Allez plus loin dans le numérique

Et demain…

Cinéma : les nouvelles stars seront virtuelles
Demain, les réalisateurs engageront des acteurs virtuels dotés d'intelligence artificielle, feront renaître par ordinateur des vedettes disparues, dans des films aux allures de jeu vidéo... Retour vers le futur.

Cyril Fiévet , L'Ordinateur Individuel (n° 151), le 17/06/2003 à 18h00

Qu'est-ce qui est réel et qu'est-ce qui ne l'est pas ? En regardant un film aujourd'hui, vous pouvez encore répondre à cette question. Dans cinq ou dix ans, ce ne sera sûrement plus le cas. Les technologies numériques à la disposition des réalisateurs ne cessent de se perfectionner. Notamment pour la création d'acteurs virtuels. Les superproductions récentes donnent un avant-goût de ce qui sera l'ordinaire de nombreux films dans les prochaines années.

Dans Spider-Man, aviez-vous remarqué que le super-héros est souvent un personnage purement virtuel ? Les scènes n'ont jamais été jouées par un humain mais sont produites image par image, sur ordinateur. Dans le deuxième épisode du Seigneur des anneaux, les deux tours , le personnage Gollum est virtuel. Mais il reproduit les mouvements de l'acteur Andy Serkis, qui a réellement tourné toutes les scènes, 25 caméras enregistrant ses mouvements sous tous les angles afin de donner ensuite « vie » au personnage virtuel.

L'avenir du cinéma passe assurément par l'utilisation accrue de personnages virtuels. Des « synthespians » , comme les ont appelés Jeff Kleiser et Diana Walczak, précurseurs en matière d'images de synthèse et tous deux à la tête d'une société très cotée à Hollywood, spécialisée dans l'animation assistée par ordinateur. Ces synthespians ont réussi à s'imposer en montrant qu'ils peuvent être porteurs d'émotion. Gollum mais aussi Yoda, de la Guerre des étoiles - épisode 2 , sont des personnages imaginaires mais crédibles, virtuels mais réalistes.

La même chose est-elle faisable avec des personnages humains ? Est-il possible qu'un jour nous confondions acteurs réels et personnages virtuels, même en gros plan dans une salle de cinéma ? Les « créatures » extraordinaires, comme les dinosaures de Jurassic Park , peuvent faire illusion. Mais recréer par ordinateur des humains plus vrais que nature constitue un défi nettement plus complexe.

« La marche vers le photoréalisme parfait est en avant, mais nécessite beaucoup de développements pour modéliser de façon précise la structure et le fonctionnement des muscles faciaux, et offrir des prestations convaincantes même en gros plan » , explique Jeff Kleiser, dont la société a produit les effets numériques de Spider-Man et X-men ». Les recherches concernent donc toujours le visage des acteurs virtuels.

« Il faudra encore quelques années avant de disposer d'une technologie permettant à des personnages virtuels humains d'être indiscernables de vrais acteurs. Et cela coûtera plusieurs millions de dollars par personnage et par film » , commente Stephen Regelous, l'un des ingénieurs responsables des effets spéciaux du Seigneur des anneaux .

Des comédiens fictifs mais doués de sentiments

Pourtant, les synthespians sont déjà presque des créatures banales. Cette année, la Broadcast Film Critics Association, principal regroupement des critiques professionnels de cinéma outre-Atlantique, leur a même dédié un prix, destiné à récompenser la « meilleure performance d'un acteur numérique » . Il a été décerné au personnage Gollum. Hollywood s'habitue aux stars virtuelles, qui n'ont sans doute pas fini de voler la vedette aux comédiens réels. Car les développements en cours visent à donner de l'intelligence à ces acteurs virtuels. Pour qu'ils apprennent à jouer eux-mêmes leurs scèneset adoptent un comportement (courir, frapper un autre personnage...) sans que celui-ci soit prévu dans le script.

Cette technique a été utilisée dans certaines scènes du film le Seigneur des anneaux, les deux tours . La scène de l'attaque du château fait appel à une multitude de personnages virtuels créés par Massive, un logiciel très sophistiqué. Ces « agents » sont largement autonomes et évoluent sans intervention humaine, leurs interactions étant gérées de façon automatique par l'ordinateur, via des processus d'intelligence artificielle. « Nous n'avons encore qu'effleuré l'intelligence artificielle. Pour l'instant, les personnages virtuels sont capables de réagir de façon réaliste à ce qui se produit autour d'eux. Dans un futur proche, ils sauront apprendre , explique Stephen Regelous.

En incorporant la technologie des " réseaux neuronaux " dans le " cerveau " des personnages virtuels, ils pourront améliorer leur comportement. » Le cinéma de demain pourrait donc mettre en scène des personnages doublement virtuels : des créatures en images de synthèse, dotées d'une autonomie comportementale, voire d'une personnalité, comme celle d'un acteur disparu.

Films et jeux vidéo vont devenir indissociables

Les personnages dotés d'une intelligence artificielle existent déjà dans des jeux vidéo, comme Warcraft ou Age of Empires . Les personnages y réagissent différemment à une situation donnée. Cinéma et jeux vidéo vont probablement converger, au point qu'il deviendra difficile de séparer les deux genres. « Certaines scènes de " Matrix Reloaded " débutent dans le jeu vidéo et se terminent dans le film » , expliquait Joel Silver, le producteur, insistant sur le fait que le film et le jeu sont deux supports d'une même « expérience » pour le spectateur-joueur.

