« Avec Java, le réseau est présent au coeur de l'architecture. Son choix s'impose dans un monde connecté » , clamait Scott McNealy en juin 2003 durant JavaOne. Mais Sun pourra-t-il défendre sa vision ? Chiffre d'affaires en baisse, pertes, diminution des ventes de serveurs Risc à l'échelle mondiale de 2 % entre 2002 et 2003 (source Gartner Dataquest)... L'entreprise connaît une crise importante.
« Ces chiffres ne reflètent pas la réalité économique de Sun , tempère Christian Hiller, PDG de Sun France. La modification des normes comptables américaines nous a obligés à des corrections, qui n'ont pas d'incidence sur notre cash-flow réel, qui reste positif » (lire encadré). Le trésor de guerre de Sun - environ 6 milliards de dollars - reste inentamé. Mais Sun souffre.
Ni simple éditeur, ni pur constructeur, l'entreprise se pose en « fournisseur de systèmes » et tient à se différencier de ses concurrents « sociétés de services et constructeurs d'imprimantes » . Cette spécificité coûte cher depuis que l'éclatement de la bulle Internet a fait considérablement chuter le marché (lire encadré).
Mais Sun ne veut pas remettre en cause son système patiemment construit qui repose sur quelques éléments fondamentaux : serveurs à base de processeurs UltraSPARC, environnement Solaris, solutions Java et haut niveau d'intégration entre ceux-ci. « Avec Java Enterprise System [ex-projet Orion, NDLR] , nous proposons une issue aux entreprises empêtrées dans les problèmes d'intégration de leur middleware, et obligées de recourir à des sociétés tierces pour s'en sortir. JES est un modèle de standardisation des architectures, qui exploite une pile banalisée d'applications Java. Nous assurons tout le travail d'intégration. La pile apporte une plus grande facilité d'installation, une seule description de l'environnement d'entreprise est nécessaire pour configurer l'ensemble des composants et les mises à jour sont réalisées aussi en une fois » , explique Christian Hiller.
Java progresse en entreprise, mais pas Sun
Avec sa distribution Linux Java Desk-top System, Sun essaie même d'étendre le modèle aux postes clients. Avec JES, l'inventeur de Java tente de rattraper le retard pris sur les éditeurs d'infrastructures Java. « Depuis un an et demi, les entreprises réclament une plate-forme complète d'infrastructure qui intègre le serveur d'applications, la modélisation de processus, la formation de services Web, le middleware d'intégration et un atelier de développement » , souligne Pierre-Olivier Chotard, directeur marketing de BEA France. JES est donc en retard.
Par ailleurs, IBM et BEA dominent aujourd'hui le marché des serveurs d'applications J2EE, avec WebSphere et WebLogic. En matière d'ateliers de développement, Borland occupe le haut du pavé. Rave, le projet d'IDE de Sun, deviendra au mieux un outil supplémentaire, aux côtés de Sun ONE Studio (ex-Forte for Java) et de NetBeans.
Du côté des applications, le panorama n'est guère meilleur. Certes, les centres de prototypage de Sun Networks disposent d'offres verticalisées de back office : Patient One pour le suivi médical, Java Kiosk pour la vente au détail, Egas Station pour les stations-service. Mais les applications de gestion sont absentes du catalogue. Dans ce contexte, Sun génère essentiellement des revenus avec Java, au titre des procédures de certification, facturées entre 200 000 et 300 000 euros pour un serveur d'applications J2EE. Java embarqué est aussi une source de profits, qu'il est toutefois difficile de chiffrer.
Une option s'offre à Sun : profiter de l'engouement que suscite l'exploitation de services Web afin d'accroître les ventes d'architectures à base de composants. « Les services Web vont stimuler le marché des objets métier EJB », promet Christian Hiller. La stratégie est crédible, d'autant que J2EE est aujourd'hui une plate-forme techniquement mûre, qui comporte une vingtaine de composants destinés à fabriquer des applications distribuées et portables : JNDI côté nommage, JTA pour la gestion des transactions, les objets métier EJB, sans oublier la manipulation du langage XML et l'appel d'objets distants (JAXP, JAXR, JAX-RPC). Cette maturité constitue un atout face à Microsoft, dont la plate-forme .NET débute sa carrière. Quant à la vision réticulaire (de composants appelables à distance), elle demeure fidèle à la devise de Sun : l'ordinateur, c'est le réseau (« The network is the computer ») .
Dubitatif à propos de la stratégie Linux adoptée par l'entreprise, Ed Zander, le numéro deux de Sun Microsystems, part en juillet 2002.
Bill Joy, cofondateur de Sun, lui emboîte le pas en septembre 2003. En charge de la recherche fondamentale, il est à l'origine du concept de logiciel libre, des développements autour du langage Java et des Unix BSD et Solaris. « J'ai décidé qu'il était temps pour moi de relever d'autres défis » , s'est-il contenté d'indiquer par voie de communiqué. Plus vraisemblablement, ses centres d'intérêt se sont éloignés de ceux de Sun, dont l'attention est aujourd'hui captée par l'offre de supervision des infrastructures N1. Difficile pour lui, dans ces conditions, de continuer à travailler sur les nano-technologies ou la bio-ingénierie qui lui sont pourtant chères.
Sun révise ses résultats au dernier trimestre 2003, en inscrivant une perte de plus d'un milliard de dollars, au lieu des 12 millions de bénéfices attendus.
Le chiffre d'affaires de l'exercice fiscal 2003 est de nouveau en baisse, à 11,4 milliards de dollars, contre 12,5 milliards en 2002. Le niveau atteint est inférieur aux 11,8 milliards de l'exercice 1999.
La perte annuelle, pour 2003, atteint 3,4 milliards après correction. C'est l'activité système qui souffre le plus, avec 15,6 % de baisse. Le stockage régresse modérément, de 8 %. En revanche, l'activité assistance, qui assure l'essentiel du chiffre d'affaires des services, croît de 12 %. En 2001, Sun, au mieux de sa forme, atteignait 12,4 milliards pour les systèmes, mais seulement 2,19 milliards au titre de l'assistance. En 2003, les systèmes comptent pour 54,6 % du CA de Sun. Pour leur part, les services d'assistance contribuent à hauteur de 24,8 % du CA.
Au total, on peut considérer que Sun tire plus des deux tiers de ses revenus de sa seule activité système.
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