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Jean Mounet (Syntec informatique) : « Nous allons manquer d'ingénieurs à l'horizon 2005-2008 » Clarisse Burger avec Nicolas Arpagian Jean Mounet (Syntec informatique) : « Nous allons manquer d'ingénieurs à l'horizon 2005-2008 »
Jean Mounet, le nouveau président de Syntec informatique, persuadé de la croissance de son secteur, se dit déterminé à valoriser les métiers des SSII et à anticiper la future pénurie d'ingénieurs. Et réclame une plus grande flexibilité du travail.

Clarisse Burger avec Nicolas Arpagian , 01 Informatique (n° 1730), le 30/07/2003 à 07h00
Jean Mounet, nouveau président de Syntec informatique, directeur général de Sopra.

Le premier objectif que vous vous fixez, en votre qualité de nouveau président de Syntec informatique, est d'améliorer l'image de vos adhérents. Est-elle si négative que cela ?

Je tiens d'abord à préciser qu'il existe un décalage entre l'image, voire l'absence d'image, et la réalité de notre profession. En effet, si nous avons la réputation d'être un métier en crise, il faut savoir que sur les quinze dernières années, notre industrie a connu au contraire un fort taux de croissance - de plus de 10. Ce qui représente le triple de la progression du PIB pendant la même période. Il faut également rappeler que les sociétés de services et les éditeurs de logiciels recrutent près d'un tiers des ingénieurs sortant des écoles. C'est cette image que je souhaite faire connaître ou rappeler auprès de la communauté des informaticiens, des jeunes diplômés et des entreprises. Il faut pouvoir séduire les jeunes diplômés et leur prouver l'intérêt de travailler dans les sociétés de services. C'est dans nos entreprises que l'on pourra bénéficier d'une très bonne expérience, reconnue parmi les plus formatrices de l'industrie informatique.

On a parfois reproché aux SSII d'avoir embauché de façon opportuniste, sans toujours être très regardantes sur le profil de leurs recrues. Est-ce toujours le cas ?

Dans les années passées, de 1996 à 2000, les SSII ont embauché massivement pour répondre à la forte demande du marché. Face à la pénurie de collaborateurs, elles ont été amenées à recruter des ingénieurs ou des universitaires au profil généraliste, ne disposant pas d'une formation en informatique. Il fallait, en effet, répondre alors aux besoins des entreprises intégrant de grands projets informatiques incontournables - passage à l'an 2000, euro, e-business. Or aujourd'hui, dans un environnement difficile, où les entreprises clientes sont de plus en plus exigeantes, certaines de ces recrues généralistes ont du mal à s'adapter. Nous sommes actuellement en surcapacité en termes d'effectifs. Mais je suis convaincu que les années 2005-2008 verront le retour de la pénurie. Car il y a de moins en moins d'ingénieurs et de diplômés dans le domaine scientifique. Les classes préparatoires sont de plus en plus délaissées. En tout cas, en France et aussi en Allemagne, pourtant reconnue jusqu'ici comme un modèle du genre. Parallèlement, nous allons ressentir dès l'an prochain les effets du papyboom, avec un départ massif à la retraite d'informaticiens. Et ce phénomène de manque de personnel s'accentuera davantage encore s'il y a reprise économique.

Comment expliquez-vous cette situation ? Pourquoi les filières scientifiques n'ont-elles plus la cote auprès des jeunes ?

Force est de constater que le prestige de l'ingénieur a fortement diminué en Europe. Cette situation s'explique sans doute en partie parce que le métier paie son retard en termes de rémunération par rapport à d'autres métiers, qui ont été plus avantagés ces dernières années. Je pense à ceux du marketing et du commercial. Le rapport entre l'effort et la rémunération n'est plus ressenti favorablement aujourd'hui en ce qui concerne les ingénieurs. Pourtant, un pays moderne se doit de posséder un grand nombre d'ingénieurs. Nous en avons besoin. Car je suis persuadé que la croissance dans notre secteur restera très forte dans les dix ans à venir. C'est donc une source d'emploi prometteuse. Avec une croissance de 2 du PIB, le marché des SSII et des éditeurs de logiciels peut connaître une progression avoisinant les 5 à 10. N'oublions pas que les technologies de l'information (TIC) représentent le premier investissement des entreprises.

Après ces différents constats, comment comptez-vous attirer les ingénieurs dans votre secteur ?

