Il est des silences éloquents, comme ceux de SAP et d'Oracle. Ces deux éditeurs se refusent à commenter à chaud l'acquisition de JD Edwards par Peoplesoft. C'est bien la preuve que cette consolidation dans le secteur des progiciels de gestion intégrés (PGI) les concerne au premier chef. Même si toutes ses implications ne sont pas encore évaluées. Cette fusion des numéros trois et quatre du secteur chamboule d'ores et déjà le rapport de forces. Peoplesoft n'en fait pas mystère. Il affiche même ouvertement ses nouvelles ambitions. « Avant ce rachat, il y avait SAP et les autres. Nous voulons désormais nous positionner en coleader des éditeurs de PGI » , indique Guy Dubois, vice-président de Peoplesoft en charge des opérations à l'international. L'éditeur californien table sur une cristallisation du marché autour de deux acteurs.
Il est vrai que ce rachat donne un sérieux coup de fouet à l'activité de Peoplesoft. Le nouvel ensemble compte onze mille clients et emploie treize mille personnes si l'on additionne les chiffres de chacune des deux sociétés. Leur chiffre d'affaires cumulé au cours des quatre derniers trimestres s'élève à 2,8 milliards de dollars. C'est nettement moins que SAP, dont les ventes pour l'année 2002 dépassent les 7,4 milliards d'euros. « Peoplesoft gagne une place incontestable de numéro deux sur le marché du PGI, devançant largement Oracle, sans pour autant inquiéter SAP » , juge Philippe Nieuwbourg, directeur de recherche chez Marcom Génération. Chez Peoplesoft, on préfère regarder devant, avec SAP en ligne de mire, plutôt que derrière.
Un facteur de succès : la proximité culturelle
Le choix de JD Edwards a surpris le marché. Même si Peoplesoft avait fait part de son intention de muscler son offre dans le domaine industriel. « Nous n'avions pas l'intention d'acheter un morceau de technologie » , argumente Guy Dubois. JD Edwards est quand même un gros morceau à avaler. L'acquisition, par échange d'actions, valorise la firme de Denver à 1,7 milliard de dollars. L'opération a été approuvée par les comités de direction, mais elle doit encore être avalisée par les actionnaires et les instances de régulation. Quant à JD Edwards, confronté à une stagnation de son chiffre d'affaires, ce rachat lui permet d'atteindre la taille critique pour continuer de jouer les premiers rôles sur ce marché. « Même s'il n'y avait aucune urgence, nous savions qu'il nous fallait soit procéder à une acquisition, soit être repris » , confirme Régis Allard, directeur des opérations chez JD Edwards France.
Malgré l'ampleur du rachat, les analystes d'AMR Research jugent que la complémentarité des offres et la proximité de leurs cultures d'entreprise offrent de réelles chances de succès. Peoplesoft vend surtout des logiciels de ressources humaines aux grandes entreprises du monde des services et du tertiaire, tandis que JD Edwards cible davantage les moyennes entreprises du secteur industriel avec ses progiciels de gestion de production. « Nous ne sommes que rarement en concurrence, indique Christophe Letellier, directeur général France de Peoplesoft. Nous intervenons sur des zones de marché différentes. » Les deux éditeurs ont d'ailleurs peu de clients communs : quelques-uns en France et quelques centaines au niveau mondial. Dans les grands groupes, on retrouve surtout des associations entre SAP en central et JD Edwards dans les filiales. Plus rarement figure le progiciel de Peoplesoft pour la gestion des ressources humaines.
Pas de remise en cause des lignes de produits
Malgré cette complémentarité de l'offre, l'intégration entre les deux équipes demeure un sacré challenge. « Il est clair qu'on nous attend au tournant » , reconnaît Guy Dubois, le numéro deux de Peoplesoft. Le fait que les deux entreprises soient organisées de la même façon facilite néanmoins le rapprochement. Les travaux ont d'ailleurs déjà commencé. « Nous avons rencontré deux cents responsables des deux sociétés » , explique Craig Conway, PDG de Peoplesoft. La nouvelle organisation n'a pas été définie, et les postes ne sont pas encore attribués. Tant que l'acquisition n'est pas entérinée, les deux sociétés continuent sur leur lancée. Mais, d'ici à quelques mois, JD Edwards deviendra une filiale de Peoplesoft. Il n'est cependant pas prévu de fusionner les équipes de développement. Les lignes de produits continueront d'évoluer séparément. Peoplesoft s'est attaché à rassurer l'équipe de JD Edwards et ses clients. « Il n'y aurait aucun avantage pour Peoplesoft à supprimer une ligne de produits, précise Craig Conway. Au contraire, notre objectif est de proposer plus de solutions à nos clients respectifs. » Le cabinet Forrester Research s'interroge néanmoins sur une éventuelle rationalisation des infrastructures des deux offres sur le long terme.
