De quels moyens les entreprises disposent-elles réellement pour répondre à une hausse des volumes de stockage sans pour autant grever leur budget ? A quelques jours de l'ouverture à Paris du salon Stockage 2003, nous avons demandé à une dizaine d'analystes de nous éclairer. Il en ressort, à la quasi-unanimité, que la problématique de l'accroissement des besoins de stockage devrait être résolue par l'utilisation d'outils de gestion des ressources de stockage et de gestion du cycle de vie des données. En théorie, en tout cas. Car l'offre, elle, reste immature ou encore incomplète. Quant aux utilisateurs, ils ne voient pas toujours l'intérêt de mettre en place les outils que recouvrent ces stratégies.
Gérer le cycle de vie des données selon leur valeur
Depuis un an, la gestion du cycle de vie des données (ou ILM, pour Information Lifecycle Management) est mise sur le devant de la scène par les principaux acteurs du stockage, au premier rang desquels Storagetek et Legato. Il ne s'agit pas d'un produit, mais d'une stratégie. Son principe : stocker les données sur des supports adaptés à leur valeur, elle-même changeante dans le temps. Pourquoi, en effet, se doter de la Rolls-Royce des baies de disques pour héberger des données non critiques et peu exploitées ? « Cette pratique plutôt courante quand l'argent de la nouvelle économie coulait à flot est devenue inconcevable en période de récession », indique Arun Taneja, du Taneja Group. Et elle sera moins tenable encore avec les futurs besoins de stockage qu'engendreront les réglementations prochainement en vigueur au Etats-Unis. « De plus en plus de secteurs se voient aujourd'hui contraints légalement de conserver en ligne une capacité grandissante de données, poursuit-il. Ces contraintes touchent le secteur financier par le biais de la SEC (Securities and Exchange Commission), celui de la santé avec la loi Hipaa (Health Insurance Portability and Accountability Act), ou encore les industries biotechnologique via le Code des régulations fédérales. Or, la plupart de ces normes d'archivage devront être respectées dès la fin avril 2004. Dans ce contexte, le concept d'ILM devrait rapidement trouver un écho outre-Atlantique. »
Côté produit, l'ILM repose sur deux fondamentaux : le moteur réalisant le transfert des données, et celui opérant l'archivage. Le premier n'est autre qu'un système de hiérarchisation du stockage (HSM) concept qui n'avait pas réussi à percer dans le monde des systèmes ouverts. Sa vocation : faire migrer les données sur les pools de stockage adaptés à leur criticité de manière à les conserver en ligne au moindre coût. Le second concerne les données reléguées dans des coffres ou des juke-boxes parce qu'elles n'ont plus besoin de résider en ligne. A ce stade, les informations ne sont plus vues par les applications. C'est la dernière étape du cycle de vie des données. Mais l'offre du marché reste trop dispersée, voire confuse. Peu d'acteurs fournissent une solution globale. « Chacun apporte généralement sa brique spécifique. C'est surtout le cas des petits éditeurs comme Ixos ou KVS, spécialisés dans la migration des e-mails, ou Princeton Softech et Outerbay, positionnés dans l'archivage des bases de données. C'est la raison pour laquelle de nombreux partenariats devraient se nouer quand cela n'a pas déjà été fait entre les fournisseurs de frameworks et ces jeunes éditeurs », précise Arun Taneja.
Mieux connaître l'utilisation des espaces de stockage
L'efficacité d'une stratégie ILM dépend en grande partie des règles de migration établies. Autrement dit, de la formulation, par l'ensemble des branches métier de l'entreprise, des politiques de rétention des fichiers ou des enregistrements. Or, ces politiques gagneraient en finesse si elles reposaient sur une parfaite connaissance de l'utilisation des espaces de stockage... Connaissance qui manque précisément à la plupart des entreprises. D'où la nécessité, exprimée ici par Dennis Martin, d'Evaluator Group, de « disposer de solutions associant l'ILM et la gestion des ressources de stockage ».
