Fils d'universitaires, Michel Authier avait une carrière d'enseignant-chercheur toute tracée devant lui. « Mauvais élève spécialisé dans la réussite des examens », il suit des études de mathématiques, de sociologie et de philosophie. Deux rencontres décisives le dévieront de ce chemin. Fin des années 70, il se lie d'amitié avec le futur académicien Michel Serres, qui va l'assister dans de nombreuses réflexions. Il doit aussi beaucoup à Anne Gruner Schlumberger, qui le fait pensionnaire de sa fondation Education et culture. Il peut alors librement approfondir ses recherches en sociologie, en histoire des sciences, ou en écriture théâtrale.
En 1991, Edith Cresson confie à Michel Serres une mission sur les rapports entre l'exclusion et la reconnaissance des connaissances. Michel Authier propose son idée des « arbres de connaissances » comme principe organisateur de l' « Université de France » . Alors que la mission ne dure que quatre mois, Michel Authier reste plus de trois ans à la disposition du cabinet des Premiers ministres qui se succèdent.
Une vision globale du potentiel d'une entreprise
Son invention, les arbres de connaissances, « représente l'ensemble des relations qui existent entre les personnes d'une communauté entreprise, école, centre de recherche, quartier, territoire à travers la connaissance. Il faut ici prendre le mot« connaissance » dans tous les sens qu'offre la langue française : savoir, compétence, savoir-faire, savoir-être, et aussi relation entre deux ou plusieurs individus qui, par le fait qu'ils se « connaissent », vont ensemble surmonter les difficultés qu'ils rencontrent. »
La représentation graphique de ces proximités trouve toute sa pertinence dans le monde du travail. « La cartographie des compétences rend plus aisée la vision globale du potentiel d'une entreprise. Elle permet de penser le management des collaborateurs en tenant comptedes équilibres d'ensemble. A l'instar de la cartographie territoriale, qui augmente la lucidité du stratège, la cartographie des compétences d'une entreprise va constituer un outil d'aide à la décision, qui participe de la stratégie poursuivie: mobilisation des équipes, fidélisation des collaborateurs, montée en compétences, anticipation des nouveaux marchés... »
En avril 1992, à la remise du rapport, le cabinet du Premier ministre conseillera de créer une entreprise pour développer un logiciel de cartographie. Michel Serres, Pierre Lévy et Michel Authier fonderont ainsi Trivium, encouragés par la promesse d'un soutien financier qui ne viendra quasiment pas. Devenu gérant, puis PDG et aujourd'hui directeur scientifique, Michel Authier vit l'entreprise comme une aventure intellectuelle. « Les événements surgissent de façon imprévue et contraignante. Mais de ces contraintes peuvent naître l'invention, l'innovation. »
Reste un défi : faire de la société une réussite économique. « La renommée de Trivium dépasse largement son chiffre d'affaires et son effectif. Trivium est toujours perçue comme une société innovante. Revers de la médaille, les clients potentiels estiment prendre un risque à nous rejoindre. » Quel que soit l'avenir de la société, Michel Authier poursuit avec Trivium un idéal de jeunesse, empreint d'humanisme : faciliter l'insertion et l'épanouissement des individus dans leur vie sociale et professionnelle, faire de l'humain non plus une ressource asservie, mais une richesse qui favorise le bien-être de tous.
Société française fondée en 1992 par Michel Authier, Michel Serres et Pierre Lévy, Trivium édite et commercialise le logiciel de gestion du capital humain See-K. Trivium emploie vingt-cinq personnes et compte des clients dans le conseil (Accenture), les SSII (Euriware, Sodifrance), l'industrie (PSA, Total), la banque-assurance (Groupama) ou la fonction publique (EDF-GDF, RATP).
Editeurs de progiciels de gestion intégrés, de knowledge management ou d'e-learning, tous se positionnent depuis quelque temps sur le concept très tendance de la gestion du capital humain. La valorisation des compétences serait la dernière source de productivité, après l'automatisation de la production ou la généralisation de l'informatique. Ce constat, Michel Authier et Trivium l'ont établi il y a déjà plus d'une décennie. « A la différence des théories de Taylor, Ford ou Fayol, qui placent les individus au service des machines, les êtres humains ne sont pas des ressources, mais des richesses qu'il convient d'exploiter. Pas dans le sens d'asservir, mais de générer de la créativité ou de l'innovation. C'est tout le sens du mot capital, une structure de confiance qui accumule des intérêts et les redistribue. Dispersées, les richesses n'ont qu'un effet limité. Rassemblées, elles produisent de la survaleur. »
Formation :
études de mathématiques (topologie algébrique, théorie de graphes, théorie des grandes nombres), de sociologie (analyse institutionnelle, socio-analyse, théorie de la communication), de philosophie (épistémologie, anthropologie des sciences et des techniques).
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Expérience :
Michel Authier a été, entre autres, enseignant (Paris-VIII, la Sorbonne, etc. ), chercheur, chargé de mission auprès du Premier ministre, expert auprès de l'Unesco et de l'OMS, cofondateur de la société Trivium et auteur de nombreux ouvrages dernier en date,
Pays de connaissances
, aux éditions du Rocher.
Michel Authier, directeur scientifique de Trivium : « Ce qui donne de la valeur à une entreprise, ce sont les individus qui la composent. Les dispositifs organisationnels doivent être pensés sous condition qu'ils satisfassent au mieux les collaborateurs. »
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