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[ RÉSEAUX ]
Mimo, la technique expérimentale qui accélère le sans-fil
Elaboré par Agere, ce procédé tire parti de la réflexion des ondes sur des obstacles. Un test à 162 Mbit/s a été réalisé à partir d'un système 802.11a.

Jean-Pierre Soulès , 01 Informatique (n° 1729), le 26/06/2003 à 10h00

Deux Mbit/s, puis 11, puis 54... Le sans-fil s'est aussi lancé dans la course au débit. On parle, pour 2005, de 400 Mbit/s. Mais il s'agit d'une autre technologie : l'Ultra Wide-Band ( UWB ). Elle concerne en fait le réseau personnel - liaison PC écran, terminaux vidéo - et se pose plus en successeur de Bluetooth que de Wi-Fi.

En lice pour augmenter la bande passante des réseaux locaux sans fil, une nouvelle technique d'Agere (ex-Lucent Microelectronics), baptisée Mimo (Multiple - Inpout Multiple - Outpout). Dans les grandes lignes, il s'agit d'utiliser sur le média radio une technologie employée dans le monde du filaire, en particulier en RNIS  : le multiplexage inverse. L'industriel a réalisé des tests sur trois canaux et obtenu un débit pratique de 162 Mbit/s.

L'intérêt de cette technique est qu'elle est indépendante du mode de transmission radio, puisqu'il s'agit d'un algorithme de recomposition du signal. La technologie utilisée par Agere était le 803.11a, la plus rapide connue actuellement. Mais Mimo peut tout aussi bien s'appliquer au 802.11b, comme à Hiperlan2 , voire au GSM-GPRS.

Exploiter le temps de propagation des signaux

L'idée de base est de scinder le flux à transmettre en sous-flux : trois par exemple, comme dans la démonstration. Chacun des canaux est dirigé vers un émetteur, et les trois ensembles envoient leurs données, exactement aux mêmes fréquences - soit quarante-huit canaux en 802.11a -, vers trois récepteurs.

Reste à différencier ces sous-flux les uns des autres : quelles données proviennent de l'émetteur numéro 1, lesquelles de l'émetteur numéro 2, et lesquelles de l'émetteur numéro 3. Cela en vue de les reconstituer et, à la fin, de remettre en forme le flux initial. Pour ce faire, la technique Mimo utilise la réflexion des signaux sur les murs, le sol, le plafond, les meubles... Alors que dans les modes de transmission « traditionnels », les réflexions sont considérées comme perturbatrices, ici elles sont mises à profit.

Un puissant algorithme

Du coup, l'une des limitations de Mimo est que cette technique ne peut être utilisée qu'en intérieur, là où les réflexions sont possibles, alors qu'en extérieur ce signal se propage en vue directe. Le secret de Mimo réside dans un puissant algorithme, capable d'exploiter les différences de temps de parcours des signaux émis par un même émetteur en fonction de leurs rebonds.

Pour prendre une analogie, c'est un peu comme lorsqu'on veut reconnaître un objet : on le considère sous différents angles - de face, de profil, de trois quarts... En théorie, Mimo pourrait fonctionner avec un seul récepteur. Mais le taux d'erreur serait alors trop important. Si l'on installe plus de récepteurs que d'émetteurs, le système y gagne en efficacité, mais y perd en simplicité et en coût.

Concrètement, les émetteurs n'ont pas besoin d'être très distants les uns des autres, et les récepteurs non plus. Chez Agere, on affirme que, à 5 GHz, la longueur d'onde étant de quelques centimètres, les trois émetteurs-récepteurs peuvent être placés sur une PC Card (ex-PCMCIA). La distance entre chacun des émetteurs et entre chacun des récepteurs est suffisante pour apprécier les différences de temps de propagation.

Recherche : un débit théorique maximum de 430 Mbit/s

Dans l'expérimentation d'Agere, trois émetteurs et trois récepteurs ont été utilisés. Pour conserver une marge de sécurité, le taux de codage retenu est les trois quarts du débit théorique.

Le débit théorique est de : 3 x 48 x 1,5 = 216 Mbit/s (où 48 est le nombre de canaux, et 1,5 le débit en Mbit/s par canal). En appliquant le ratio de trois quarts, on obtient 162 Mbit/s.

Si le nombre d'émetteurs-récepteurs n'est en théorie pas limité, les chercheurs placent la limite pratique à huit. Ce qui équivaut à un débit théorique d'environ 576 Mbit/s et à un débit pratique de 430 Mbit/s.

Un débit qui ouvrirait de nouveaux horizons au sans-fil pour des applications à la fois dans l'entreprise, dans les réseaux radio publics (hotspots), voire dans les foyers. Par exemple, pour la télévision numérique haute définition, ou en milieu médical pour la transmission d'images.

Agere travaille à la mise au point d'un Asic à l'arséniure de gallium, mettant en oeuvre ce fameux algorithme. Mais, réalisé avec les technologies actuelles, sa consommation serait trop importante pour les appareils mobiles.





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