L'OPA d'Oracle sur Peoplesoft s'apparente à un immense coup de bluff. La société de Larry Ellison propose de racheter, à 16 dollars l'action, l'ensemble du capital de son concurrent. Cette proposition de 5,1 milliards de dollars, valable pendant un mois, apparaît mince. Même si elle présente l'avantage d'être réglée en numéraire.
« Le cours de l'action de Peoplesoft est déjà remonté au-dessus du niveau de l'offre,
note le cabinet AMR Research.
Oracle devrait proposer 25 dollars environ pour que les actionnaires s'y retrouvent réellement. »
Quoi qu'il arrive, Larry Ellison est déjà parvenu à semer le trouble en proposant aux actionnaires de Peoplesoft une alternative à la fusion, par échange d'actions, avec JD Edwards. C'est une première victoire.
La réaction de Peoplesoft et de JD Edwards, qui avaient dévoilé leur rapprochement la semaine dernière, n'a pas tardé.
« C'est un comportement barbare de la part d'une société coutumière du fait »,
s'est emporté Craig Conway, PDG de Peoplesoft. Il sait de quoi il parle pour avoir passé huit ans chez Oracle. Bob Dutkowski, PDG de JD Edwards, est apparu, pour sa part, sur la défensive :
« L'offre d'Oracle vise à éliminer l'un de ses concurrents principaux. Ce qui réduira le choix des clients. C'est le type de dérives que préviennent les lois antitrust. »
Si Oracle réussissait son coup, JD Edwards serait, à coup sûr, le grand perdant. La firme de Denver n'entre pas, a priori, dans les plans de Larry Ellison. Elle se trouverait de nouveau confrontée à une recherche de taille critique. Les clients de Peoplesoft auraient aussi du souci à se faire. Oracle entend supprimer des lignes de produits de Peoplesoft et offrir la migration vers ses propres solutions.
« Le gratuit n'est pas gratuit,
réagit Bob Dutkowski,
car le logiciel ne représente qu'une part minime du coût d'un projet PGI. »
L'issue de la bataille est incertaine. Mais il y a d'ores et déjà un grand gagnant : SAP. Sa stabilité rassure plus que jamais dans un secteur en pleine consolidation.