La gestion des ressources de stockage (ou SRM, pour Storage Resources Management) répond, en effet, aux questions de type : « Quels types de fichiers sont exploités par quel service, avec quel taux de consultation, et dans quel espace de stockage ? » En cela, elle ouvre la voie à une réduction des coûts. Toutefois, le SRM a du mal à décoller, car nombre d'entreprises préfèrent encore acheter des disques plutôt que de se lancer dans le « grand ménage » . « Pourtant, constate Bob Zimmerman, du Giga, dès que les utilisateurs le testent, ils l'adoptent. A la décharge des sceptiques, il faut reconnaître que l'offre est pauvre, et qu'il manque une corrélation entre le SRM et la prise d'actions automatisée. » Les logiciels de SRM sont, en effet, souvent limités à des fonctions de reporting. Il reste à les coupler avec des règles de migration, par exemple, ou encore à des fonctions de provisioning. Bref, à toutes les décisions traditionnellement prises par un administrateur. C'est dans un tel contexte que tous les analystes prévoient un rapprochement des outils de SRM avec les logiciels d'administration de SAN.
Nul doute que les logiciels d'administration de SAN (qui englobent la configuration des disques et des commutateurs Fibre Channel) contribuent, eux aussi, à réduire les coûts. Cette fois, ce n'est pas le gain d'espace qui engendre des économies, mais l'automatisation de l'administration. « Les utilisateurs ne regardent que le prix d'acquisition des matériels. S'ils calculaient le coût total, comprenant la gestion du stockage, ils verraient qu'il est quatre fois plus élevé », rappelle Josh Krischer, de Gartner. Et les économies seraient d'autant plus élevées que l'utilisateur utiliserait le même outil pour gérer plusieurs sous-systèmes de marques distinctes. C'est précisément sur cette fibre que les constructeurs jouent pour tenter d'imposer leurs frameworks d'administration.
La gestion des réseaux de stockage hétérogènes à régler
Seulement voilà, « les entreprises ne connaissent pas de véritables besoins en matière d'administration multi-plate-forme. La plupart utilisent différents types de stockage, mais elles ne les ont pas réunis dans le même SAN », explique Steve Duplessis, d'Enterprise Storage Group. Et quand ces besoins se font réellement sentir, « les gros acteurs du stockage s'avèrent en fait incapables de leur garantir une administration véritablement hétérogène, déplore Arun Taneja. La solution pourrait alors venir de start up comme Creekpath, Appiq ou Fujitsu Softek, à l'origine de 90 % des innovations. Mais, de par leur petite taille, personne ne veut leur faire confiance ».
Qu'en est-il des échanges d'API entre constructeurs censés rendre transparent l'accès aux fonctions de gestion de leurs baies de stockage ? « Ils ne relèvent que d'une stratégie marketing visant à mieux vendre leurs logiciels. Ces API sont très peu utilisées. En fait, la véritable hétérogénéité ne viendra qu'avec les spécifications SMI émises par la Snia », prévoit Josh Krischer. Et, sur ce point, tous les analystes sont particulièrement optimistes : les spécifications SMI (Storage Management Initiative) devraient être intégrées dans tous les produits dès l'an prochain. « Pour autant, il faudra attendre 2007 avant que tous les matériels et logiciels installés puissent réellement dialoguer via SMI », relativise Bob Zimmerman.
Migration hiérarchique, archivage, SRM, provisioning, administration de SAN... Ces différents outils gagneraient à interagir les uns avec les autres. D'ici là, pour réduire leurs coûts, les entreprises devront se contenter de certaines de ces briques, qui, séparément, affichent déjà des performances inégales selon les environnements et les systèmes de stockage en présence.
Virtualisation. Le terme est quelque peu passé de mode aujourd'hui. Présentée comme la solution capable d'associer dans une vue logique des espaces de stockage issus des baies de différents constructeurs, la virtualisation symétrique assurée par des serveurs dédiés a finalement remporté peu de succès. « Elle est restée cantonnée aux petits SAN intégrant du stockage primaire », explique Josh Krischer, de Gartner. Depuis un an, elle a évolué. Sur la forme, d'abord, puisque ce sont les commutateurs qui réaliseront désormais les fonctions de virtualisation fournies par les constructeurs ou les éditeurs spécialisés. Sur le fond ensuite. L'accent est moins mis sur l'essence même de la virtualisation c'est-à-dire l'agrégation d'espaces hétérogènes que sur l'une de ses conséquences, à savoir la centralisation des fonctionnalités avancées, traditionnellement effectuées au niveau des baies : réplication, migration, snapshot, interconnexion de réseaux de stockage... Cette approche ne fait pas l'unanimité : « Dans un réseau de stockage composé d'une multitude de commutateurs, cette centralisation deviendra particulièrement complexe, affirme Anders Logren, du Giga. Je n'y vois donc aucun bénéfice réel. D'autant qu'elle va à l'encontre de l'intérêt des constructeurs, puisqu'elle menace leur parc installé. »
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