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Cet article est extrait de : 01 Informatique

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[ TABLE RONDE ]
Emploi dans l'informatique : la reprise passera-t-elle par la R&D ?
Pour connaître les perspectives du marché de l'emploi des informaticiens, la rédaction de 01 Informatique a réuni autour d'une table les professionnels de la recherche et du développement.

Pierre-Antoine Merlin , 01 Informatique, le 30/06/2003 à 15h15
« Les projets de recherche et développement, un gisement d'emplois ? » Réunis par la rédaction de 01 Informatique, cinq professionnels du secteur débattent du sujet.

En période de vaches maigres, il est impératif de rechercher les secteurs d'activité les plus porteurs en matière de créativité et, naturellement, de création d'emplois. Le monde de la high-tech, qui n'en finit plus de payer la facture du dégonflement de la bulle, en a bien besoin... Et la France n'échappe pas à la règle. Tous secteurs confondus, en effet, les prévisions d'embauche sur l'ensemble de l'année 2003 marquent un recul de 9 % par rapport à 2002, si l'on en croit une récente enquête de l'Unedic.

Les ingénieurs et cadres informaticiens sont particulièrement touchés, puisque le recul pourrait atteindre 49 % ! Du jamais vu depuis dix ans. Plus inquiétant encore, les offres d'emploi, déjà raréfiées, ne « collent » qu'épisodiquement aux profils recherchés. Ainsi, sur les quinze mille recrutements annoncés dans le secteur informatique, près du tiers sont déjà réputés « difficiles » à effectuer. Autant dire que la situation de l'emploi pour les informaticiens est encore déprimée.

Des signes de reprise dans les télécoms

D'où cette question : le salut viendra-t-il des embauches réalisées par les entreprises afin de mener à bien leurs divers projets de recherche et de développement ? Les signes sont contradictoires. Certes, les initiatives ne manquent pas. Les poids lourds de l'informatique et des réseaux ouvrent -ou développent ­ des laboratoires qui ont besoin d'informaticiens. IBM n'est-il pas, année après année, le premier pourvoyeur mondial de brevets ?

Il y a quelques semaines, Microsoft a annoncé la création, à Aix-la-Chapelle, d'un « centre de développement technologique et de recherches appliquées » , qui emploiera au départ dix personnes en Europe. Un nombre « qui augmentera à mesure que les projets se multiplieront et que les partenariats se développeront » .

Cependant, les participants à notre table ronde font preuve d'un optimisme mesuré. Tout en insistant sur le fait que la R&D représente, pour les informaticiens, un potentiel énorme d'emplois, les professionnels du secteur répugnent à se lancer dans des prédictions par trop euphoriques.

« Nous sommes moyennement confiants » , résume Laurent Schwarz, fondateur et directeur général d'Alten, une société de conseil et d'ingénierie en technologies avancées. Faut-il voir le verre à moitié vide ou préférer le regarder à moitié plein ? Il est sans doute loisible de pencher, sans euphorie hors de saison, pour le deuxième terme de l'alternative.

Dans 01 Informatique du 30 mai 2003 (n° 1726, page 12), le cabinet Accenture croyait déjà pouvoir déceler les prémices d'une prochaine stabilisation de la conjoncture. Aujourd'hui, Laurent Schwarz ne craint pas d'abonder dans ce sens en évoquant, selon sa propre expression, « les premiers balbutiements dans les télécoms » . Avec, probablement, des créations de postes à la clé.

« Nous aussi, nous ressentons un frémissement dans les télécoms » , renchérit Jean-Philippe Allaire, PDG d'Aptus, spécialisé dans l'externalisation des projets R&D « Pour le moment, cela ne concerne pas encore directement les informaticiens, mais cela devrait venir. »

Même son de cloche chez Catherine Buch, directrice associée et fondatrice du cabinet éponyme d'accompagnement de la conduite du changement. « Nombreux sont les acteurs du marché, en particulier chez les éditeurs, qui recherchent aujourd'hui de nouveaux leviers de croissance. Il ne faut pas oublier que, dans le domaine du logiciel notamment, il y aura de multiples innovations technologiques susceptibles de créer de l'emploi. »

Deux pistes : innovations d'usages et sécurité

Des innovations oui. Mais dans quel domaine ? Existe-t-il, à l'intérieur même de la R&D, des créneaux les plus propices à la création d'emplois ? Pour Vincent Billiet, directeur du développement de la SSI Teamlog, l'une des pistes à explorer réside dans « le développement de la télévision numérique » . Et de signaler que, « en 2002, le pourcentage de notre chiffre d'affaires consacré à la R&D a été multiplié par quatre » .

