Allez plus loin dans le numérique

Et demain…

Photo : votre appareil vous rendra érudit
Demain, les appareils photo numériques pourront identifier le contenu de vos clichés et vous proposer des informations en conséquence, récupérées sur le Net. Vous voulez en savoir plus sur le monument que vous visitez ? Prenez-le en photo !

Philippe Fontaine , L'Ordinateur Individuel (n° 151), le 17/06/2003 à 18h00

Vous ignorez tout de l'église romane que vous prenez en photo ? Qu'importe ! « Demain, lorsque vous prendrez un monument en photo, votre appareil vous indiquera son nom, son histoire, ses caractéristiques, et bien d'autres informations » , affirme Joël Gardes, ingénieur recherche et développement (R&D) chez France Telecom, spécialisé dans la convergence entre photo numérique et téléphonie mobile. Le procédé est relativement simple.

Lorsque vous prenez une photo, l'appareil analyse l'image en temps réel à l'aide d'un système de reconnaissance de formes (en 3D). Il isole l'objet présent sur le cliché et code ses caractéristiques géométriques dans une chaîne numérique. Puis il interroge une base de données sur Internet et recherche à quoi correspond cette chaîne. L'objet est alors identifié : l'appareil peut récupérer les informations qui le concernent sur Internet. Vous pourrez ensuite consulter ces informations et même les archiver, avec la photo, dans la mémoire de l'appareil numérique. Une évolution technologique qui va profondément bouleverser notre pratique de la photographie !

Les laboratoires de R&D des plus grands fabricants d'appareils photo numériques planchent déjà sur des prototypes reliés à Internet. Mais pour rendre possible la venue d'appareils photo communicants, il faut libérer de la place dans leurs boîtiers pour accueillir de nouveaux composants. Ce qui suppose une certaine dose de miniaturisation.

Minolta travaille ainsi sur un prototype de zoom optique ultraminiaturisé, destiné à équiper ses futurs appareils communicants. Il offrira la qualité optique d'un appareil photo numérique actuel pour des dimensions autrement plus réduites. Et bientôt, les résultats médiocres obtenus avec les téléphones mobiles « qui font aussi des photos » ne seront plus qu'un mauvais souvenir...

De retour de vacances, vos photos tirées vous attendent

Les constructeurs recherchent également des formats de stockage permettant d'enregistrer de grandes quantités de données sur des supports ultracompacts, notamment pour la vidéo, très gourmande en espace de stockage. Là encore, il s'agit de concilier qualité et miniaturisation. Le F700, un appareil photo que FujiFilm vient de commercialiser, offre une fonction vidéo qui permet d'enregistrer des films en 640 × 480 points à 30 images par seconde.

Stockées au format Motion-Jpeg sur carte mémoire XD-Card, les séquences vidéo peuvent ensuite être regardées sur un téléviseur avec une bonne qualité d'image et une parfaite fluidité. Tous ces efforts de miniaturisation ont bien sûr un objectif : concevoir un appareil photo qui puisse se connecter au Net, et offrir une bonne qualité d'image pour un encombrement ne dépassant pas celui d'un téléphone mobile actuel. Cet objectif atteint, les services proposés aux utilisateurs seront innombrables.

La possibilité de joindre un commentaire à une photo avant de l'envoyer à plusieurs destinataires marquera le début de cette évolution. Dans trois ans, vous pourrez envoyer une série de clichés à votre laboratoire de développement photo, directement depuis votre appareil, pour qu'il en réalise un tirage papier. A votre retour de vacances, vos photos vous attendront dans votre boîte aux lettres !

Certaines innovations seront encore plus spectaculaires. Une orchidée attire votre regard mais vous ne connaissez ni son nom ni sa provenance ? Photographiez-la. Un clavier apparaît sur l'écran LCD. Tapez simplement le mot « fleur » et validez. L'appareil se connecte à une base de données botanique sur Internet.

L'image est alors analysée par un logiciel de reconnaissance de formes (en 2D) puis comparée à des milliers de fleurs répertoriées. Après quelques instants, la réponse s'affiche à l'écran : Cattleya warneri . Un menu déroulant s'ouvre alors et vous propose des informations complémentaires : photos de fleurs de la même famille, conditions de conservation, anecdotes, etc. Dans sept ou huit ans, vous n'aurez même plus besoin de taper le moindre commentaire : votre appareil « reconnaîtra » l'objet pris en photo et se connectera à Internet pour vous dénicher des informations le concernant.

