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[ RFID ]
Les puces espions boycottées par des associations américaines
Le premier symposium EPC, marquant la naissance officielle de l'Electronic Product Code, s'ouvre aux Etats-Unis. Ce projet, qui vise à pister tous les produits marqués par des puces électroniques, inquiète les associations de consommateurs américaines qui appellent au boycott.

Cyril Fievet , 01net., le 15/09/2003 à 19h40

Recenser et traquer tous les produits de grande consommation marqués par une puce électronique. C'est l'objectif des industriels réunis à Chicago le 16 septembre à l'occasion du premier symposium consacré à EPC (Electronic Product Code). Le projet vise à définir les normes et standards qui vont permettre la création d'un vaste réseau, présenté comme « un Internet des objets » . Le Centre Auto-ID, un laboratoire installé au sein du MIT, entend bien faire de l'événement une étape majeure pour la généralisation de ces nouvelles étiquettes électroniques RFID (Radio Frequency Identifiants), capables d'émettre des informations via une antenne miniaturisée.

Mais les associations de consommateurs américaines ne l'entendent pas ainsi, et le symposium risque d'être perturbé par les manifestations des opposants à la technologie.

Appel au boycott des produits Gillette

La polémique autour de RFID a démarré en début d'année. Gillette annonçait alors le marquage électronique de 500 millions de rasoirs. Depuis, elle s'est largement amplifiée, obligeant Gillette à renoncer à son projet à la fin du mois d'août. Une décision considérée comme une victoire par CASPIAN , association de défense de la vie privée des consommateurs, qui avait organisé un boycott mondial des produits Gillette.

La technologie est d'ailleurs déjà jugée négativement par l'opinion publique, comme le constate un rapport publié en août par le cabinet GartnerG2. Le rapport explique que les «  détaillants doivent agir immédiatement » pour «  éduquer le public  » et «  contrer des craintes qui ne reflètent pas la réalité de la technologie  ». Le cabinet établit quelques préalables à l'adoption de RFID par le public : la présence d'étiquettes électroniques sur les produits doit être clairement notifiée, les puces doivent pouvoir être désactivées à la demande, par exemple à la sortie du magasin, et il faut insister sur le fait qu'elles ne contiennent aucune donnée relative au consommateur.

Supprimer l'attente aux caisses des magasins

Pour les fabricants et détaillants, EPC et RFID constituent une avancée significative en matière de gestion automatisée. On peut suivre avec précision chaque produit, de l'usine à la mise en rayon, et l'inventaire d'un stock peut se faire en un clin d'oeil. Pour les consommateurs également, la technologie a ses bénéfices : elle pourrait supprimer l'attente aux caisses (à la sortie du magasin, le montant de la facture est automatiquement calculé) ou constituer une parade efficace contre le vol.

Mais la présence d'émetteurs sur tous les produits soulève quelques inquiétudes. La possibilité pour des tiers de scanner à distance et à notre insu le contenu de nos réfrigérateurs, de nos étagères, de nos bagages ou du coffre de nos voitures est un argument de taille. A terme, les risques potentiels d'intrusion dans nos vies privées sont multiples. «  Imaginez que lorsque vous entrez dans un magasin, un ordinateur établit un inventaire de tout ce que vous portez, jusqu'à la taille et la couleur de vos sous-vêtements... Les employés du magasin pourraient même lire le contenu de votre portefeuille...  », anticipe Katherine Albrecht, fondatrice de CASPIAN, ajoutant que «  les possibilités en matière de discrimination sont très inquiétantes  ».

Une utilisation encore marginale

Pourtant, ces scénarii relèvent encore du procès d'intention. A ce jour, RFID n'est utilisé que dans quelques applications professionnelles ou très spécifiques, et les puces les plus puissantes émettent avec une portée largement inférieure à 10 mètres. «  Inclure des données personnelles dans les étiquettes électroniques ne sera pas possible avant plusieurs années, et même si cela le devenait, les détaillants seraient obligés pour des raisons légales de demander l'accord des consommateurs au préalable  », estime John Davison, directeur de recherche de GartnerG2. Au Centre Auto-ID, on explique que cette technologie, en permettant «  d'identifier tous les objets, n'importe où, automatiquement  » peut «  changer le monde  ». Reste à savoir si les consommateurs veulent de ce monde là.


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