Et ce phénomène devrait s'accentuer. « On nous demande de plus en plus de décliner la recherche et le développement dans de multiples domaines , reprend Vincent Billiet. Par exemple, nous travaillons avec France Télécom sur la reconnaissance vocale, et avec HP sur les technologies VoiceXML. »

Il s'agit, entre autres, de repérer les innovations d'usages et d'arriver à les capter intelligemment, Selon Catherine Buch, c'est un point crucial. « Mais il faut que le marketing travaille la main dans la main avec les équipes de développement. » Et l'ensemble des participants à la table ronde d'évoquer les bornes Wi-Fi, qui, selon eux, constituent une illustration de ces innovations d'usages à destination du grand public. Mais ce n'est qu'un premier pas : le contraste est criant entre les indicateurs du « tableau de bord de l'innovation » , récemment publiés par le ministère de l'Industrie (lire 01 Informatique n° 1724, page 5), et le progrès des nouveaux usages.

A titre d'exemple, les activités du secteur des technologies de l'information ont reculé de 5 % au second semestre 2002, tandis que les connexions à haut débit (câble et ADSL) doublaient ! Même constat en matière de téléphonie mobile, avec près de quarante millions de Français adeptes du portable en fin 2002. Et ce en pleine crise des équipementiers et des opérateurs télécoms. Ce décalage persistant entre, d'une part, la morosité des industriels et, d'autre part, la propension des Français à s'équiper ­ et à consommer ­ est de nature à favoriser un regain de croissance et d'emplois pour les informaticiens, pour peu qu'ils sachent identifier des besoins aisément transformables en biens et services.

Autre évolution favorable à l'emploi des informaticiens ­ tout au moins dans le domaine de la recherche : le secteur des banques et celui des assurances. Là, les recrutements devraient être très importants. A en croire Philippe Mussard, associé au cabinet de recrutement Aldrin Brooks, les besoins sont immenses, et la recherche de compétences est extrêmement active.

Pour lui, « les besoins des établissements financiers en matière de sécurité informatique devraient entraîner une progression sensible des recrutements afin d'équiper, dans les meilleures conditions, l'ensemble de ce secteur en systèmes de protection de données » . Un point de vue que ne partagent pas tous les acteurs du débat : ainsi Jean-Philippe Allaire estime-t-il, pour sa part, que le paysage de la bancassurance est « sinistré » . Au point de se retrouver maintenant dans un état voisin de la « glaciation » .

Externaliser les projets pour réduire les coûts

Alors, pourquoi ne pas jouer la carte de l'externalisation de projets de recherche et développement ? Tout d'abord, sur le plan macroéconomique, ce mouvement paraît durablement engagé. A Bercy, on indique que les dépenses de recherche et développement externalisées ont augmenté, l'an dernier, deux fois plus vite que l'ensemble des dépenses en R&D. Et ceci n'est qu'un début.

La tendance devrait s'amplifier dans les mois et les années à venir, la crise économique actuelle paraissant décidée à jouer les prolongations... A la consternation générale du plus grand nombre, sauf des spécialistes du secteur. Ainsi Simon Azoulay, PDG d'Alten, nous confiait récemment que « ce mouvement prend forme en France, puisque le taux d'externalisation de la R&D est actuellement de 30 %, alors que, dans certains autres pays, on est encore en dessous de 10 % » .

Ensuite, dans une conjoncture atone, où toutes les entreprises souffrent, y compris et surtout les SSII, il n'est pas incohérent de miser sur des programmes stratégiques confiés à des spécialistes de haut niveau. C'est l'occasion, pour les informaticiens, de travailler sur des projets de longue haleine, et donc relativement déconnectés de la conjoncture. L'enjeu est de taille, et les emplois très diversifiés : les ingénieurs - et singulièrement les informaticiens - peuvent être amenés à intervenir sur des domaines aussi variés que les simulateurs de contrôle aérien, les sous-ensembles de gros porteurs, les « concept-cars » chers à l'industrie automobile, etc.

Pour les grands industriels de l'avionique, des télécoms, de la défense et de l'automobile, le recours à la R&D externalisée est donc une manière de ne pas renoncer à des choix cruciaux pour l'avenir. Sans oublier d'essayer, au passage, de réduire les coûts dans des proportions significatives. En effet, chacun cherche à externaliser toujours plus, avec une seule obsession : réduire les coûts fixes pour se garder des marges de manoeuvre.

Grouper les ressources au sein d'un même secteur

La recherche et développement est donc, de l'avis général, un secteur pourvoyeur d'emplois. D'autant que la récente loi de programmation militaire, votée par le Parlement, a relancé les grands projets liés à la défense nationale. Ainsi la société Aptus, qui gère précisément ce type de projets, a-t-elle lancé, depuis le début de l'année 2003, un nouveau « pôle d'externalisation » , accompagné d'une campagne de recrutement de soixante-dix spécialistes.