Durant les années fastes - de 1997 à 2001 -, la surenchère de salaires a, bien sûr, existé. Mais la donne s'est modifiée avec la conjoncture économique. Il est clair que les pays d'Europe doivent disposer d'une importante base d'ingénieurs de tout type. En ce qui concerne la partie informatique, nous nous engageons à promouvoir les divers métiers et les carrières dans notre secteur. Syntec informatique réfléchit très sérieusement aux solutions à adopter pour corriger la future pénurie de ressources. Il faut tout de même repréciser que la croissance de nos métiers restera la plus importante de toutes nos industries. Et nos taux d'embauche suivront, bien entendu, l'évolution du PIB. Nous allons également travailler plus étroitement avec les pouvoirs publics et les grandes écoles pour améliorer la formation des informaticiens. Quant à la formation continue, je la considère comme une nécessité. Le temps à lui consacrer dépend du profil initial des gens, des projets et des vagues technologiques. Je dirais donc qu'envisager une carrière dans une SSII est un bon choix. Nos entreprises proposent de nombreuses opportunités et, pourquoi pas, de grandes chances d'épanouissement personnel. L'argent ne devant pas être le seul critère de sélection d'une entreprise.

Compte tenu du contexte économique actuel, comment allez-vous prouver aux entreprises qu'investir davantage en informatique leur rapportera plus ?

Tout d'abord, avec des chiffres. Depuis vingt ans, le déport de la dépense informatique vers le logiciel et le service est constant. En 1980, une entreprise consacrait 15 de ses dépenses aux logiciels et aux services informatiques. Dix ans plus tard, ces dépenses s'élevaient à 29. Aujourd'hui, celui-ci se situe à environ 40  %. Même si la période est à l'heure du ralentissement économique. Reste maintenant à convaincre les entreprises que les TIC contribuent à leur productivité. Nous avons donc une réflexion à mener concernant l'impact de l'investissement informatique sur la compétitivité des entreprises. Les retours sur investissement (ROI) restent à prouver. Ils devront l'être par des exemples concrets. Si les grands comptes connaissent cette problématique, les PME ont encore beaucoup à apprendre. Et notre rôle est d'intervenir auprès de ces entreprises. Seules 15 d'entre elles disposent aujourd'hui d'un progiciel de gestion intégrée. Il faut donc les inciter à augmenter leurs efforts d'informatisation. Il nous appartient d'ajuster nos offres à leurs véritables besoins.

Quels sont, selon vous, les nouveaux moteurs de croissance dans le service et le logiciel ?

Je vois d'abord trois moteurs de croissance génériques : l'adaptabilité, la compétitivité et l'innovation technologique. Cela signifie que le champ d'application de l'informatique s'élargit de plus en plus. A plus court terme, les moteurs de croissance ne manquent pas : les projets dans les secteurs de la banque, des opérateurs télécoms - qui vont réinvestir, j'en suis sûr  -, le secteur de l'énergie soumis à la dérégulation, la santé (projet Hôpitaux 2007) et l'élargissement de l'utilisation d'internet dans les entreprises. Jamais celui-ci n'a été aussi important pour l'intégration des diverses chaînes, d'un bout à l'autre. Les bons sites commerciaux de B to C sont en train de se développer. Cinq ans au moins seront nécessaires pour associer tout cela. Il ne faut pas non plus oublier que le simple maintien de l'outil informatique en état de marche nécessite, pour les entreprises, un investissement important. Et il existe un important lot d'applications à remettre à niveau. Sans compter l'obligation d'optimiser : sécurité, concentration de systèmes, etc.

Face à ces nouveaux besoins, comment voyez-vous évoluer vos profils ? Quel est l'avenir de votre métier ?

Notre vrai métier est d'intégrer toutes les briques logicielles et les différentes technologies aux systèmes d'information, et de les délivrer prêtes à l'emploi aux entreprises utilisatrices. Notre avenir ? C'est l'investissement informatique qui se profile dans les dix prochaines années et l'industrialisation massive qui est en cours dans plusieurs secteurs économiques. Aujourd'hui, les projets informatiques concernent majoritairement (80) l'intégration de systèmes, les projets spécifiques restant minoritaires (20). Il y a quinze ans, c'était l'inverse. Les centres de développement comme les centres de services augmentent, car il y a encore beaucoup à faire en matière de tierce maintenance applicative, d'intégration de PGI et d'infogérance. Aussi le Syntec travaille-t-il en étroite collaboration avec le Cigref pour définir une charte qui contiendra les grands principes d'amélioration de l'industrialisation, de la maîtrise d'ouvrage et de la maîtrise d'oeuvre, entre autres. On parle beaucoup d'industrialisation des services. Cependant, à ce terme, je préfère celui de professionnalisme. Car il nous faut aussi être très souples, très adaptables et réactifs. Nos clients nous demanderont plus de valeur ajoutée, plus de réflexion et plus de conception. Et probablement de moins en moins de développement et de codage pur et dur.