Oh ! bien sûr, vous pourrez toujours utiliser votre appareil numérique pour faire des photos-souvenirs ! Mais vous vous en servirez également comme manuel de botanique, encyclopédie, guide touristique... Il aura réponse à tout !

Dans 1 an : le classement

Un touriste prend une photo de ses deux enfants, Julie et Nicolas, devant la Fontaine de Trévise, à Rome. Grâce à un petit clavier tactile affiché sur l'écran LCD de l'appareil, il annote la photo. Il clique ensuite sur le carnet d'adresses et sélectionne les mails de ses parents et celui de son domicile. La photo est automatiquement envoyée aux destinataires.

A son retour, notre touriste peut consulter toutes les photos sur son PC. Celles-ci, grâce à un système d'indexation, sont déjà classées par ordre chronologique et par thèmes. En un clin d'oeil, il retrouve les photos de Julie en Italie, ou celles qu'il a prises un jour précis.


Dans 3 à 5 ans : l'information

Après avoir pris sa photo, notre touriste saisit « fontaine » sur le clavier tactile. L'appareil se connecte à Internet et lance une recherche multicritère. La fontaine, qui occupe une large place dans l'image, est analysée et comparée à celles d'une base de données architecturale. Après examen, le résultat s'affiche : Fontaine de Trévise, Rome.

A partir de cet instant, d'autres moteurs de recherche entrent en action. Le touriste peut obtenir un complément d'informations sur le monument, ou visionner une vidéo du célèbre bain d'Anita Ekberg dans La Dolce Vita, le film de Fellini. On lui indique par ailleurs qu'un musée situé à proximité propose une exposition temporaire sur l'architecture romaine.


Dans 8 ans : l'analyse

La reconnaissance de formes a fait d'énormes progrès. La photo prise, l'appareil est capable d'isoler les différents éléments de l'image, et sa mémoire interne peut stocker une énorme quantité d'informations. Quant aux bases de données accessibles par Internet, elles font appel à des algorithmes de traitement de plus en plus complexes. La Fontaine de Trévise est bien entendu identifiée, et notre touriste se voit proposer une grande quantité d'informations complémentaires. Il peut les consulter en ligne ou les transférer sur son appareil dans le but, par exemple, de réaliser un carnet de voyage. L'appareil photo a détecté deux personnages à l'écran.

Un logiciel d'analyse biométrique intégré compare les portraits de Nicolas et Julie avec ceux contenus dans un album de photos stocké en mémoire interne. Notre touriste a déjà photographié ses deux enfants et indiqué leurs prénoms. Ainsi, bien que l'angle de vue ne soit pas tout à fait identique, le logiciel, après analyse, parvient à les reconnaître. Il affiche alors « Nicolas, Julie, Fontaine de Trévise, Rome, Italie, Voulez-vous en savoir plus ? »


Le microzoom de Minolta : comment ça marche ?
Une optique traditionnelle

Le prototype de zoom optique de Minolta repose sur l'utilisation de trois lentilles dont les positions relatives lui permettent d'atteindre une amplitude de 3X, le grossissement que proposent la plupart des appareils photo numériques grand public. Seules les lentilles 2 et 3 sont mobiles. La première est solidaire du capteur numérique.

Une technologie inédite

Pour déplacer les lentilles 2 et 3, le microzoom développé par Minolta n'utilise pas un moteur (qui transforme l'électricité en force mécanique) mais un actuateur, baptisé SIDM (Smooth Impact Drive Mechanism), qui mue l'énergie électrique en force électromagnétique. Un piézo intégré à l'actuateur permet, en changeant de polarité, d'inverser l'orientation de cette force, pour passer du zoom avant au zoom arrière (et réciproquement). Principale contrainte technique : obtenir un mouvement régulier des lentilles, sans à-coup.


Le prototype de zoom optique développé par Minolta est animé par un champ électromagnétique. Dénué de moteur, il ne mesure qu'un centimètre d'épaisseur. Une taille qui lui permettra d'être intégré dans un téléphone portable, même très fin.



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