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[ ENQUÊTE ]
Les réseaux radio Ad-hoc au coeur du projet Safari
Les réseaux sans fil peuvent fonctionner en mode infrastructure ou Ad-hoc. Dans ce dernier cas, le mobile est à la fois un terminal et un routeur pour ses voisins.

Jean-Pierre Soulès , 01 Informatique (n° 1723), le 26/05/2003 à 07h00
Pour la SNCF, le projet Safari constitue un moyen de couvrir par réseaux radio, les vastes étendues telles que les gares.

Le sans-fil représente l'un des moyens traditionnels d'étendre les réseaux filaires, tout en favorisant la mobilité, thème à la mode. La téléphonie cellulaire (GSM et GPRS aujourd'hui) et son interopérabilité avec le réseau téléphonique commuté et l'Internet en constituent un exemple. Wi-Fi en mode infrastructure joue le même rôle dans les réseaux d'entreprise pour la transmission de données. Mais, dans ce dernier cas, la couverture est limitée du fait de la faible portée des points d'accès et des terminaux. D'où l'idée d'étendre cette couverture grâce aux réseaux Ad-hoc.

Dans cette topologie, les mobiles (téléphones, assistants personnels ou PC portables) sont à la fois des terminaux (émission et réception des données) et des noeuds de routage pour les mobiles voisins. Ces réseaux gardent un lien avec les réseaux fixes via des passerelles. Le développement à grande échelle des réseaux Ad-hoc est le but du projet Safari (Services Ad hoc/Filaires : développement d'une Architecture de Réseaux Intégrée), lancé par le RNRT (Réseau national de la recherche en télécommunications).

Des services véhiculés par IPv6

L'infrastructure radio de transport s'appuiera sur la norme 802.11x. Toutefois, on peut imaginer d'autres technologies en complément, comme Bluetooth. « En fait, l'enjeu se situe au niveau du protocole de routage, souligne Laurent Reynaud, responsable du projet chez France Télécom R&D. Celui-ci doit être capable de maintenir cohérent le maillage d'un réseau, dont la configuration change perpétuellement avec l'arrivée et le départ aléatoires de mobiles dans le réseau. En outre, les performances des liens radio sont fluctuantes. Enfin, dans ces conditions difficiles, il faut assurer une qualité de service satisfaisante. »

Autant de différences avec les réseaux IP classiques. Les protocoles de routage traditionnels comme OSPF ou IS-IS ne sont plus appropriés. L'équipe de Safari travaille donc sur un nouvel algorithme : OLSR (Optimized Link State Routing Protocol), développé par l'Inria. « Son optimisation constitue l'une des grandes difficultés du projet, poursuit Laurent Reynaud. Un exemple : les mobiles n'ont pas vocation à être des routeurs, et le calcul des routes ne doit pas s'effectuer au détriment de leurs tâches de terminaux. »

La taille de chaque réseau ne pourra excéder une centaine de noeuds. Dans un ensemble de terminaux plus important, des sous-réseaux seront constitués, qui communiqueront entre eux et via des passerelles. Les choix techniques d'architecture en sont encore au stade de l'étude. Les services disponibles sur ces réseaux sont aussi en cours de définition. On sait seulement qu'ils seront véhiculés par IPv6, qui offre une grande souplesse dans l'adressage et s'adapte mieux à la mobilité.

Démarré en mars dernier, le projet Safari s'étalera sur une trentaine de mois. Une maquette de démonstration existe au centre FT R&D de Lannion. Une seconde est prévue à la SNCF, intéressée par ce projet. Elle y voit un moyen de couvrir par réseau radio, les vastes étendues que sont les gares — en particulier pour son personnel.

Recherche : Safari, la contribution française au projet Manet de l'IETF

Le projet Safari (Services Ad hoc/ Filaires : développement d'une Architecture de Réseaux Intégrée) rassemble neuf partenaires : trois industriels (FT R&D, Alcatel et SNCF) et six « académiques » (Inria, LIP6 Université de Paris-VI, LRI, LSIIT, LSR-Imag Institut national polytechnique de Grenoble, Ecole nationale supérieure des télécommunications).

Il s'inscrit dans un programme international plus vaste, Manet (Mobile Ad-hoc Networks), chapeauté par l'IETF (Internet Engineering Task Force), qui régente le monde IP. Au total, quatre projets sont en lice : AODV (Ad Hoc On Demand Distance Vector Routing) ; DSR (Dynamic Source Routing Protocol for Mobile Ad Hoc Networks) ; OLSR (Optimized Link State Routing Protocol), conçu par l'Inria et coeur du projet français Safari ; et, enfin, TBRPF (Topology Broadcast Based on Reverse-Path Forwarding).

Les deux premiers sont des protocoles dits réactifs : les mobiles sont passifs et attendent une requête pour « découvrir » leurs voisins. Les deux derniers sont proactifs et entreprennent une découverte systématique de leurs voisins immédiats (comme dans les réseaux IP). Ils sont donc plus performants, mais le danger vient de la multiplication des messages de service, qui encombrerait le réseau et mobiliserait les mobiles pour tenir à jour les tables de routage. Un juste équilibre est à trouver. Pour tous, l'examen de passage aura lieu en juillet prochain : ceux retenus feront l'objet d'expérimentations plus poussées dans le cadre de Manet.



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