Ce pôle devrait permettre, entre autres, de «favoriser les transferts de savoir-faire entre domaines non concurrentiels» . Seulement entre domaines non concurrentiels, ou, éventuellement, sur des sujets critiques, où les acteurs du marché entrent en concurrence ? Ce point fait actuellement débat au sein de la communauté industrielle. Parmi les différentes entreprises d'un même secteur, la tendance actuelle à la « coopétition» ­ pour reprendre l'heureuse expression de l'hebdomadaire Business Week ­ ne fait pas l'unanimité.

Certains acteurs l'estiment ni possible ni souhaitable. « Quand on est sur des projets extrêmement critiques en matière de R&D, on ne peut pas faire de mutualisation» , martèle l'un des intervenants. « C'est trop sensible. Il vaut mieux, pour tout le monde, que les choses soient claires. » Une approche que contredit, par exemple, ST Microelectronics, numéro trois mondial du semi-conducteur, qui se définit comme une « métanationale de l'innovation » . Une performance obtenue justement grâce à une organisation fondée sur le partage des connaissances et du savoir-faire.

Mais ce qui est valable pour l'un ne l'est pas nécessairement pour l'autre : les poids lourds de l'externalisation de projets ­ par exemple, Alten et Altran ­ ne sont visiblement pas désireux de mettre en commun leurs ressources. Sans doute pour des raisons internes, peut-être aussi parce que leurs clients, qui émanent d'industries peu soucieuses de communiquer, cultivent volontiers un goût systématique du secret.

Problème d'image pour les start-up

Voilà pour l'offre. Mais, pour signer un contrat de travail, il faut réunir deux parties en présence et trouver un compromis acceptable par les deux protagonistes. Si l'on regarde cette fois du côté de la demande, que peuvent faire les informaticiens se trouvant sur le marché du travail, ainsi que les jeunes ingénieurs récemment diplômés pour mettre toutes les chances de leur côté ? D'une façon générale, que faut-il attendre des candidats à l'embauche ? D'abord ­ préalable essentiel pour l'ensemble des participants à cette table ronde ­, il faut que chaque impétrant pense à soigner sa présentation. D'autant que certains clichés ont la vie dure.

« Quand on regarde la communauté des informaticiens et des chercheurs, on voit encore beaucoup de gens rivés à leur écran. Ils donnent vraiment l'impression d'être isolés » , observe Catherine Buch. Juste ou fausse, cette perception est tempérée par Jean-Philippe Allaire, qui remarque une propension marquée ­ et largement positive ­ de la jeune génération à travailler en équipe. « Les jeunes ingénieurs sont fiers de s'occuper de choses innovantes. Je dirai même que c'est l'un des effets durables de la nouvelle économie. Cette envie de faire, de créer, c'est quelque chose de très important. » Selon lui, « les entreprises les plus sexy, qui innovent et embauchent, sont celles qui emploient de trois cents à cinq cents personnes. Les start up, elles, souffrent actuellement d'un problème d'image » .

Ce déficit d'image des jeunes pousses montre à quel point « le paysage du recrutement a complètement changé, rappelle opportunément Laurent Schwarz. On passe maintenant d'un extrême à l'autre : au goût du risque incarné par les start up succède aujourd'hui celui de la sécurité . Ainsi, chez Alten, certains collaborateurs qui étaient partis sont finalement revenus. D'ailleurs, il ne faut pas exagérer la crise que nous traversons : il y a dix ans, après la première guerre du Golfe, c'était beaucoup plus dur ».

Cela veut-il dire que le marché de l'emploi n'est pas totalement figé ? Contrairement à une idée reçue, la peur du chômage n'a pas complètement vitrifié toute velléité de changement. Assurément, les candidats n'imposent plus leur loi. Et les rapports de forces au moment de l'embauche se sont, en quelque sorte, inversés.

Mais, « dans cette conjoncture très moyenne, on continue d'avoir du turnover » , souligne le PDG d'Aptus, Jean-Philippe Allaire, comme pour fournir une note positive en conclusion du débat.

« Il faut se tenir prêt pour le moment où cela redémarrera. » Et, pour cela, insiste Philippe Mussard, du cabinet de recrutement Aldrin& Brooks, « il va falloir que les acteurs de l'offre et ceux de la demande synchronisent leurs efforts » . L'emploi des informaticiens dans la recherche et développement suppose, pour les chefs d'entreprise, « une valorisation de la prise de risque et de l'innovation » , et, pour les informaticiens, « la nécessité de démontrer leur valeur ajoutée» . Vaste programme.