« Les nouveaux films viendront davantage de l'univers du jeu que le contraire. Les jeux s'orientent déjà vers une narration conduite par le joueur, et cette tendance va se perpétuer. Avant la fin de la décennie, j'imagine qu'on pourra prendre part à des films en même temps que d'autres personnes, réelles et virtuelles, sans être capable de les distinguer » , prédit Stephen Regelous.

Des comédiens virtuels intelligents dans " le Seigneur des anneaux "

Plus de 2000 personnes ont travaillé sur le Seigneur des anneaux , dont plusieurs centaines pour les effets spéciaux. Mais peu de comédiens ont pris part à cette bataille. Grâce au logiciel Massive, des scènes aussi complexes, composées de milliers de figurants virtuels autonomes, peuvent être créées en quelques jours. Ces acteurs virtuels évitent les obstacles, manient les armes, et se battent exclusivement contre leurs ennemis, qu'ils savent distinguer dans la mêlée.


Des stars disparues ressuscitées à l'écran

L'utilisation future des stars de cinéma disparues, sous la forme de personnages virtuels, est, pour certains, inévitable. On peut donc imaginer un casting composé uniquement de comédiens disparus. Jeff Kleiser, l'un des pionniers de l'animation de personnages virtuels, estime également qu'un acteur vieillissant pourra même se voir doter d'un corps jeune... mais virtuel !


Gollum, réaliste jusqu'au bout des cheveux

Le logiciel Massive, utilisé pour la scène de la bataille du Seigneur des anneaux, les deux tours (ci-dessous), a également permis d'animer les cheveux de plusieurs personnages importants, comme Gollum (ci-contre) ou Gandalf, ainsi que leurs vêtements. D'ailleurs, l'animation de ces derniers est une discipline à part entière, complexe, mais essentielle au réalisme des personnages virtuels.


" Final Fantasy " , les plus beaux effets à ce jour

Final Fantasy reste à ce jour le film le plus abouti en termes de réalisme de personnages virtuels d'apparence humaine. Il se compose de plus de 140 000 plans, ayant nécessité chacun 90 minutes de temps de calcul en moyenne. Au final : 15 000 Go de données, pour un film essentiellement basé sur la capture de mouvements de comédiens réels.


Entrez dans l'univers Matrix

Matrix est plus qu'un film. Outre les trois épisodes prévus pour le cinéma, l'oeuvre se compose d'une série de courts-métrages d'animation, diffusés gratuitement sur Internet ( www.intothematrix.com ), et d'un jeu vidéo. Un « univers » qui mélange étroitement les modes narratifs et fait largement appel au numérique. Le jeu, Enter the Matrix , est l'une des productions les plus coûteuses de l'histoire, avec un budget qui aurait dépassé 20 millions de dollars. Disponible à la vente le jour de la sortie officielle du deuxième opus du film, il a été « écrit » par les mêmes réalisateurs, les frères Wachowski.

Mais l'imbrication des genres ne s'arrête pas là, et l'on peut réellement parler de fusion des productions. Les mêmes équipes ont souvent effectué un double travail, jusqu'aux chorégraphes ou aux acteurs principaux. Ces derniers ont réellement joué les scènes utilisées pour le jeu, leurs mouvements étant enregistrés par pas moins de 46 caméras, dont 14 uniquement pour les visages. Les comédiens du film ont, par ailleurs, été scannés en 3D pour le jeu. Mais s'agit-il encore d'un jeu ?


La science au service du septième art

Il faut faire un distinguo entre des personnages de synthèse comme Gollum, qui ne serait rien sans le comédien qui lui « prête » son corps, et de véritables acteurs virtuels, ne nécessitant aucune intervention humaine. Ces « humains virtuels » donnent lieu depuis plusieurs décennies à d'importantes recherches scientifiques. Par exemple, le MIRALab de l'Université de Genève, qui regroupe une trentaine de chercheurs, a été créé en 1989 avec l'ambition de modéliser l'apparence humaine. Vêtements « autonomes » en images de synthèse, mouvements humains étudiés en détail, ou analyse de la déformation de la peau du visage sont quelques-uns des travaux qui pourraient aboutir à la réalisation d'un acteur virtuel « parfait » .

Certains experts pensent pourtant que le comportement ou la personnalité d'un comédien réel ne pourront jamais être modélisés par un ordinateur. D'autres estiment, au contraire, que des humains virtuels autonomes pourraient très bien apparaître dans de nombreux films d'ici à une quinzaine d'années.



publicité
abonnement magazine 
11 n°
Prix annuel ........... 47,25 €
Votre prix ........ 39 €
économie de
8 €
01Informatique
01 INFORMATIQUE
L'hebdo de référence des décideurs informatiques.
Micro Hebdo
MICRO HEBDO
L'hebdo qui vous simplifie la micro
et Internet.
L'Ordinateur Individuel
L'ORDINATEUR INDIVIDUEL
Le mensuel informatique qui vous informe et vous conseille.
Tous droits réservés © 1999 - 2009 Internext - 01net.