la nouvelle évolution du Wi-Fi, c'est le WiMax. De la même manière que le Wi-Fi rassemblait les fabricants de produits répondant à la norme 802.11b, le WiMax regroupe les sociétés intéressées par le 802.16 » , note Margaret Labrecque, présidente de l'association WiMax. Le 802.16 est pour l'instant une version « longue portée » du Wi-Fi, version qui pourrait supporter la voix sur IP et partiellement concurrencer la 3G. « Nous examinons la cohérence entre les différents standards Hyperman et 802.16 de l'IEEE dans la bande 2-11 GHz » , indique Rudy Leser, vice-président d'Alvarion, un spécialiste israélien du sans-fil.
De la BLR aux accès radio
Malgré les déboires de la BLR, la radio point à point n'est pas morte, et son avenir ne passe pas nécessairement par le WiMax. Certains se risquent ainsi à « jouer perso » ,tel Harris avec sa technologie numérique « universelle » TruePoint à destination des entreprises et des opérateurs, fixes et mobiles. À l'opposé, SR Telecom fait la promotion de Swing, un réseau radio de téléphonie publique point-multipoint à la norme Dect.
Le triple play à l'heure des partenariats
Les services voix-données-images entrent dans leur phase commerciale avec une double préoccupation : baisser le coût à la prise et trouver la martingale de services qui fera exploser le revenu par abonné (Arpu). Les industriels n'hésitent donc pas à former des partenariats associant matériels et logiciels dans des solutions IP intégrées, valables aussi bien pour le DSL, les réseaux câblés et le Metro Ethernet. Avec l'italien FastWeb, l'une des expériences les plus abouties en ce domaine, dans le rôle d'évangélisateur du triple play.
Faut-il considérer l'absence totale des constructeurs et opérateurs allemands comme un miroir de la récession économique qui frappe leur pays ? La relative discrétion des constructeurs français, en dépit de la qualité de sa trentaine d'exposants, est-elle le reflet des incertitudes économiques qui affectent l'Hexagone ? A contrario, la présence remarquée de ZTE et Huawei, deux équipementiers chinois particulièrement en vue, montre bien l'agressivité commerciale, également visible dans d'autres secteurs économiques, de l'empire du Milieu. La forte représentation coréenne témoigne du dynamisme d'une politique industrielle qui a fait du déploiement du haut débit, fixe et mobile, un des piliers de la croissance. Certains représentants de la vieille Europe faisaient toutefois de la résistance active : le pavillon espagnol, bien agencé, dense et très visible, était à l'image du pays : entreprenant et audacieux ; quant à l'Italie, essentiellement représentée par ses deux champions nationaux, Telecom Italia et Italtel, elle faisait également bonne figure.
Malgré les absences remarquées d'Alcatel et de France Télécom, l'Hexagone a fait relativement bonne figure grâce à son tissu de PME. La Bretagne et les Pays de la Loire en ont ainsi dépêché une vingtaine, dont Highwave, LEA et Oxance ; et la Côte d'Azur, six, parmi lesquelles Avisto, SpacEyes et Wificom. Ces dernières étaient flanquées d'Orange et de Sagem, les seuls grands à avoir fait le déplacement. Plus loin, on trouvait Gemplus et Oberthur (cartes SIM), Atos Origin (infogérance) et Wavecom (modules sans fil). Quant à nos trois starlettes de l'IP (Cirpack, NetCentrex et OneAccess), elles faisaient également bonne figure, avec des contacts jusqu'à trois fois plus fructueux qu'espéré, surtout en Europe de l'Est et au Moyen-Orient.
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