Marché : l'externalisation de projets R&D, vecteur de croissance et d'emploi

Aux heures fastes de la nouvelle économie, les SSII faisaient un cauchemar récurrent : celui de voir peu à peu leur coeur de métier dévoré par les fameuses agences web, ces micro-organismes censés incarner le compromis idéal entre sociétés de services, agences de publicité et conceptrices de sites web. Heureusement pour Cap Gemini, Unilog et autres Sopra, ce cauchemar ne s'est jamais vraiment transformé en réalité. Faute de temps, peut-être.

Mais voici qu'une autre menace pointe à l'horizon, autrement plus sérieuse celle-là : la multiplication des intervenants dans le domaine hyper-compétitif de l'externalisation de projets R&D. Tout concourt à leur réussite. Leur surface financière, bien sûr, mais aussi le fait qu'ils travaillent sur des dossiers pluriannuels. Sans oublier la tendance lourde des entreprises, tous secteurs confondus, à recourir à la sous-traitance pour traiter des dossiers complexes et pointus.

Dans ce contexte, les SSII luttent difficilement, essayant de rééquilibrer leur portefeuille d'activités en fonction de l'orientation du vent. Les informaticiens, eux, peuvent tirer leur épingle du jeu en surveillant de près les offres d'emploi qui émanent des spécialistes de la R&D externalisée. Les postes et fonctions occupés y sont généralement gratifiants... A tous points de vue. Du grain à moudre, donc, pour les informaticiens férus d'innovations et de technologies.


« Au goût du risque incarné par les start-up succède aujourd'hui celui de la sécurité »

Laurent Schwarz, fondateur et directeur général d'Alten

Alten

Numéro deux européen du conseil en hautes technologies, le groupe Alten est coté en Bourse depuis 1999. L'une de ses priorités est d'accélérer son développement à l'étranger.

Spécialisé dans l'externalisation de projets R&D, le groupe intervient, entre autres, dans les télécoms/réseaux, la téléphonie mobile et la banque/finance/assurance.

Comme il le répète souvent, son champ ne couvre ni les directions générales ni les directions informatiques, mais bel et bien les laboratoires des grandes entreprises.


« Il va y avoir de multiples innovations susceptibles de créer de l'emploi »

Catherine Buch, directrice associée et fondatrice de Buch Corporate

Buch Corporate

Depuis 1995, date de sa création, Buch Corporate se donne pour objectif d' « accompagner l'entreprise dans sa stratégie de développement, et [de] lui apporter des solutions sur mesure pour accroître son business » .

La société s'est notamment spécialisée dans la conduite du changement ­ études quantitatives et qualitatives, rebranding de marque, etc.

Références clients : Renault, SAP France, Bayard...


« Les candidats doivent désormais démontrer leur valeur ajoutée »

Philippe Mussard, associé au cabinet de recrutement Aldrin & Brooks

Aldrin & Brooks

Ce cabinet est spécialisé dans le recrutement de cadres et dirigeants par approche directe.

Autre pôle d'activité, le conseil en RH et en gestion de carrières, notamment par une présence soutenue sur les salons spécifiquement dédiés à l'emploi et aux ressources humaines (ingénieurs sortant des grandes écoles, informaticiens en intercontrat, etc.).

Plus original, le cabinet Aldrin&Brooks intervient dans le choix de solutions pour gérer le flux de candidatures par internet.


« En termes de R&D, nous misons beaucoup sur le développement de la télévision numérique »

Vincent Billiet, directeur du développement de Teamlog

Teamlog

Créée en 1991, cotée au second marché d'Euronext Paris depuis 1998, Teamlog est une SSII employant environ 2 000 collaborateurs au 1 er janvier 2003.

Elle dispose actuellement d'implantations en Suisse, en Espagne, au Portugal et au Canada.

Fait rare pour une SSII, Teamlog a progressivement constitué un centre de compétence et d'expertise autour de la télévision numérique. Un sujet sur lequel elle travaille depuis 1995. Autrement dit, pratiquement depuis les débuts de cette technique.


« Dans cette conjoncture très moyenne, on continue d'avoir du turnover »

Jean-Philippe Allaire, PDG d'Aptus

Aptus

Créée en 1997, la société Aptus se définit comme une société de conseil en technologie ­ informatique, télécoms, physique, électronique. Son chiffre d'affaires 2002 est de 18 ME, et son effectif d'environ 320 personnes.

Sa méthode de recrutement passe beaucoup par internet (40 %), mais aussi par l'ANPE et l'Apec (10 %), ou encore par les écoles et les forums (10 % également).

Le siège est à Versailles. Aptus est présente à Toulouse et Aix-en-Provence, et bientôt à Rennes et à Sophia-Antipolis.





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