Avec ces nouveaux chantiers informatiques, Syntec informatique préconise-t-il une nouvelle forme de flexibilité du travail dans les SSII ? Finalement, quel impact la mise en place des 35 heures a-t-elle eu sur vos adhérents ?

Dix à douze jours de congés supplémentaires représentent environ 5 de facturation potentielle. La mise en place des 35 heures a sûrement freiné la croissance, qui battait alors son plein. Elle nous a coûté quelques points de notre marge d'exploitation. Nous ne sommes toutefois pas en mesure de la chiffrer précisément. En termes de flexibilité du travail, nous réfléchissons donc à la façon d'améliorer cette loi. Tout en tenant compte de la spécificité de notre profession, qui travaille par projet. Elle connaît donc des pics d'activité, qui s'accommodent mal d'un contingentement des heures travaillées. Il est important de préconiser des solutions de flexibilité du travail en France quand d'autres pays n'hésitent pas à opter pour la délocalisation.

La délocalisation est une nouvelle stratégie utilisée par les SSII et les éditeurs de logiciels. Est-elle un véritable enjeu pour les DSI ?

Il ne faut ni surestimer, ni sous-estimer cette question de la délocalisation. Ce que l'on appelle l'« offshore », à savoir la prestation de services dans des pays où les charges salariales sont moindres, ne représente, pour l'instant, qu'un pourcentage infime ­ soit 1à 2 % du chiffre d'affaires global des secteurs logiciels et services. Ce déplacement n'exige pas forcément de passer des frontières. Certaines entreprises se contentent, en effet, d'installer leurs équipes en région. Leur objectif est d'abaisser leur facture immobilière et de contourner la grille de salaires parisienne. En province, on note une décote de 20 à 25 % sur les feuilles de paie, avec des équipes plus stables. Ce qui n'est pas négligeable. En France, les freins à l'offshore sont encore importants. Et ce pour de multiples raisons - les coûts, la barrière de la langue, la confiance et la sécurité, par exemple. On ne peut pas tout délocaliser.

Vous subissez de fortes pressions pour abaisser vos prix. Apparemment, vous y parvenez. Cela veut-il dire que vous étiez trop chers ?

Je ne pense pas que nos politiques de prix étaient exagérées. Même dans les périodes les plus fastes. Car la profitabilité des entreprises se situait alors, en termes de résultat d'exploitation, entre 8 à 10 %, et, en résultat net, entre 4 et 5 %. C'était raisonnable.

Parcours

Le nouveau président de Syntec informatique est un fin connaisseur de l'industrie informatique. Jean Mounet lui a effectivement consacré l'ensemble de sa carrière. Cet ingénieur de 58 ans a débuté dans le secteur après des études à l'école supérieure de chimie de Lyon, un doctorat en sciences physiques et un cursus marketing stratégique de l'université de Stanford, en Californie. Après avoir fait ses premières armes dès 1969 chez Big Blue, notamment en tant qu'ingénieur commercial, il part exercer ses talents chez Bull. Puis, en 1988, il quitte les constructeurs informatiques pour le service en intégrant Sopra. Alors nommé directeur général, il conservera cette fonction. Administrateur de Syntec informatique depuis 1998, Jean Mounet assumait jusqu'à présent les responsabilités de vice-président de la commission marchés et développement. Elu ce mois-ci président de la chambre syndicale des SSII et des éditeurs de logiciels, il succède à François Dufaux, vice-président Europe de SchlumbergerSema, arrivé au terme de son deuxième mandat.


Le Syntec informatique en chiffres

Sociétés membres de Syntec informatique : 480.

Effectif 2002 : 165 000 personnes.

CA 2002 : 17 Md euros.

Sociétés du périmètre Syntec Informatique (SSII, éditeurs et VAR de 10 personnes et plus)

Effectif 2002 : 200 000 personnes.

CA 2002 : 20,7 Md euros (-3 % par rapport au CA 2001).

Répartition des activités :

Conseil en management et systèmes d'information : 6,5 %.

Ingénierie :

  projet et intégration : 15,5 % ;

  développement, assistance technique : 13,5 % ;

  conseil en technologies : 12,5 %.

Infogérance :

  TMA : 5 %.

  Hors TMA : 20 %.

Logiciels & progiciels

  Logiciels outils : 7 %.

  Logiciels d'application : 13 %.



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Cet article est extrait de : 01 Informatique

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