En attendant, les équipes de développement seront épargnées par la fusion. Peoplesoft entend néanmoins réduire ses frais de fonctionnement par exemple, dans les services généraux. A l'international, les filiales et les bureaux fusionneront sans doute sous la bannière Peoplesoft. Cette consolidation permettra de réaliser, dès l'an prochain, d'importantes économies. En plus d'être synonyme de diminution des coûts de fonctionnement, elle représente aussi un moyen de doper les ventes en renforçant les relations avec les partenaires des deux parties. A savoir les cabinets de conseil et d'intégration. « Ils se posent la question récurrente de savoir dans quel panier mettre leurs oeufs, argumente Christophe Letellier. L'arrivée de JD Edwards leur simplifie la vie. » Régis Allard, de JD Edwards, renchérit : « Nous allons être une source d'intérêt croissant pour des intégrateurs qui n'avaient d'yeux que pour SAP. » C'est un point d'actualité, car les relations entre les éditeurs de PGI et les grands intégrateurs ont été redessinées ces derniers temps. Pour maintenir leur niveau de chiffre d'affaires, les éditeurs ont développé leurs activités de services et rogné sur celles des SSII.
Peoplesoft est une société deux fois plus importante que JD Edwards, mais elle compte un nombre inférieur de clients. Normal : la première vise les grands comptes, alors que la seconde s'adresse principalement au marché des entreprises de taille moyenne.
PeoplesoftMonde
Chiffre d'affaires (4 derniers trimestres) :
1 930 M$.
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Résultat net :
180 M$.
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Effectif :
8 200 personnes.
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Nombre de clients :
4 500.
France
Chiffre d'affaires en 2002 :
108 M euros (source IDC).
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Effectif :
270 personnes.
Monde
Chiffre d'affaires (4 derniers trimestres) :
890 M$.
![]()
Résultat net :
50 M$.
![]()
Effectif :
5 000 personnes.
![]()
Nombre de clients :
6 500.
France
Chiffre d'affaires en 2002 :
43 M euros.
![]()
Effectif :
120 personnes.
Le marché déjà mûr des PGI n'a pas eu besoin de la récente arrivée de Microsoft pour commencer à se concentrer. Cependant, le rythme s'accélère. Il s'agissait au départ de couvrir les secteurs émergents de l'époque, tels le SCM (Supply Chain Management) ou la GRC (gestion de la relation client). D'où les rachats de Red Pepper (SCM) par Peoplesoft en 1996, de Numetrix (SCM) par JD Edwards en 1999, de Vantive (GRC) par Peoplesoft en fin 1999, et de Youcentric (GRC) en août 2001. Cependant que Baan absorbait Aurum (GRC) en 1997, ainsi que Coda (gestion financière, revendu par la suite) et Caps Logistics (SCM) en 1998. Effet boule de neige garanti. Il y avait désormais les gros PGI et... les autres, qui ont trinqué. En 1999, Marcam passe dans le giron de l'industriel Invensys, tandis que le Canadien Geac se paye JBA-Présys. Moins d'un an plus tard, Invensys récupère Baan, qui n'a pas su gérer sa croissance, alors que SSA, éditeur du PGI BPCS, passe dans les mains de financiers. Microsoft entre alors en scène. Après Great Plains (décembre 2000), il confirmera ses ambitions avec l'acquisition de Navision en mai 2002. Une menace de plus pour les « seconds couteaux » , alors pris en tenaille. Mais ceux-ci ne désespèrent pas. Après avoir repris Pivotpoint en fin 1999, Mapics se paye un second éditeur de PGI, Frontstep, en novembre 2002. Enfin, retournement de situation : sous l'égide de ses investisseurs, SSA conclut en 2002 les acquisitions d'Interbiz (division PGI de Computer Associates) et d'Infinium. Hasard du calendrier, il annonce, un jour après l'acquisition de JD Edwards par Peoplesoft, la reprise de Baan pour seulement 135 millions de dollars.
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